Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

264 – L’expédition du navire La Dame Anne pour le Canada en 1675

La flotte de 1675 à destination de Québec est composée d’au moins huit navires : sept de La Rochelle (La Dame Anne, La Diane, La Fortune Blanche, La Grande Espérance, La Providence, Le Lion Couronné et Le Mouton Blanc) et un de Bordeaux (La Nativité).

Le navire La Dame Anne (250 tx) est la propriété de Louis, Jean et Samuel Pagez, tous marchands de La Rochelle.

Les préparatifs

Malheureusement, aucun document n’a été retracé à La Rochelle concernant l’affrètement du navire La Dame Anne pour la Nouvelle-France en 1675.

Liste des membres de l’équipage du navire La Dame Anne. 17 juin 1675.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5674, fol. 335)

Le 17 juin[1], on procède au dénombrement des membres de l’équipage. Ce rôle comporte un commentaire pour chaque membre. Ainsi, on apprend que le maître valet est vieux, que les garçons sont âgés entre 12 et 14 ans, que quelques matelots ont déjà navigué (L’Apollon, Le Grand, L’Heureux), etc.

Le départ

Le navire La Dame Anne quitte La Rochelle le lundi 1er juillet et arrive à Québec le jeudi 19 septembre suivant.

De l’équipage (au nombre de vingt), nous connaissons :

  • Élie Raymond, capitaine, de La Rochelle
  • Jean Guignard, pilote, de Saint-Pierre d’Oléron
  • Nicolas Breuil, contremaître, de La Rochelle
  • Jacques Delaunay, chirurgien, de La Rochelle
  • Pierre Poitou, maître valet, de La Tremblade
  • Jean Dupuis, bossman, de Saint-Pierre d’Oléron
  • Mathieu Gachet, charpentier, de La Rochelle
  • Josué Godefroy, canonnier, de La Tremblade
  • Jean Bragneau, matelot, de La Rochelle
  • Henri Bourdon, matelot, d’Audierne
  • Louis Criste, matelot, d’Audierne
  • Jean Deroumany, matelot, de Venise
  • Nicolas Leridon, matelot, de Brest
  • François Martin, matelot, de Saint-Denis d’Oléron
  • Étienne Mercier, matelot, de Saint-Pierre d’Oléron
  • Louis Roux, matelot, de Saint-Pierre d’Oléron
  • Abraham Travers, matelot, de Saint-Just
  • Pierre Audin, garçon, de Saint-Pierre d’Oléron
  • Pierre Guillon, garçon, de Bonnemie d’Oléron
  • Gilles Lauzière, garçon, de Saint-Malo

Sur les huit navires, sept partent de La Rochelle et un de Bordeaux. Ils sont :

  • La Dame Anne (250 tx), de La Rochelle (capitaine Élie Raymond), frétée par Henri Tersmitten, Louis, Jean et Samuel Pagez;
  • La Diane, de La Rochelle (capitaine Jean Masson);
  • La Fortune Blanche (100 tx), de La Rochelle (capitaine Nicolas Noël), frétée par Arnaud Peré;
  • La Grande Espérance (300 tx), de La Rochelle (capitaine Alain Durand), frété Charles Aubert de La Chesnaye;
  • La Nativité (100-130 tx), de Bordeaux (capitaine Jean-François Bourdon de Dombourg), frété par Jacques de La Mothe;
  • La Providence (80 tx), de La Rochelle;
  • Le Lion Couronné (200 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Chauvet), frété par Jean Gitton;
  • Le Mouton Blanc (300 tx), de La Rochelle, frété par la Compagnie du Nord.

Caractéristiques des navires composant la flotte de 1675 à destination de Québec.
(Source : Collection Guy Perron)

À Québec, on décharge les marchandises du navire pour en faire la livraison aux personnes citées dans les connaissements[2] signés par le capitaine Raymond à La Rochelle.

Le 17 octobre, les capitaine Alain Durand (La Grande Espérance) et Élie Raymond (La Dame Anne) sont appelés pour estimer un navire de 70 tonneaux construit par les charpentiers de navire Honoré Barrisson, Moïse Hilleret et Sauvin pour le compte de Moïse Petit, marchand de La Rochelle. Ce dernier est condamné à leur payer la somme de 1 000lt pour les travaux effectués.

Le retour

Chargé de peaux de castors et d’orignaux et d’autres pelleteries pour le compte de quelques marchands rochelais, le navire La Dame Anne quitte le port de Québec, le vendredi 15 novembre.

À cent lieues de Québec, près de l’Île d’Anticosti, le mauvais survient. Un vent nord-ouest « qui sonnant, qui chantant, qui vantant » à tourmente, et la mer qui est fort agitée, emporte la misaine de devant du navire et la civadière (voile du mât de beaupré), obligeant l’équipage de mettre le navire « en travers » car il ne peut porter aucune voile.

Pendant quarante-huit heures, le navire reçoit plusieurs coups de mer. La chaloupe, qui est sur le pont, est jetée à la mer pour sauver la vie des membres de l’équipage, le navire et sa cargaison !

Le mauvais temps passé, on constate les dégâts. Le devant du navire a subi beaucoup de dommages et l’ancre qui était amarrée à la bosse[3] du côté de bâbord est tombée à la mer.

En route vers les Açores, au sud-est du Grand Banc de Terre-Neuve, le mauvais temps resurgit ! Un vent sud sud-ouest emporte la grande voile et l’équipage doit tenir le navire « de côté en travers » pendant dix-sept heures, lui causant beaucoup de dommages. Le capitaine Raymond raconte que pendant tous « ces mauvais temps », ils ont toujours été à la poupe (arrière du navire).

On craint que les marchandises chargées à Québec soient endommagées par l’eau qui s’est accumulée dans le navire.

À quelques 150 lieues de La Rochelle, le 17 décembre, le matelot Louis Roux tombe à la mer en amurant la grande voile. Malgré les efforts, il ne peut être sauvé.

Le navire La Dame Anne arrive à La Palice, près de La Rochelle, « sur les quatre heures du soir » le mardi 24 décembre 1675.

Deux jours plus tard[4], Élie Raymond (capitaine), Nicolas Leridon et Étienne Mercier (matelots) se présentent devant l’Amirauté de La Rochelle pour faire état des événements survenus pendant le voyage du navire La Dame Anne à Québec. Tous signent leur déclaration.

Extrait. Rapport d’Élie Raymond, capitaine, et autres concernant le voyage du navire La Dame Anne à Québec. 26 décembre 1675.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5674, fol. 177 (anciennement pièce 139)

 

Pour citer cet article

Guy Perron@2020, « L’expédition du navire La Dame Anne pour le Canada en 1675 », Le blogue de Guy Perron, publié le 27 juin 2020.

 


[1] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5674, fol. 335 (anciennement pièce 259). 17 juin 1675.
[2] Déclaration contenant un état des marchandises chargées sur un navire, le nom de ceux à qui elles appartiennent, l’indication des lieux où on les porte, et le prix du fret. Tous les connaissements sont signés par le capitaine et par l’armateur.
[3] Cordage frappé à l’avant d’un navire et utilisé pour amarrer un canot ou une annexe le long du bord.
[4] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5674, fol. 177 (anciennement pièce 139). 26 décembre 1675.

Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), Canada, Expéditions de navires, France, HISTOIRE, La Rochelle, Nouvelle-France, Québec

3 réponses

  1. Fascinant de voir ce que ces hommes enduraient.

    Danielle

    On Sat, 27 Jun 2020 at 12:48, Le blogue de Guy Perron wrote:

    > Guy Perron posted: « La flotte de 1675 à destination de Québec est composée > d’au moins huit navires : sept de La Rochelle (La Dame Anne, La Diane, La > Fortune Blanche, La Grande Espérance, La Providence, Le Lion Couronné et Le > Mouton Blanc) et un de Bordeaux (La Nativité).  » >

  2. Bonjour

    Que signifie exactement les expressions techniques utilisées dans l’article: «tenir le navire de côté en travers » et «mettre le navire en travers ».

    De plus comment le navire peut-il peut-on avancer s’il n’y a plus de voiles.

    Pensez-vous que la déclaration du capitaine est exagérée afin de justifier les dommages, les retards et les réparations?

    • Bonjour,
      « Mettre le navire en travers » signifie qu’il soit penché, plus facile pour affronter les tempêtes, je crois. Mais je ne suis pas marin :-))

      Un navire est composé de dizaines de voiles. Et des voiles de rechange. Dans le rapport du capitaine Raymond, il n’est pas question que son navire n’ait plus de voiles l’empêchant de naviguer!

      Je ne crois pas que le rapport du capitaine Raymond soit exagéré. Relater une expédition de 3 mois en 40-50 lignes démontre qu’il faut aller à l’essentiel, pour les assurances. Tout navire était assuré, mais les documents font défaut. De plus, le navire mouillant au port est une preuve visuelle de son état à la suite d’un voyage.

      Guy

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