336 – L’expédition du navire Le Saint-Antoine-Ligournay pour Plaisance en 1670

Le 20 février 1670, Gaspard de La Poippe est nommé gouverneur de Plaisance sur l’île de Terre-Neuve. expédition_blogue

Il remplace La Palme rappelé en France en raison de son comportement vis-à-vis des colons et notamment des pêcheurs, à qui il demandait un tiers de leur pêcherie en échange de fournitures.

Les préparatifs

Le samedi 5 avril 1670[1], Gaspard de La Poippe donne procuration au marchand rochelais Arnaud Peré de recevoir les appointements qui lui sont et seront dus en sa qualité de gouverneur pour le roi au fort de Plaisance ainsi que tous autres montants et choses qui lui appartiennent.

Signature de Gaspard de La Poippe, gouverneur de Plaisance (1670).

Deux jours plus tard[2], il reçoit ses instructions de Colbert de Terron. Voici le préambule :

Ledit sieur de La Poippe saura que Sa Majesté a été excitée à s’assurer du lieu de Plaisance, en l’île de Terre-Neuve, et à y établir une colonie pour maintenir ses sujets dans la possession où ils sont il y a longtemps, d’y aller faire tous les ans une pêche considérable de poissons secs, ayant été remarqué que le poisson de cette côte de Plaisance était plus délicat et exquis qu’en aucun autre endroit. 

Parmi ces instructions, de La Poippe doit :

  • absolument cesser le commerce du tiers de la pêche;
  • entretenir le fort avec un commandant et une petite garnison pour la sûreté des sujets;
  • prendre un grand soin des munitions de guerre et de bouche et en faire un inventaire;
  • prendre soin de tout ce qui regarde le service de Dieu et la religion, prenant garde que les sacrements soient fréquentés et administrés comme il convient parmi de bons catholiques.

Comme le roi accorde annuellement une dépense de 10 000lt pour le maintien du fort et de l’habitation de Plaisance, il aimerait que de La Poippe pense à la diminuer. Outre le produit de leur pêche, écrit Colbert de Terron, les habitants pourraient être aidés par la culture de la terre, la nourriture des bestiaux et quelques pelleteries qu’ils peuvent avoir du provenu de leur chasse.

Fort de Plaisance en 1675.
(Source : Archives nationales d’Outre-Mer, France)

Le départ

C’est à bord du navire Le Saint-Antoine-de-Ligournay (300 tx) que le nouveau gouverneur de Plaisance quitte La Rochelle le 15 avril. Ce qui semble être un vaisseau du roi se fait aussi appeler Le Ligournais.

De l’équipage, nous connaissons :

  • Guillaume Hurtin, capitaine, de La Rochelle
  • François Thibault, maître, de La Tremblade
  • Jean Garnier, chirurgien, d’Étampes
  • Élie Gardeau, matelot, de La Tremblade

La flotte de 1670 pour Terre-Neuve et la pêche est composée d’au moins neuf navires. Ce sont :

  • La Fortune Blanche (90 tx), de La Rochelle (capitaine Jacques Lelièvre);
  • La Sainte-Hélène (70 tx), de Port-Louis (capitaine Pierre Chailleau), frétée par Paul Depond et Benjamin Fouchard;
  • L’Amitié (180 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Gentes), frétée par Pagez et Compagnie;
  • Le Philippe (160 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Bonneau);
  • Le Sacrifice d’Abraham (70 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Vignaud);
  • Le Saint-André (150 tx), de La Rochelle (capitaine Joanis Dehiriart), frété par Antoine Allaire et Jean Pepin le jeune;
  • Le Saint-Antoine-Ligournay (300 tx), de La Rochelle ? (capitaine Guillaume Hurtin), frété par le roi ( ?);
  • Le Saint-Étienne (300 tx), de Nantes (capitaine Pierre Le Maugen);
  • Le Saint-François (80 tx), de Saint-Martin-de-Ré (capitaine Pierre Resnier).

En route pour Terre-Neuve, près du banc, le mauvais temps apparaît. Il vente « à tourmente », la mer est fort agitée. Ce vent d’ouest ébranle le navire détériorant sa grande voile et la grande vergue avec nombre de cordes et carènes de haubans.

Le navire arrive à Plaisance le 8 juin. On y décharge plusieurs victuailles servant à l’entretien du gouverneur de La Poippe et de ses gens.

Le retour

Le navire quitte Plaisance pour aller faire la pêche à Gaspé pendant trois mois. Tel que convenu avec les propriétaires du navire, le produit de cette pêche doit être vendu à Lisbonne.

Alors que le navire traverse l’archipel des Açores, le matelot Élie Gardeau, de La Tremblade, tombe à la mer en serrant la misaine et il se noie pendant la nuit. Le navire arrive le 4 novembre à la rivière de Lisbonne où le poisson est vendu à des marchands du lieu. Quelques jours après, plusieurs marchandises (sucres, huiles, tabac, harengs) sont chargées par divers marchands de Lisbonne pour les porter à La Rochelle.

Extrait. Carte de l’Océan Atlantique / Lattri. 17..
Légende : La Rochelle (A), Plaisance (B), Gaspé (C), Les Açores (D), Lisbonne (E), cap Ortegal (F) et Port-des-Barques (G).
(Source : BNF, département Cartes et plans, GE SH 18 PF 117 P 11 D. http://www.gallica.fr)

Le navire quitte Lisbonne le 26 décembre. Près du cap d’Ortegal, un grand vent d’ouest sud-ouest survient. La mer est très agitée et le navire est entrouvert par le devant et le derrière obligeant l’équipage à activer quatre pompes pour sortir la grande quantité d’eau qui entre continuellement dans le navire.

L’eau gâte une partie des marchandises. Du sucre, de l’huile, du sable et du sel sortent des pompes. Un coup de mer brise une partie du derrière du navire et la sauvegarde du gouvernail. Le mauvais temps va durer trois jours durant lesquels l’équipage est jour et nuit à la pompe.

À douze ou quinze lieues de La Rochelle, un vent contraire change au nord-est obligeant le navire de relâcher aux côtes d’Espagne. Puis, un vent sud-ouest cause l’échouement du navire à Port-des-Barques à cause de sa trop grande quantité d’eau.

Le navire Le Saint-Antoine-Ligournay arrive à La Rochelle le 15 janvier 1671 dans un tel état que les membres de l’équipage continuent encore à pomper l’eau, sans quoi le navire serait sous l’eau.

Le 17 janvier 1671[3], Guillaume Hurtin (capitaine), François Thibault (pilote) et Jean Garnier (chirurgien) se présentent devant l’Amirauté de La Rochelle pour faire état des événements survenus pendant le voyage du navire Le Saint-Antoine-Ligournay à Plaisance, sa pêche à Gaspé et son retour de Lisbonne.

Extrait. Rapport de Guillaume Hurtin, capitaine, et autres concernant le voyage du navire Le Saint-Antoine-de-Ligournay à Plaisance. 17 janvier 1671.
(Source : AD17 en ligne. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5670, fol. 16 (anciennement pièce 11)

Pour citer cet article

Guy Perron©2022, « L’expédition du navire Le Saint-Antoine-Ligournay pour Plaisance en 1670 », Le blogue de Guy Perron, publié le 2 novembre 2022.


[1] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 108. 5 avril 1670.

[2] BAC en ligne. MG1-B. Bobine C-3752, fol. 61-63v. 7 avril 1670.

[3] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5670, fol. 16 (anciennement pièce 11). 17 janvier 1671.

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Une réflexion sur “336 – L’expédition du navire Le Saint-Antoine-Ligournay pour Plaisance en 1670

  1. Bernard Laporte

    À vous lire, j’ai l’impression d’être dans le navire. Vos cartes sont instructives et nous permet de bien suivre le fil des événements. J’ai appris que les liens d’affaires entre les marchands français et espagnols sont biens réels, en dépit des tensions politiques qui ont régné pendant de nombreuses années entre les deux pays à cette époque.
    Bravo encore !
    Bernard Laporte

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