Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

218 – L’expédition du navire La Nouvelle-France pour le Canada en 1670

La flotte de 1670 à destination de Québec est composée de quatre navires : trois de La Rochelle (La Nouvelle-France, La Sainte-Hélène et Le Saint-Pierre) et un de Dieppe (Le Saint-Jean-Baptiste).

Le navire La Nouvelle-France (250 tx) est la propriété du marchand rochelais Pierre Gaigneur qu’il a acquit, le 5 avril 1667[1], avec quatorze pièces de canon, des marchands Gédéon Bion, Daniel Brians et Paul Bion en compagnie pour la somme de 15 700lt.

Les préparatifs

Malheureusement, aucun document n’a été retracé à La Rochelle concernant l’affrètement du navire La Nouvelle-France pour Québec en 1670.

À cette époque, écrit Marcel Delafosse[2], le rôle d’équipage a généralement en annexe le certificat de visite du coffre de chirurgien et, le cas échéant, un certificat des directeurs de la Compagnie des Indes occidentales attestant que le capitaine a fait sa soumission et donné caution pour exécution de son passeport.

En effet, le 19 mars 1670[3], Edmé Goudeau, chirurgien du roi pour la marine et maître chirurgien à La Rochelle, certifie avoir vu et examiné le coffre de médicaments du navire La Nouvelle-France. Il a trouvé que les médicaments, drogues et ustensiles du chirurgien Jean Blaise Busquet sont tous bons et bien conditionnés. Un mois plus tard, le 22 avril[4], le passeport est émis au capitaine Alain Durand.

Liste des membres de l’équipage du navire La Nouvelle-France. 1670.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 41)

Certificat de visite du coffre de chirurgien du navire La Nouvelle-France. 19 mars 1670.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 39)

Passeport délivré à Alain Durand, capitaine du navire La Nouvelle-France. 22 avril 1670.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 40)

La veille[5], Denis Guyon, marchand de Québec, emprunte d’Arnaud Peré, marchand de La Rochelle, la somme de 3 500lt à la grosse aventure (20 % d’intérêts) pour vente et livraison de marchandises qui seront chargées pour son compte dans le navire La Nouvelle-France.

Le mauvais temps retarde le départ des navires.

 

« Il y a quinze jours que les vaisseaux

ne font que rentrer et sortir

à cause de l’inconstance du temps. »

Colbert de Terron au roi

21 avril 1670[6]

Dans son Mémoire adressé au roi, le 1er mai[7], Colbert de Terron écrit que Pierre Gaigneur « a fait partir depuis deux jours La Nouvelle-France avec plusieurs passagers, Jésuites, prêtres, religieuses et marchandises comme lard et farine. »

Le départ

Conduit par le capitaine Alain Durand, le navire La Nouvelle-France quitte La Rochelle le 30 avril. Il arrive à Québec le 21 juillet, après une halte de quelques jours à Percé.

De l’équipage, nous connaissons :

  • Alain Durand, capitaine
  • Pierre Bataillé, pilote, de La Rochelle
  • Jean Parat, contremaître, de La Rochelle
  • Jean Blaise Busquet, chirurgien, de Gascogne
  • François Mingan, maître valet, de Brest
  • Mathurin Chanseau, bossman, d’Olonne
  • Thomas Pontereau, canonnier, de La Rochelle
  • Louis Bourot, tonnelier, de La Rochelle
  • Thomas Pochon, charpentier, de La Rochelle
  • Michel Toupin, charpentier, de Dieppe
  • Pierre Breton, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Jacques Chouet, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Pierre David, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Pierre Fradet, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Jacques Graveau, matelot, de Ribérou
  • Mathurin Joly, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Jean Masson, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Pierre Micheau, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Jean Poireau, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Jacques Pruneau, matelot, de l’Île d’Yeu
  • Mathurin Bernard, garçon, de l’Île d’Yeu
  • Louis Fricault, garçon, de l’Île d’Yeu
  • Jacques Leroy, garçon, de Port-Louis

Des passagers, nous connaissons :

  • François de Crespieul, révérend père jésuite
  • Jacques Robaud, révérend père jésuite
  • Denis Guyon, marchand de Québec

Sur les quatre navires, trois partent de La Rochelle et un de Dieppe. Ils sont :

  • La Nouvelle-France (250 tx), de La Rochelle (capitaine Alain Durand), frétée par Pierre Gaigneur;
  • La Sainte-Hélène (100 tx), de La Rochelle (capitaine André Chaviteau), frétée par Alexandre Petit;
  • Le Saint-Jean-Baptiste, de Dieppe;
  • Le Saint-Pierre (300 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Boutin), frété par Pierre Gaigneur.

Caractéristiques des navires composant la flotte de 1670 à destination de Québec.
(Source : Collection Guy Perron)

Par ordre de Sa Majesté, le capitaine Durand doit aller prendre 200 soldats à Percé pour les amener à Québec. Ces soldats sont sans doute les quatre compagnies (Berthier, Chambly, La Durantaye et Laubia) embarquées dans le navire royal L’Hirondelle (300 tx)[8].

Dans son Mémoire sur le Canada, de février 1670[9], Colbert de Terron écrit au ministre qu’il a frété à Pierre Gaigneur le navire L’Hirondelle, « sous le bon plaisir du roi », pour la somme de 5 000lt avec la permission de faire la pêche « a l’isle Percée de la terre neufve ».

Pendant le trajet Percé-Québec, trois soldats et le père jésuite Jacques Robaud meurent de maladie.

Le retour

Le matelot Jacques Leroy tombant malade, par l’avis du chirurgien de bord, il est transporté et laissé à l’hôpital de Québec. De plus, le charpentier de navire Michel Toupin est aussi laissé à Québec pour travailler sur un autre navire appartenant à Gaigneur.

Chargé de 860 peaux d’orignaux, dix ballots de castors, trois paquets de castors et de bois à brûler, le navire La Nouvelle-France part de Québec le 28 août.

Tout juste avant de partir[10], le navire étant sous voiles, le chirurgien Busquet informe son capitaine à l’effet que Jean Sureau est incommodé aux jambes et, par ses blessures, il peut infecter l’équipage. Comme il est incapable de pouvoir faire le voyage de retour, le capitaine le fait débarquer du navire. Sureau s’était embarqué à La Rochelle, en avril, pour servir Eustache Lambert, de Québec.

Par ordre des commis de Gaigneur, le navire doit aller à Percé pour prendre deux milliers de poisson vert provenant de la pêche du navire L’Hirondelle. Parti de Percé le 12 septembre, le navire La Nouvelle-France arrive à La Rochelle le 29 septembre suivant !

Le mardi 7 octobre 1670[11], Alain Durand (capitaine), Pierre Bataillé (pilote) et Thomas Pochon (charpentier) se présentent devant l’Amirauté de La Rochelle pour faire état des événements survenus pendant le voyage du navire La Nouvelle-France. Tous signent leur déclaration.

Extrait. Rapport d’Alain Durand, capitaine, et autres concernant le voyage du navire La Nouvelle-France à Québec. 7 octobre 1670.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 163-164)

Un mois plus tard, Pierre Gaigneur demande la permission de faire naviguer son navire La Nouvelle-France aux îles françaises d’Amérique…

 

 


[1] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1308, p. 37v-38r (anciennement fol. 72v-73r) et 3E1370bis. 5 avril 1670.
[2] Marcel Delafosse, Inventaire analytique. Série B. Amirauté de La Rochelle. Supplément (liasses) B5581-B5752. s.d. p. 47.
[3] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 39 (anciennement pièce 38). 19 mars 1670.
[4] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 40 (anciennement pièce 39). 22 avril 1670.
[5] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 107. 21 avril 1670.
[6] BAC en ligne. Mémoire de Colbert du Terron au roi. Département des manuscrits. Mélanges de Colbert. MIKAN NO 2404307, p. 246. 21 avril 1670.
[7] BAC en ligne. Mémoire de Colbert du Terron au roi. Département des manuscrits. Mélanges de Colbert. MIKAN NO 2404307, p. 249. 1er mai 1670.
[8] Ibid.
[9] BAC en ligne. Mémoire sur le Canada. Série C11A. Correspondance générale. Canada. MIKAN 2318479, p. 117.
[10] BAnQ. Notaire Romain Becquet. 28 août 1670.
[11] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5669, fol. 163-164 (anciennement pièce 129). 7 octobre 1670.

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Catégories :Canada, Expéditions de navires, France, HISTOIRE, La Rochelle, Non classé, Nouvelle-France, Percé, Québec

3 réponses

  1. beau travail détaillé. Semblerait que le voyage de retour se faisait plus vite qu’à l’aller, 17 jours seulement à partir de Percé!

  2. Existe-il une amirauté pour Dieppe ?

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