332 – Bernard Bugaret et la coupe de bois en Acadie entre 1637 et 1648

Agenais d’origine (Gascogne), Bernard Bugaret se dit natif de Villefranche en 1637 et demeurant au lieu du Mas en 1648.

Localisation de Villefranche (A) et Le Mas d’Agenais (B).
(Source : La carte de Cassini, feuillet no 72. https://gallica.bnf.fr)

Sa filiation est inconnue. Les registres paroissiaux de Villefranche (AD47) ne commencent qu’en 1745. Des recherches dans les registres de Le Mas d’Agenais (AD47), pour cette période, ont été vaines. On lui connaît une fille, Catherine.

Bourgeois et marchand de la ville du Mas, près d’Agen, Denis Bugaret est cité vers 1630 (acte passé devant le notaire parisien Michel de Beauvais) comme procureur de Jean Olivier, bourgeois et notaire royal de la ville du Mas d’Agenais. S’agit-il d’un parent, un frère de Bernard[1]?

Descendance de Bernard Bugaret dit Saint-Martin.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Premier voyage en Acadie (1636-1637)

En 1636, « Bernard Bugaret aussi charpentier basque » figure dans le Rôle de tous les hommes et femmes qui ont passé sur Le Saint-Jean. Il fait partie des neuf charpentiers recrutés pour aller faire des navires et chaloupes en Nouvelle-France.

Le navire Le Saint-Jean (250 tx) quitte le port de La Rochelle le 12 avril portant 78 passagers et 18 hommes d’équipage. Il arrive à La Hève (Acadie) vers la fin mai, écrit André-Carl Vachon[2].

Le charpentier Bugaret y passera l’année et revient en France à l’automne 1637.

Second voyage en Acadie (1638-1647)

Pour exploiter une concession de coupe de bois obtenue de la Compagnie de la Nouvelle-France en 1632[3], Nicolas Denys passe un contrat avec Bernard Bugaret, natif de Villefranche (Gascogne), le mardi 15 septembre 1637[4], dans l’étude du notaire rochelais Pierre Teuleron, rue Chef-de-Ville.

Pour une période de cinq ans, Bugaret promet de travailler et faire travailler, du mieux qu’il peut, à faire couper des arbres afin d’en faire des merrains, des bordages, des poutres, des solives, des courbes et autres bois nécessaires pour construire des « bâtiments tant de mer que de terre ». Pour se faire, Bugaret doit s’embarquer dans un navire qui sera équipé par Denys pour aller avec dix hommes qu’il promet mener avec lui au pays de la Nouvelle-France et de charger les victuailles requises.

Nicolas Denys promet de transporter ces bois à La Rochelle à ses frais pour les vendre au plus haut prix possible, dont moitié du revenu reviendra à Bugaret et ses hommes et l’autre moitié à Denys qui ne contribuera à aucuns frais de victuailles, ni autres choses.

De plus, Bugaret emprunte à Denys la somme de 100lt pour l’achat de ferrements.

Convention le sieur Denys – Bugaret.
(graphie contemporaine)
Personnellement établis Nicolas Denys, écuyer, capitaine de marine pour le service du roi, résidant en cette ville de La Rochelle d’une part; et Bernard Bugaret, natif de Villefranche, en Gascogne, étant de présent en cette ville d’autre part. Entre lesquelles parties de leurs bons grés et volontés a été fait, convenu et accordé ce qui en suit. C’est à savoir que ledit sieur Denys en vertu de la concession et octroi qui lui ont été faits par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France a consenti et consent, par ces présentes, que ledit Bugaret s’embarque dans un navire qui sera équipé par ledit sieur Denys pour aller en compagnie du nombre [de] dix hommes qu’il promet mener avec lui au pays de la Nouvelle-France et de charger tout le nombre de victuailles que bon semblera à icelui Bugaret qui promet, s’oblige et sera tenu de travailler et faire travailler du mieux de son pouvoir, pendant le temps ci-après déclaré, à faire couper des arbres, faire du merrain, bordages, poutres, solives, courbes et autres bois nécessaires pour les bâtiments tant de mer que de terre. Lesquels bois ledit sieur Denys promet à ses dépens de faire porter en cette ville, ou ailleurs ou bon lui semblera, et en procurer la vente au plus haut prix et à la meilleure condition qu’il pourra dont en appartiendra audit Bugaret, tant pour lui que pour les autres hommes qui auront travaillé, une moitié entièrement et l’autre moitié audit sieur Denys. Lequel ne sera tenu de fournir à aucuns frais de victuailles ni autres choses audit Bugaret sinon seulement de faire porter lesdits bois comme dit est. Déclarant icelui Bugaret, par ces présentes, courir les risques, périls et fortunes de la mer et de la guerre des marchandises et victuailles qu’il chargera dans ledit navire pour l’aller, ensemble d’une moitié entièrement desdits bois qui seront par lui chargés pour envoyer audit sieur Denys. Et promet, par convenance expresse, de ne recevoir aucuns desdits dix hommes sans les obliger à l’accomplissement de ce dessus en cas qu’il vint à décéder durant le temps de ladite concession, qui est de cinq années qui commenceront au jour que ledit Bugaret commencera à y travailler. Reconnaissant ledit Bugaret que ledit sieur Denys lui prête et avance la somme de cent livres tournois pour employer en achat de ferrements nécessaires. De laquelle somme il consent que ledit sieur Denys se rembourse ensemble des autres qu’il lui fournira ci-après sur les plus clairs et premiers deniers qui proviendront de la vente desdits bois. Et pour l’exécution des présentes, lesdites parties ont élu leurs domiciles irrévocables en cette ville, savoir ledit sieur Denys en la maison où pend pour enseigne Les Trois Rois, rue du Minage, et ledit Bugaret en celle du notaire royal soussigné pour y recevoir tous actes et exploits de justice requis et nécessaires qui auront telle force et valeur que s’ils étaient faits à leurs propres personnes et domiciles ordinaires. Tout ce que dessus a été stipulé et accepté par lesdites parties et à se faire et accomplir par icelles sans venir au contraire à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Ont obligé l’une à l’autre tous et chacun les biens meubles et immeubles présents et à venir quelconques. Et ont renoncé &. Jugé &. Condamné &. Fait à La Rochelle en l’étude dudit notaire, avant-midi, le quinzième jour de septembre mille six cent trente-sept. Présents Jean Aubert et Jean Tharay, clercs, demeurant en icelle. Ledit Bugaret a déclaré ne savoir signer de ce requis. Signatures.
Extrait. Convention entre Nicolas Denys et Bernard Bugaret pour travailler à la coupe de bois en Nouvelle-France. 15 septembre 1637.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 73v, 74r)

Qui sont ces dix bûcherons que Bugaret doit recruter pour aller couper du bois en Acadie? Le seul document retracé est la convention entre Bugaret et le chasseur Barthelémy Redon qui aura pour tâche de nourrir les bûcherons du produit de sa chasse[5].

Signature de Barthelémy Redon. 1638
Signature de Barthelémy Redon. 1638

Devant le notaire Teuleron, le jeudi 14 janvier 1638[6], Bugaret s’oblige de faire conduire à ses frais Barthelémy Redon dit Laborderie, natif de Bordeaux (Guyenne), au fort de La Hève où il sera nourri pendant une année commençant le jour de son embarquement. Redon sera entretenu d’habits, de linges et de chaussures nécessaires et Bugaret lui fournira les armes, la poudre et les munitions pour la chasse.

Pour la somme de 300lt qu’il s’oblige payer à Bugaret, Redon « pourra faire son profit particulier » de toutes les pelleteries provenant de sa chasse sans que Bugaret n’en puisse rien prétendre.

Voici le contrat d’engagement entre Bernard Bugaret dit Saint-Martin (l’engagiste) et Barthelémy Redon (l’engagé).

Conventions Bugaret – Redon.
(graphie contemporaine)
Sachent tous que par-devant Pierre Teuleron, notaire &. Ont été présents et personnellement établis Bernard Bugaret dit Saint-Martin, natif de Villefranche-du-Queyran, en Gascogne, et Barthelémy Redon dit Laborderie, natif de la ville de Bordeaux, d’une et d’autre part. Entre lesquelles parties a été fait, convenu et accordé ce qui en suit. C’est à savoir que ledit Bugaret de son bon gré et volonté a promis, s’oblige de faire conduire au fort de La Hève, pays de la Nouvelle-France, ledit Redon le défrayer des frais du passage et le nourrir pendant une année consécutive qui commencera au jour qu’il s’embarquera pour partir et finira à pareil jour icelle révolue. Durant laquelle, il sera aussi tenu d’entretenir ledit Redon d’habits, linges et chaussures nécessaires et lui fournir d’armes, poudre et munitions pour la chasse. Le tout pour et moyennant la somme de trois cents livres tournois, laquelle ledit Redon a promis et s’oblige bailler et payer audit Bugaret dans ce jourd’hui en six mois prochains pour tout délai à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Lequel Redon, moyennant cela, pourra faire son profit particulier de toutes les pelleteries provenant de sa chasse sans qu’en icelles ledit Bugaret puisse rien prétendre. Le tout de ce que dessus par convenance expresse. Pour l’exécution desquelles, lesdites parties ont élu leurs domiciles irrévocables en cette ville, savoir ledit Bugaret en la maison du sieur Louis Gouin et ledit Redon en celle du notaire royal soussigné pour y recevoir tous actes et exploits de justice requis et nécessaires qui auront telle force et valeur que s’ils étaient faits à leurs propres personnes et domiciles ordinaires. Obligeant à cet effet et pour l’accomplissement des présentes tous et chacun leurs biens meubles et immeubles présents et à venir quelconques. Et ont renoncé &. Jugé &. Condamné &. Fait à La Rochelle en l’étude dudit notaire, avant-midi, le quatorzième jour de janvier mille six cent trente-huit. Présents maître Gilles Guignard, garde provincial de l’artillerie, et ledit Gouin demeurant en icelle. Ledit Bugaret a déclaré ne savoir signer de ce requis et a fait sa marque ordinaire. Signatures.
Extrait. Convention entre Bernard Bugaret et Barthelémy Redon pour aller faire la chasse à La Hève (Acadie). 14 janvier 1638.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1288, fol. 3v, 4r)

Bernard Bugaret, Barthelémy Redon et probablement les neuf autres hommes[7] s’embarquent à bord d’un navire équipé par Nicolas Denys, dans des circonstances inconnues, à destination de La Hève (Acadie).

Le charpentier Bugaret va renouveler son exploitation de coupe de bois pour quelques années car il revient en France qu’à l’automne 1647.

ERREUR DE TRANSCRIPTION

Par une erreur de transcription (BAC, bobine C-9186), des imprimés et sites web ont conclu à un addendum daté du 24 décembre 1637. Selon le document original, il s’agit plutôt d’une cession (lire : quittance) du 24 décembre 1647 mettant fin à la convention du 15 septembre 1637 entre Nicolas Denys et Bernard Bugaret.

Troisième voyage en Acadie (1648-)

Dans l’étude du notaire Teuleron, le mardi 24 décembre 1647[8], Nicolas Denys cède à Bernard Bugaret la moitié de tous les bois merrains et autres pièces qui ont été coupés par lui et ses hommes, en exécution de la convention du 15 septembre 1637, ainsi que « les autres bois qui sont coupés et sont encore sur les lieux ». Ils se quittent aussi mutuellement de toutes les affaires qu’ils ont pu avoir de tous le passé jusqu’à présent.

Quelques mois plus tard, le 24 mars 1648[9], Bugaret convient avec Emmanuel Le Borgne pour aller récupérer le bois merrain qu’il dit lui appartenir à La Hève ou Mirligueche. Il ne s’agit pas d’un contrat d’engagement, mais d’une convention pour le transport de marchandises.

Le Borgne consent que Bugaret s’embarque dans le navire qui lui conviendra, mais pas dans celui qu’il doit envoyer en 1648 à Monsieur d’Aulnay [La Verve, de Middelbourg].

Un tiers du bois chargé pour le retour en France appartiendra à Bugaret et les deux autres tiers à Le Borgne pour le fret et le passage.

Comme Le Borgne lui a interdit d’embarquer dans le navire La Verve, de Middelbourg, Bugaret quitte La Rochelle, en mars ou avril, comme passager probablement à bord du navire La Notre-Dame (60 tx), de Miscou, à destination de l’Acadie.

Selon André-Carl Vachon[10], Bernard Bugaret dit Saint-Martin et son épouse font partie des 34 familles qui ont choisi de rester en Acadie lorsque les Français sont repartis en France en 1654 (cession de l’Acadie aux Anglais).

En Acadie, vers 1658, fille de Bernard, Catherine Bugaret épouse le laboureur Claude Petitpas sieur de Lafleur. De cette union vont naître 13 enfants. Elle se remarie, vers 1692, avec Charles Chevalier dit Latrousse.


Pour citer cet article

Guy Perron©2022, « Bernard Bugaret et la coupe de bois en Acadie entre 1637 et 1648 », Le blogue de Guy Perron, publié le 20 septembre 2022.


[1] Fernand-René Perron, Répertoire et minutes des notaires parisiens Pierre de Beaufort et Michel de Beauvais, début du 17e siècle, 1994.

[2] André-Carl Vachon. La colonisation de l’Acadie 1632-1654, Éditions La Grande Marée, Tracadie, 2022, p. 82.

[3] Gervais Carpin, Le Réseau du Canada, Sillery, Les éditions du Septentrion, 2001, p. 305.

[4] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1287, fol. 73v, 74r. 15 septembre 1637.

[5] Gervais Carpin, op. cit., p. 305.

[6] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1288, fol. 3v, 4r. 14 janvier 1638.

[7] Vachon avance les noms d’Abraham Dugas et Isaac Pesseley comme possibles engagés de Bernard Bugaret en 1638. Vachon, op. cit., p. 78.

[8] Voir note 4.

[9] heritage.canadiana.com en ligne. Fonds des Archives départementales de la Charente-Maritime. Bobine C-9186. Images 1834. Transcription fol. 134, p. 215. 24 mars 1648.

[10] André-Carl Vachon, op. cit., p. 141.

Publicité

Une réflexion sur “332 – Bernard Bugaret et la coupe de bois en Acadie entre 1637 et 1648

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s