255 – Les engagés levés par divers particuliers pour le Canada en 1649

En 1649, seulement deux engagés sont recrutés par divers particuliers pour la Nouvelle-France.

À La Rochelle, le mardi 16 mars 1649[1], le laboureur Nicolas Petit se présente dans l’étude du notaire rochelais Pierre Teuleron, situés sur la rue Chef-de-Ville, à la demande du jésuite Jean Liégeois, pour convenir de ses conditions d’engagement envers Pierre Boucher, seigneur de Trois-Rivières. Il en est de même pour le laboureur Pierre Paillereau, le vendredi 4 juin suivant[2], à la demande du parisien Noël Bélanger, pour aller servir Noël Morin à Québec.

Ainsi, ils déclinent leurs prénom et nom, leurs lieux d’origine et leur profession. Le notaire écrit leur salaire annuel (60lt / an) qui sera payé à la fin de chaque année. Une avance (35 ou 36lt) leur est accordée pour acheter des habits ou autres commodités.

En plus de leur défrayer leur passage, aller et retour en France (s’il y a lieu), les engagistes promettent de nourrir Petit et Paillereau pendant les trois années de leur engagement. En retour, les deux engagés seront tenus de servir Boucher et Morin, leurs maîtres, tant à labourer qu’à cultiver la terre et couper du bois.

Voici un contrat-type d’engagement entre Pierre Paillereau (l’engagé) et Noël Bélanger, au nom de Noël Morin (l’engagiste) en 1649.

Conventions Paillereau et Mr Bellanger

(graphie contemporaine)

Personnellement établis Pierre Paillereau, laboureur, natif de la paroisse de Villedoux, et demeurant de présent en cette ville, d’une part. Et noble homme maître Noël Bélanger, conseiller du roi et contrôleur général sur la maison de ville de Paris, faisant pour le sieur Noël Morin, habitant de Québec, pays de la Nouvelle-France, comme ayant charge de lui ainsi qu’il a déclaré, d’autre part. Entre lesquelles parties ont été faites les conventions suivantes. C’est à savoir que ledit Paillereau a promis, s’oblige de s’embarquer à la première réquisition qui lui en sera faite par ledit sieur Bélanger, audit nom, pour aller audit pais de la Nouvelle-France servir ledit Morin tant à labourer la terre et couper des bois qu’à toutes autres choses qu’il lui commandera pendant le temps et espace de trois années consécutives qui commenceront au jour qu’il arrivera audit Québec et finiront à pareil jour icelles révolues. Pour et moyennant la somme de soixante livres tournois pour chacune des dites années que ledit sieur Bélanger, audit nom, promet et sera tenu faire payer audit Paillereau à la fin de chacune année déduction faite sur la première d’icelles de la somme de trente-six livres tournois qu’il lui a payée et avancée pour acheter des habits et autres commodités. Et encore s’oblige ledit sieur Bélanger, audit nom, de le défrayer des frais du passage allant et retournant, et le nourrir pendant tout ledit temps. Le tout de ce que dessus à peine de tous dépens, dommages et intérêts entre lesdites parties; lesquelles, pour l’accomplissement, ont obligé l’une à l’autre tous leurs biens présents et futurs. Et outre, ledit Paillereau sa personne à tenir prison comme pour deniers royaux. Élisant leurs domiciles irrévocables pour l’exécution des présentes en ceste ville, savoir ledit sieur Bélanger, audit nom, en la maison du sieur Jacques Mousnier, marchand, pour y recevoir tous actes & Renonçant & Jugés & Condamnés & Fait à La Rochelle, en l’étude dudit notaire avant midi, le quatrième jour de juin mille six cent quarante-neuf. Présents Bertrand Derrathou et Pierre Teuleron, clercs, demeurant en icelle. A ledit Paillereau déclaré ne savoir. Signatures.

Contrat d’engagement de Pierre Paillereau pour Québec. 4 juin 1649.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 33)

Qui sont ces engagés de 1649 ?

Pierre Paillereau Nicolas Petit
Tableau des engagés levés pour le Canada en 1649.
(Source : Collection Guy Perron)

Les deux engagés sont originaire d’Aunis.

Origine des engagés levés par divers particuliers pour le Canada en 1649.
(Source : Collection Guy Perron)

L’engagé Paillereau quitte La Rochelle à destination de Québec à bord d’un navire qui nous est inconnu. Par contre, nous présumons que l’engagé Petit s’embarque avec son engagiste, le jésuite Jean Liégeois, fin juin, à bord du navire Le Grand Cardinal (300 tx). Ils arrivent à Québec le 24 août suivant.

Que sont devenus les engagés de 1649 ?

Les deux engagés (100 %) restent en Nouvelle-France et ont une descendance.

PAILLEREAU, Pierre

(c1629-1669)

Fils de Pierre Paillereau et de Françoise Micou, Pierre Paillereau est originaire de Villedoux (Aunis). Il s’engage à Noël Bélanger, conseiller du roi et contrôleur général à Paris, le 4 juin 1649, pour aller travailler à Québec au service de Noël Morin, durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 60 livres par année (avance de 36 livres). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle à destination de Québec dans des circonstances inconnues. En 1655, avec Pierre Sauçois, il s’engage envers Guillaume Gauthier de Lachesnaye à lui creuser un puits. Il est reçu à la Confrérie du Saint-Rosaire le 1er octobre 1656. Il épouse, le 31 juillet 1657 à Québec, Hélène Quartier, fille à marier de 1657, fille de Pierre Quartier et de Marie Lefebvre, de La Rochelle. Aucun enfant ne naît de leur union. En octobre 1657, Mathieu Huboust Deslongchamps lui baille à ferme une terre située à la côte de Beaupré. En 1660, avec Thomas Grandrie, il se fait adjuger la moitié d’une terre par les marguilliers de la Fabrique de Château-Richer. En 1664, Charles de Lauzon lui concède une terre dans sa seigneurie de Liret à l’Île d’Orléans. Il en obtient le titre officiel en décembre 1666. Son épouse décédée, il contracte un second mariage, le 12 octobre 1665 à Québec, avec Élizabeth Roy (fille du Roi de 1665), fille de feu Antoine Roy et de feue Simone Gauthier, de la ville de Senlis (Picardie). De leur union naissent deux enfants. En 1667, il possède trois arpents de terre en valeur et une bête à cornes à l’Île d’Orléans. Il décède à Sainte-Famille (I.O) où il est enterré dans le cimetière paroissial, le 23 novembre 1669, à l’âge de 40 ans. Il est « mort subitement dans une longue maladie où il se préparait depuis longtemps à la mort ».

Extrait. Engagement de Pierre Paillereau. 4 juin 1649.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 33)
Note : Les registres paroissiaux de Villedoux ne commencent qu’en 1668. Des recherches dans les paroisses avoisinantes (Marsilly et Saint-Xandre) ont été vaines. Cependant, il existe des familles Paillereau à Marsilly à cette époque. (AD17 en ligne)
Voir aussi : Michel Langlois, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700), La Maison des Ancêtres, tome 4 (Lettres N à Z), 2001, p. 58.

 

PETIT dit Lapré, Nicolas

(c1632-1697)

Fils de Nicolas Petit et de Catherine Asselin, Nicolas Petit est originaire de Le Gué-d’Alleré (Aunis). Il s’engage au jésuite Jean Liégeois, le 16 mars 1649, pour aller travailler à Trois-Rivières au service du seigneur Pierre Boucher, durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 60 livres par année (avance de 35 livres). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle probablement avec son engagiste, fin juin, à bord du navire Le Grand Cardinal (300 tx) et arrive à Québec le 24 août suivant. Il épouse, le 17 août 1656 à Trois-Rivières, Marie Pouponnelle, fille de feu Jean Pouponnelle et de feue Michelle Boulet, de Longèves (Aunis). De leur union naissent neuf enfants. La veille de son mariage, il achète de Jean Pacaut une terre de deux arpents de terre de front située « sur le bord » de Trois-Rivières, dans la seigneurie des Jésuites. L’année suivante, il vend cette terre à François Lemaître. En 1663, Quentin Moral lui réclame dix minots de pois pour dommages causés par ses cochons dans son grain. En 1667, il possède huit arpents de terre en valeur au Petit-Cap-de-la-Madeleine. En octobre 1670, Joseph Petit dit Bruneau lui baille à ferme des terres situées proche de Trois-Rivières. En 1673, Étienne Seigneuret lui concède une terre de six arpents et de demi de front. Les Jésuites lui louent pour cinq ans, en 1674, autant de terres qu’ils en louaient à Philippe Étienne à Trois-Rivières. La même année, devant le Conseil souverain, Jacques Leneuf le poursuit pour des cochons qu’il aurait tués sur son habitation. Le 1er mai 1675, il vend une terre située à Tonnancour à Nicolas Leclerc dit Lacouture. Le 24 décembre 1680, le seigneur Gilles Boivinet lui concède une terre de trois arpents dans le fief Sainte-Marguerite, près de Trois-Rivières. On retrouve la famille à Trois-Rivières, au recensement de 1681, sur une terre de 30 arpents en valeur et trois bêtes à cornes. Le 10 octobre 1683, Petit vend à Bernard Dumouchel dit Laroche une place située au bas du « platon » du fort de Trois-Rivières. La famille Petit se transporte à Varenne où, le 9 février 1685, le seigneur René Gautier de Varennes concède une terre à Nicolas. C’est là qu’il décède, le 26 juin 1697 et y est inhumé le lendemain dans l’église paroissiale.

Extrait. Engagement de Nicolas Petit. 16 mars 1649.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 34)
Note : Les registres paroissiaux de Le Gué-d’Alleré ne commencent qu’en 1646. Des recherches dans les paroisses avoisinantes (Benon et Bouet) ont été vaines. (AD60 en ligne)
Voir aussi : Michel Langlois, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700), La Maison des Ancêtres, tome 4 (Lettres N à Z), 2001, p. 117.

 

Pour citer cet article

Guy Perron@2020, « Les engagés levés pour le Canada en 1649 », Le blogue de Guy Perron, publié le 28 mars 2020.

 

 


[1] AD17. AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 34. 16 mars 1649..
[2] AD17. AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1370bis, pièce 33. 4 juin 1649.

7 réflexions sur “255 – Les engagés levés par divers particuliers pour le Canada en 1649

  1. Jean perron

    Bonjour monsieur perron

    Je me questionne si vous.avez des écrits des.documents ou autres au sujet de notre ancêtre commun Daniel perron dit suire

  2. Bernard Laporte

    Bravo ! monsieur Peron, pour votre artcie sur les engagés de 1649. C’est une belle trouvaille ! Il ya très peu d’actes pour ces années là. Votre travail est précieux pour tous ceux qui s’intéressent à leurs ancêtres et à la façon, dont cela fonctionnait à cette époque. Je continue à vous lire avec joie.
    Bernard Laporte

  3. bernbeau

    Bonjour,
    Je suis de plus en plus convaincu que la plupart des engagés étaient des Huguenots……..ce faisant, bien que catholique sur papier, le Québec a été fondé par des protestants. De plus, tous les marchands qui ont transporté les religieux et les colons étaient protestants. Qu’en pensez-vous?

    1. Bonjour,
      L’apport des protestants à la colonisation de la Nouvelle-France est beaucoup plus grande qu’on le pense (les familles elles-mêmes, les marchands, les engagistes, les banquiers, etc.).

      Mais c’est un sujet très complexe à discuter ici. Je vous suggère :
      – LARIN, Robert. Brève histoire des protestants en Nouvelle-France et au Québec ; Éditions de la Paix, 1999.

  4. Lorraine Brissette

    Je viens de découvrir votre blogue. Félicitation! Quel travail, quelle érudition! Je cherche quelques informations sur mon ancêtre Jacques Brisset qui serait arrivé au Canada comme engagé en 1648 ou 1649. Je n’ai pas trouvé son contrat d’engagement. Il était protestant et venait de La Rochelle. Ses parents y seraient morts au siège de 1628. Avez vous déjà vu ce nom dans vos recherches?

    Lorraine Brissette

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