Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

248 – Jean Rabusson (1636-1703), notaire rochelais catholique

Au XVIIe siècle, les notaires sont nombreux à La Rochelle. L’abondance et la diversité des actes notariés en font une mine d’informations essentielles aussi bien pour le généalogiste que pour l’historien.

Liste des notaires ayant pratiqué à La Rochelle au XVIIe siècle.
(Source : Collection Guy Perron)

Pour cette période, les Archives départementales de la Charente-Maritime (AD17) conservent les minutes de 76 notaires qui ont pratiqué à La Rochelle. Pour certains, c’est l’entièreté de leurs minutes, pour d’autres, ce ne sont que quelques pièces. Des minutes ont disparu… à moins qu’elles soient rangées dans un grenier, au fond d’une cave, dans l’attente d’être retrouvées !

Ces notaires ont tous une histoire familiale et professionnelle à découvrir. Parmi eux, il y a Jean Rabusson (1636-1703) qui a pratiqué le notariat à La Rochelle de 1659 à 1703.

La famille Rabusson

La famille Rabusson n’est pas originaire de La Rochelle. C’est en recherchant dans une base de données généalogiques que j’ai relevé les baptêmes de quelques frères et sœurs du notaire Jean Rabusson dans le village d’Ébreuil (Auvergne), dans le département de l’Allier, à 27 km à l’ouest de Vichy.

Famille Blaise Rabusson – Jeanne Martin.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Fils de Blaise Rabusson sieur des Garennes et de Jeanne Martin, Jean aurait été baptisé vers 1636. Malheureusement, le registre GG2 débute l’enregistrement des baptêmes qu’en 1637. À première vue, le registre GG1 termine l’enregistrement des BMS en 1632 selon le site web des Archives départementales de l’Allier.

(Source : AD03)

Poussant plus loin ma recherche, je consulte quand même le registre GG1 et découvre qu’il contient l’enregistrement des baptêmes jusqu’en 1636 ! Eureka !

Jean Rabusson est né à huit heures du matin le 5 février 1636 et baptisé le même jour dans l’église paroissiale Notre-Dame d’Ébreuil, aujourd’hui détruite.

Ledict Jo[u]r cinq[uiè]me febvrier xvic _
trente six a este Baptizé Jean rabusson _
filz de Blaize et de Jeanne martin _
ses pere & mere a este parrin M[aîtr]e _
Jean Martin & Jeanne Rabusson _
sa Marreine & né led[it] Jo[u]r a huict _
heures de matin Jo[u]r de CareSme precedent. Signatures
Acte de baptême de Jean Rabusson. 5 février 1636. Ébreuil.
(Source AD03 en ligne. GG1. BMS. 1607-1632 [sic])

 

Historique de l’ancienne église paroissiale Notre-Dame d’Ébreuil.

Ancienne église paroissiale Notre-Dame d’Ébreuil.

Village d’Ébreuil (Allier). Crédit photo : Jan Labordus.

Ébreuil. Département de l’Allier, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Quelle sont les circonstances qui amènent Jean Rabusson dans les environs de La Rochelle ? À partir du milieu des années 1640, Gabriel Rabusson (1611-1687) devient le curé du village de Lagord. Aussi natif d’Ébreuil, Gabriel nous semble être l’oncle de Jean. Quoiqu’il en soit, on retrouve Jean comme parrain au baptême de Jeanne Albert célébré dans l’église de Lagord en mai 1656. Il est âgé de 20 ans.

Signature de Jean Rabusson, praticien.

En avril 1658, il est qualifié de « praticien », signant comme témoin dans les actes du notaire rochelais Pierre Teuleron. Dès l’année suivante, il professe le notariat.

Notaire royal, il épouse dans l’église Notre-Dame de l’Assomption de Lagord, le mardi 13 juin 1662, Marie Devienne (19 ans), fille de François Devienne, écuyer, sieur de la Tuilerie, et de Suzanne Sabatery, d’Ars-en-Ré. C’est d’ailleurs dans cette paroisse qu’est baptisée Marie, le 3 novembre 1642. Conseiller du roi au siège présidial de La Rochelle, archidiacre officiel et vicaire général du diocèse, Michel Brunet est présent « en conséquence de la dispense des bans » à eux octroyée.

Église Notre-Dame de l’Assomption de Lagord. Crédit photo : Patrick Despoix.

Le Mardy treiziesme jour de Juin mil six cens soixante deux _
ont esté admis à la benediction nuptiale M[aîtr]e Jean Rabuson _
Notaire Royal de la ville de la Rochelle filz de noble homme _
Blaize Rabusson S[ieu]r Des Garennes & de Dam[oisel]le Jeanne Martin ses _
pere & mere d’une part Et Dam[oisel]le Marie De Vienne fille de feu _
François de Vienne eS[cuy]er S[ieu]r de la Thuillerie & de Dam[oisel]le Suzanne _
Sabbatery d’autre part, Ledit S[ieu]r Rabusson de la parroisse de N[otre] Dame _
de Cognes en lad[ite] ville de La Rochelle & lad[ite] Dam[oisel]le De Vienne de cette _
parroiSse de la Gord, LeSquels ont esté espouses du conSentement _
& en preSence du S[ieu]r Curé par moy Michel Brunet ConSeiller du _
Roy au Siege preSidial de ladite ville, Archidiacre, Officiel & _
Vicaire General dudit Dioceze en conSequence de la dispenSe de bans que _
je leur ay cy devant octroyée. fait le jour & an suSdit en preSence des souSsignes. Signatures.
Acte de mariage de Jean Rabusson et de Marie Devienne. 13 juin 1662. La Rochelle.
(Source : AD17 en ligne. Non coté. Lagord. BMS. 1647-1679, vue 80/90).

Les nouveaux mariés se connaissaient depuis au moins trois ans, car le 25 mai 1659, ils sont parrain et marraine de Marie Tournier à Lagord. Notons que bien qu’originaire d’Ars-en-Ré, les parents de Marie obtenaient du curé de la paroisse rétaise, le 14 septembre 1642, un certificat pour aller s’épouser à Lagord.

De l’union Rabusson-Devienne naissent huit enfants.

Famille Jean Rabusson – Marie Devienne.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Profession : notaire royal[1]

Du latin notarius, nota, le notaire est celui qui note. C’est un officier dépositaire de la foi publique, qui garde les notes et minutes des actes que les parties passent devant lui (Encyclopédie de Didérot et d’Alembert). Son action permet de :

Signature de Jean Rabusson, notaire royal.

  • donner aux actes le caractère d’authenticité indispensable à l’exercice de l’autorité publique;
  • prouver la date de l’acte établi;
  • conserver le dépôt des minutes;
  • délivrer des grosses, c’est-à-dire des doubles certifiés authentiques de l’acte original (conservé dans les minutes).

À ce titre, Jean Rabusson est le témoin de la vie intime de la famille. Il accompagne les événements importants du foyer et doit instaurer une relation de confiance avec ses clients. Il est au centre de la communauté et, observateur privilégié, il joue le rôle de médiateur, de conseiller. Le notaire est le premier conservateur des accords entre les parties. C’est une fonction essentielle de son office[2].

L’étude de notaire

Nous ne connaissons pas l’endroit où Jean Rabusson installe son étude au début de son notariat. Cependant, nous avons relevé trois emplacements successifs.

Emplacements des maison et étude de Jean Rabusson, notaire royal.

Emplacement : place des Petits-Bancs (1667-1672)

Le 31 juillet 1667[3], Zacarie Fonnereau et ses filles Marie et Marguerite, afferment à Jean Rabusson une maison couverte d’ardoises, située devant la fontaine des Petits-Bancs à La Rochelle. La durée de la location est de quatre ans (120lt/an), soit du 29 septembre 1667 au 25 mars 1671.

Selon le Père Bernard Coutant[4], cette maison correspond aujourd’hui au 40, rue du Temple.

Emplacement de la maison et étude de Jean Rabusson sur la place des Petits-Bancs (aujourd’hui 40, rue du Temple).

Emplacement : rue du Palais (1672-1673)

Il semble que le bail de la place des Petits-Bancs soit prolongé d’un an car, le 4 septembre 1671[5], le couple Rabusson-Devienne s’entend avec Barthelémy Peronneau et ses filles Esther, Suzanne et Henriette, pour louer à ferme, à partir de Noël 1672, une maison couverte d’ardoise située sur la rue de la Chaudellerie (aujourd’hui rue du Palais) devant le canton des Petits-Bancs. Cette location est de cinq ans et trois mois (300lt/an), soit du 25 décembre 1672 au 25 mars 1678.

Il est permis au couple de louer quelques-unes des chambres. De même, il pourra faire ouvrir les portes qui entrent dans la boutique et la chambre basse ou en faire d’autres pour leur commodité et faire changer la serrure de la boutique.

Il faut croire que la famille Rabusson occupera cet emplacement qu’une année et demie, soit jusqu’au 25 mars 1674. Le 19 décembre auparavant[6], Rabusson subroge son bail à Gilles Sylvain, maître libraire, et Esther Maisonneuve, son épouse. Ce transfert de location est fait pour les quatre années restant au bail.

Le couple Sylvain-Maisonneuve respectera la location de l’appartement que Rabusson a fait à Jean Dutour, maître tailleur d’habits, et Madeleine Picaud, son épouse, pour les quatre prochaines années. Cette location (100lt/an) consiste en deux chambres de plein pied au second étage de la maison, un galetas au-dessus de la chambre donnant sur la rue, un réduit au-dessus de la cuisine, une partie de la cave afin de d’y entreposer un tonneau de vin et une petite boutique.

Selon le Père Bernard Coutant[7, cette maison correspond aujourd’hui au 40, rue du Palais.

Emplacement de la maison et étude de Jean Rabusson sur la rue de la Chaudellerie (aujourd’hui 40, rue du Palais).

Emplacement : rue des Maîtresses (1673-)

Trois mois avant cette subrogation, le 30 septembre 1673[8, le couple Rabusson-Devienne acquiert d’Abraham Chauveau, chirurgien du village de Thairé, et Renée Barbot, son épouse : une maison couverte d’ardoises ayant une écurie et galerie couverte de tuiles, pour aller du logis jusqu’aux latrines, une cour et droit de porche.

Cette maison, située sur la rue des Maîtresses (aujourd’hui rue Dupaty), est bornée :

  • au sud : la rue des Maîtresses;
  • au nord : la maison d’Alexandre Thoraille, sieur de l’Étang, où pend l’enseigne L’Étang, avec muraille commune;
  • à l’est : la maison d’Alexandre Demontreau, notaire royal, avec muraille commune;
  • à l’ouest : la maison de Jacques Barbot sieur du Treuil Gras, à la cour et galerie qui tient à la maison de Thoraille et à l’écurie.

Les acquéreurs prendront possession de la maison à Noël 1673, moyennant la somme de 290lt de rente annuelle. Cependant, il est permis de laisser jouir pendant un an le nommé de Laleu, tailleur d’habits, des lieux qu’il occupe.

À noter que les épouses des notaires Rabusson (Marie Devienne) et Demontreau (Suzanne Deramé) sont natives d’Ars-en-Ré.

Selon le Père Bernard Coutant[9, cette maison correspond aujourd’hui au 28, rue Dupaty.

Propriétés des notaires Jean Rabusson (28) et Alexandre Demontreau (28) situées sur la rue Dupaty.

Les porches ont été supprimés du côté pair (du numéro 20 à la rue Chaudrier) de la rue Dupaty au XIXe siècle.

Emplacement de la maison et étude du notaire Jean Rabusson.

28, rue Dupaty. La Rochelle.

En 1678, la maison est toujours la propriété du notaire.

Le notaire Jean Rabusson s’éteint le 27 juillet 1703 à l’âge de 65 ans [sic]. Il est enterré le lendemain dans l’église des prêtres de l’Oratoire de La Rochelle.

Acte de sépulture du notaire Jean Rabusson. 28 juillet 1703. La Rochelle.
(Source : AD17 en ligne. GG225. La Rochelle. Saint-Barthelémy. BMS. 1703-1704. Vue 27/60)

Les archives notariales

À la fin de sa carrière de notaire (1659-1703), Jean Rabusson nous a laissé un minutier composé de 10 registres.

Registres : 3 E 1786 (1666-1669), 1787 (1670-1679), 1788 (1680-1684), 1789 (1685-1696), 1790 (1659, 1664-1667), 1791 (1668-1671), 1792 (1672-1675), 1793 (1676-1679), 1794 (161680-1685), et 1795 (1686-1698, 1703).

 

Pour citer cet article

Guy Perron@2020, « Jean Rabusson (1636-1703), notaire rochelais catholique », Le blogue de Guy Perron, publié le 25 janvier 2020.

 


[1] En 1597, par un édit d’Henri IV, c’est la suppression des anciens offices de tabellion et de garde-note pour la création d’un office unique : le notaire royal.
[2] Archives départementales de Tarn-et-Garonne, Guide de recherche dans les archives notariales. 2014.
[3] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1356. 31 juillet 1667.
[4] Père B. Coutant. La Rochelle : les rues Grosse Horloge, Chef-de-Ville, du Palais, Chaudrier, Admyrault, de l’Escale, Fromentin, Saint-Léonard, cahier no 2, sans date, p. 20.
[5] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1360. 4 septembre 1671.
[6] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1311, fol. 178. 19 décembre 1673.
[7] Père B. Coutant, La Rochelle. Les grands hôtels particuliers, le port, le secteur piétonnier, Navarre, 1979, p. 222.
[8] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3E1311, fol. 135, 136r. 30 septembre 1673.
[9 Père B. Coutant, La Rochelle. Les grands hôtels particuliers, le port, le secteur piétonnier, Navarre, 1979, p. 346.

Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle

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