339 – Les engagés levés par Jean Tuffet pour l’Acadie en 1637

À La Rochelle, en 1637, la levée d’engagés pour l’Acadie est l’affaire du recruteur Jean Tuffet, marchand de La Rochelle. Il en est à sa seconde de quatre levées d’engagés (1636, 1637, 1638 et 1640). Recrutement - Le blogue de Guy Perron

Le 2 avril[1], Jean Tuffet passe un contrat de charte-partie[2] avec Guirau de Punau, maître du navire La Marie (100 tx), de Saint-Jean-de-Luz, pour livrer au fort Sainte-Anne 32 tonneaux ou environ de marchandises et un muid de sel à Jean Davanon, sieur de Saint-Germain, capitaine et gouverneur de l’île du Cap-Breton. Aussi, de Punau promet d’y conduire le nombre d’hommes que Tuffet désire mettre dans le navire avec les victuailles nécessaires pour le voyage.

CINQ NOUVEAUX ENGAGÉS
Dans son article publié dans RHAF, Gabriel Debien n’a pas relevé d’engagés en 1637. Il faut ajouter Louis Allanson, Martial Carteron, Jean Margat, Jean Melot et Pierre Renou.

L’enrôlement des cinq travailleurs s’effectue les 1er, 27, 29 et 31 mars. Tous se présentent dans la maison du marchand rochelais Jean Tuffet pour convenir de leurs conditions d’engagement avec lui, qui est procureur de Pierre Desportes, écuyer, sieur de Lignières, propriétaire de l’île du Cap-Breton en Nouvelle-France.

Le premier engagé est le maître tailleur d’habits rochelais Martial Carteron (1er mars). Il est suivi du chirurgien mainiot Jean Melot (27 mars), des laboureurs aunisien Pierre Renou et angoumois Jean Margat (29 mars) et du laboureur à bras angevin Louis Allanson (31 mars).

Chaque engagé décline ses prénom et nom, son lieu de naissance ou de résidence et sa profession. Le notaire écrit le salaire annuel (entre 50 et 150 livres) et une avance est accordée (entre 30 et 150 livres). Trois engagés apposent leur signature.

Tous les engagés promettent d’aller servir Pierre Desportes dans l’île du Cap-Breton, tant de leur métier, à labourer et ensemencer les terres qu’autres choses qui leur seront commandées par Jean Davanon, sieur de Saint-Germain, capitaine et gouverneur de l’île, durant trois ans. Si l’engagement commence habituellement lorsque l’engagé arrive à destination, celui d’Allenson débute le 31 mars et le 1er avril pour Carteron, Margat, Melot et Renou.

Dans son contrat, l’engagé Carteron reçoit son avance pour l’achat de petites commodités et le surplus de ses salaires sera payé à Anne Ledru, son épouse et procuratrice.

En marge du contrat de l’engagé Margat, il est mentionné le nom de son épouse, nous informant davantage sur sa généalogie.

L’engagé Melot s’oblige de s’embarquer dans le navire Le Nicolas, commandé par le capitaine Henri Langevin.

Voici le contrat d’engagement entre Jean Tuffet (l’engagiste) et Martial Carteron (l’engagé) en 1637.

Conventions Tuffet – Carteron.
(graphie contemporaine)
Par-devant le notaire royal en la ville et gouvernement de La Rochelle soussigné. Ont été présents et personnellement établis noble homme Jean Tuffet, marchand et bourgeois de cette ville y demeurant, faisant et ayant charge expresse ainsi qu’il a fait paraître à Pierre Desportes, écuyer, seigneur de Lignière et de l’île du Cap-Breton, pays de la Nouvelle-France, d’une part. Et Martial Carteron, maître tailleur d’habits, de cette dite ville, d’autre part. Entre lesquelles parties a été fait et passé le contrat qui suit. C’est à savoir que ledit Carteron, de son bon gré et volonté, a promis, s’oblige et sera tenu de s’embarquer du premier jour et à la première réquisition qui lui en sera faite par ledit sieur Tuffet dans un navire pour aller en l’habitation de Sainte-Anne en ladite île du Cap-Breton, pays de la Nouvelle-France. Et y étant, y travailler tant de son métier de tailleur qu’autres choses à quoi il sera trouvé propre par ledit sieur de Saint-Germain, commandant dans ladite île, auquel il sera tenu d’obéir pendant le temps et espace de trois années prochaines et consécutives sans intervalle qui commenceront au premier jour d’avril prochain pour finir à pareil jour icelles révolues. Et ce pour et moyennant la somme de soixante-quinze livres par chacun an, sur la première desquelles années ledit Carteron a présentement et comptant reҫu dudit sieur Tuffet la somme de quarante livres tournois pour employer en achat de petites commodités. De laquelle, il se contente sans préjudice du surplus desdites années qui sera payé à Anne Ledru, sa femme et procuratrice, promettant avoir agréable les paiements qui lui seront faits. Et pour ce que dessus faire tenir, garder et accomplir par lesdites parties, ont obligé l’une à l’autre, savoir ledit sieur Tuffet les biens et effets dudit sieur Desportes par vertu de son pouvoir et procuration et ledit Carteron envers lui tous et chacun ses biens meubles et immeubles présents et à venir. Et outre sa personne à tenir prison comme pour deniers royaux. Renonçant &. Jugé &. Condamné &. Fait à La Rochelle en la maison dudit sieur Tuffet, après-midi, le premier jour de mars mille six cent trente-sept. Présents Jean Pinet et Jacques Gendraut, clercs, demeurant en icelle. Signatures

En marge
Aujourd’hui ladite Ledru, dénommée au contrat dont ces présentes sont en marge, a confessé avoir reçu dudit sieur Tuffet, aussi y dénommé, la somme de vingt livres tournois sur et en déduction des salaires à échoir de Martial Carteron, son mari, aussi dénommé audit contrat. Dont d’icelle, elle se contente sans préjudice du surplus desdits salaires. En témoin de quoi, elle a fait signer ces présentes à moi dit notaire et témoins soussignés à La Rochelle, en la maison dudit sieur Tuffet, après-midi, le treizième avril mille six cent trente-sept. Présents Jacques Gendraut et Nicolas Tharay, clercs, y demeurant. Ladite Ledru a déclaré ne savoir signer de ce requis.
Extrait. Contrat d’engagement de Martial Carteron pour l’Acadie. 1er mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 5)

Qui sont les engagés de Jean Tuffet de 1637?

Louis Allanson

Jean Melot

Martial Carteron

Pierre Renou

Jean Margat

Tableau des engagés levés par Jean Tuffet pour l’Acadie en 1637.
(Source : Collection Guy Perron)

Un engagé est originaire d’Angoumois, un d’Anjou, deux d’Aunis et un du Maine.

Si l’engagé Melot doit s’embarquer dans le navire Le Nicolas (90 tx), commandé par Henri Langevin, on présume que les quatre autres engagés de Jean Tuffet embarquent dans le navire La Marie (100 tx), commandé par Guirau de Punau, et quittent La Rochelle, mi-avril, à destination du fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton.

Origine des engagés levés par Jean Tuffet pour l’Acadie en 1637.
(Source : Collection Guy Perron)
Extrait. Partie orientale du Canada ou de la Nouvelle-France… 1689. Vincenzo Maria Coronelli, cartographe.
Légende : Fort Sainte-Anne (A), Cap-Breton.
(Source : BNF, département Cartes et plans, GE DD-2987 (8579). http://www.gallica.fr)

Que sont-ils devenus ?

ALLANSON, Louis
(     –     )
Natif de La Flèche (Anjou), Louis Allanson s’engage à Jean Tuffet, le 31 mars 1637, pour aller travailler au fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton (Acadie) au service de Pierre Desportes, durant trois ans, à titre de laboureur à bras, à raison de 50 livres par année (aucune avance). Ne signe pas. Il s’embarque probablement à bord du navire La Marie (100 tx), de Saint-Jean-de-Luz, et quitte La Rochelle, mi-avril, à destination de l’Acadie. Après trois années et demie d’engagement, Allanson revient à La Rochelle où, le 4 décembre 1640, il donne quittance à Tuffet de la somme de 175 livres (50 livres / an x 3,5).
Extrait. Engagement de Louis Allanson. 31 mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 32r)
Note. Les registres paroissiaux de La Flèche ne commencent qu’en 1633. (AD72 en ligne)

CARTERON, Martial
(     –     )
Fils de Jean « Cartron » et de Marguerite Vesqueau, Martial Carteron épouse, le 20 août 1634 dans le Grand Temple (paroisse Saint-Barthelémy) à La Rochelle (Aunis), Anne Ledru, fille de François Ledru et de Marie Tudeau. Il s’engage à Jean Tuffet, le 1er mars 1637, pour aller travailler au fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton (Acadie) au service de Pierre Desportes, durant trois ans, à titre de maître tailleur d’habits, à raison de 75 livres par année (avance de 40 livres). Il signe. Le 1er avril suivant, il donne quittance de la somme de 400 livres à Anne Ledru, son épouse, pour ses droits de mariage stipulés dans son contrat de mariage passé devant le notaire rochelais Jean Cherbonnier (minutes disparues). Le 13 avril, Ledru acquitte Tuffet de la somme de 20 livres reçue en déduction des salaires qui reviendront à Carteron. Ce dernier s’embarque probablement à bord du navire La Marie (100 tx), de Saint-Jean-de-Luz, et quitte La Rochelle, mi-avril, à destination de l’Acadie. Semble revenir en France après ses trois années d’engagement.
Extrait. Engagement de Martial Carteron. 1er mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 5)

MARGAT, Jean
(     –     )
Demeurant à Sigogne (Angoumois), Jean Margat s’engage à Jean Tuffet, le 29 mars 1637, pour aller travailler au fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton (Acadie) au service de Pierre Desportes, durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 75 livres par année (avance de 30 livres). Ne signe pas. Il s’embarque probablement à bord du navire La Marie (100 tx), de Saint-Jean-de-Luz, et quitte La Rochelle, mi-avril, à destination de l’Acadie. Un an plus tard, le 10 mars 1638 à La Rochelle, Michelle Renou (parent avec l’engagé Pierre Renou?) reconnaît avoir reçu de Tuffet la somme de 60 livres en déduction des salaires revenant à Jean Margat son mari. Semble revenir en France après ses trois années d’engagement.
Extrait. Engagement de Jean Margat. 29 mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 31)
Note. Les registres paroissiaux de Sigogne ne commencent qu’en 1737. (AD16 en ligne)

MELOT, Jean
(     –     )
Natif du Mans (Maine), Jean Melot s’engage à Jean Tuffet, le 27 mars 1637, pour aller travailler au fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton (Acadie) au service de Pierre Desportes, durant trois ans, à titre de chirurgien, à raison de 150 livres par année (avance de 150 livres). Il signe. Il s’embarque à bord du navire Le Nicolas (110 tx), de Saint-Gilles-sur-Vie, et quitte La Rochelle, fin avril, à destination de l’Acadie. Après trois années d’engagement, Melot revient à La Rochelle où, le 28 novembre 1640, il donne quittance à Tuffet de la somme de 300 livres restant à payer sur ses salaires, comprenant la somme de 16 livres reçue pour des commodités achetées dans le magasin de l’habitation de Sainte-Anne.
Extrait. Engagement de Jean Melot. 27 mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 30v, 31r)

RENOU, Pierre
(     –     )
Demeurant à Croix-Chapeau (Aunis), Pierre Renou s’engage à Jean Tuffet, le 29 mars 1637, pour aller travailler au fort Sainte-Anne dans l’île du Cap-Breton (Acadie) au service de Pierre Desportes, durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 75 livres par année (avance de 40 livres). Il signe. Il s’embarque probablement à bord du navire La Marie (100 tx), de Saint-Jean-de-Luz, et quitte La Rochelle, mi-avril, à destination de l’Acadie. Aucune trace de cet engagé par la suite. Est-il parent avec Michelle Renou, épouse de Jean Margat ?
Extrait. Engagement de Pierre Renou. 29 mars 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 31r, 31v)
Note. Les registres paroissiaux de Croix-Chapeau ne commencent qu’en 1668. (AD17 en ligne)

Pour citer cet article

Guy Perron©2022, « Les engagés levés par Jean Tuffet pour l’Acadie en 1637 », Le blogue de Guy Perron, publié le 17 novembre 2022.


[1] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 32v. 2 avril 1637.

[2] Une charte-partie est un acte constituant un contrat conclu de gré à gré entre un fréteur et un affréteur, dans lequel le fréteur met à disposition de l’affréteur un navire. Le nom vient de ce que le document était établi en deux exemplaires que l’on découpait par le milieu pour en remettre deux moitiés à chaque partie. Mémoire d’un port. La Rochelle et l’Atlantique XVIe-XIXe siècle. Musée du Nouveau Monde, La Rochelle, 1985, p. 25.

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3 réflexions sur “339 – Les engagés levés par Jean Tuffet pour l’Acadie en 1637

  1. Gisèle Monarque

    Bonjour Guy,
    Je le dirai toujours …Tu es unique vs tes recherches !

    Bons souvenirs

    Je me souviens encore des cours de Claude Perreault que nous avons pris ..
    et si je ne me trompe de l’opportunité qui s’est présenté de se rendre aux Archives de Larochelle, etc.

    Gisèle Monarque

  2. Louise Prieur

    Merci Monsieur Perron pour ce fabuleux blogue. J’attends toujours vos articles avec impatience pour en apprendre davantage tout en espérant y voir le nom d’un de mes ancêtres.
    Auriez-vous déjà croisé lors vos recherches le nom de Claude Carpentier (1636-1709), domestique engagé recensé au Séminaire de Québec en 1666 (il n’apparaît pas sur celui de 1667). On le retrouve à Neuville, en 1671 lors de son mariage avec Marguerite de Bonnefoy, veuve de Jacques Achon et fille du Roy. Sa concession est visible sur la carte de Gédéon de Catalogne de 1709. Je ne retrouve ni son contrat d’engagement ni le nom du bateau sur lequel il est venu (j’ai consulté Navires de Nouvelle-France, autre site incroyable). Le fichier Origine indique qu’il est mentionné pour la 1ère fois en NF en 1665 mais sans plus de précision.
    Merci pour tout votre travail de moine qui est fort utile aux chercheurs amateurs.

  3. Bernard Laporte

    Bravo encore M. Perron, vous faites revivre le fort Sainte-Anne en Acadie (aujourd’hui Englishtown au Cap Breton, Nouvelle-Écosse), et une partie de ses occupants en 1637, Toujours intéressant de vous lire, belle reconstitution de ces engagés à partir de vos recherches. Toujours intéressant de vous lire, belle continuité !
    Bernard Laporte

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