Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

245 – L’expédition du navire Les Armes de Zélande pour le Canada en 1662

Après la suspension du traité de 1660, le gouverneur émet immédiatement des passeports et des congés à plusieurs marchands qui envoient des navires et des marchandises en Nouvelle-France[1].

La flotte de 1662 à destination de Québec est composée d’au moins huit navires : sept de La Rochelle (L’Aigle Blanc, L’Aigle d’Or, La Flûte Royale, La Fortune Dorée, Le Saint-Jean-Baptiste de Flessingue, Les Armes de Zélande et le navire du sieur Peré) et un de Dieppe (Le Saint-Pierre)[2].

Le navire Les Armes de Zélande (250 tx) est la propriété du maître Hendrick Steurbos, de Flessingue (Hollande).

Les préparatifs

Dans l’avant-midi du lundi 9 janvier 1662[3], un contrat de charte-partie[4] intervient entre Hendrick Steurbos et Pierre Gaigneur, marchand de La Rochelle, pour un voyage du navire Les Armes de Zélande à Québec et à la pêcherie à son retour en France. Ainsi, Steurbos lui frète le corps de son navire avec ses garnitures, apparaux, sept pièces de canons et autres choses servant à sa navigation. Gaigneur pourra y mettre le capitaine et l’équipage de son choix et y charger des marchandises autant que possible.

La location est faite pour la somme de 800lt par mois (à 24% d’intérêts), assuré pour six mois, commençant le 10 mars. Steurbos sera du voyage non en qualité de maître, mais pour avoir l’œil « à la conservation du navire ». Il sera nourri aux frais de Gaigneur, couchera dans la chambre du capitaine et boira et mangera à la table du capitaine. Un matelot flamand accompagnera Steurbos qui sera nourris et payé par Gaigneur pour ses services. De plus, Steurbos aura 100lt pour son chapeau et pot de vin.

Extrait. Contrat de charte-partie pour l’expédition du navire Les Armes de Zélande à Québec. 9 janvier 1662.
(Source : AD17. Notaire Pierre Moreau. 3E59/266, fol. 11)

Comme les documents du greffe du Fonds Amirauté de La Rochelle n’ont pas été conservés, entre 1659 et 1662, il est impossible de connaître le contenu de la liste des membres de l’équipage, le coffre du chirurgien et le passeport du navire Les Armes de Zélande.

Le 6 mars 1662[5], les couples rochelais Isaac Brunet[6]-Perrine Jouin, François Foucault-Jeanne Blouin et Jean Panier-Clémence Valade[7] empruntent à la grosse aventure la somme de 660lt (à 24% d’intérêts) auprès de Jean Roy l’aîné, marchand de La Rochelle. Ce prêt va permettre l’achat de marchandises qui seront chargées dans le navire Les Armes de Zélande, qui est présentement dans la digue. À noter que cette obligation refait surface en 1671[8] !

Deux mois plus tard[9], propriétaire des navires Les Armes de Zélande (250tx) et Le Saint-Jean-Baptiste de Flessingue (150tx), Pierre Gaigneur emprunt la somme de 1 416lt (à 24 % d’intérêts) du marchand rochelais Vautie Doré pour le paiement des marchandises et victuailles qu’il chargera dans ses navires pour le voyage de Québec et, au retour, pour la pêcherie du poisson vert et sec à Gaspé ou l’île Percée. Cet emprunt est remboursé partiellement les 9 avril et 27 novembre 1673 et en avril 1674. pro

Le départ

Le navire Les Armes de Zélande quitte La Rochelle à la fin du mois de mai. Il arrive à Québec au mois de juillet suivant.

Abbés Laverdière et Casgrain, Journal des Jésuites, Québec, Léger Brousseau imprimeur-éditeur, 1871, p. 310.

Le navire n’est pas arrivé le 4 juillet comme le mentionnent divers imprimés et sites web. Cela est une mauvaise interprétation du Journal des Jésuites[10]. La note en marge précise qu’il s’agit de l’arrivée du troisième et du quatrième navire et non des dates de leur arrivée.

De l’équipage, nous connaissons :

  • James Decombes, capitaine
  • matelot flamand de Steurbos

Des passagers, nous connaissons :

  • Pierre Gaigneur, marchand, de La Rochelle
  • Hendrick Steurbos, de Flessingue
  • Isaac Brunet, scieur de long, de La Rochelle
  • Pierre Butault[11].

Sur les huit navires, sept partent de La Rochelle et un de Dieppe. Ils sont :

  • L’Aigle Blanc (80-100 tx), de La Rochelle (capitaine Élie Raymond), frétée par François Peron;
  • L’Aigle d’Or, de La Rochelle (capitaine Nicolas Gargot de La Rochette), frété par le Roi;
  • La Flûte Royale (300 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Guillon), frétée par le Roi;
  • La Fortune Dorée (140 tx), de La Rochelle (capitaine François Janot), frétée par Paul Thévenin et Louis Pagez en compagnie;
  • Le Saint-Jean-Baptiste de Flessingue (150 tx), de La Rochelle (capitaine Guillaume Heurtin), frété par Pierre Gaigneur;
  • Le Saint-Pierre, de Dieppe (capitaine Laurent Poulet);
  • Les Armes de Zélande (250 tx), de La Rochelle (capitaine James Decombes), frété par Pierre Gaigneur;
  • Le navire du sieur Peré, de La Rochelle.

Caractéristiques des navires composant la flotte de 1662 à destination de Québec.
(Source : Collection Guy Perron)

Comme à l’habitude, à Québec, les marchandises du navire son déchargées pour en faire la livraison aux personnes citées dans les connaissements[12].

Le retour

Le navire quitte le port de Québec probablement au mois d’août avec l’autre navire de Gaigneur, Le Saint-Jean-Baptiste de Flessingue.

Malheureusement, aucun rapport du capitaine James Decombes et membres de son équipage n’a été retracé dans le fonds Amirauté de La Rochelle, faisant état des événements survenus pendant l’expédition du navire Les Armes de Zélande à Québec.

À son retour en France, James Decombes n’est pas au bout de ses peines. Ses créanciers l’attendaient de pied ferme afin de saisir la somme de 800lt lui appartenant et qui est entre les mains de Pierre Gaigneur.

Le 19 janvier 1663, un jugement ordonne la distribution de cette somme entre les créanciers de James Decombes et consignée au greffier de l’Amirauté de La Rochelle. La distribution a lieu le 24 janvier suivant en audience extraordinaire.

Distribution de la somme de 800 livres entre les créanciers de James Decombes

Créanciers

Montant dû par Decombes

Montant reçu du greffier

André Bouyer

80lt

44lt 17s 5d

Christophe Gesfray

400lt

224lt 7s 3d

Jean Leclerc

200lt

112lt 12s 7d

Nicolas et Arnaud Walraven

650lt

364lt 11s 9d

Taxe

27lt 9s 6d

Frais de notaire

26lt

Total

1 330lt

799lt 18s 6d

Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. B205. Audiences extraordinaires. 1663-1667. Vue 6 et 7 / 453. 24 janvier 1663.

Extrait. Distribution de la somme de 800 livres entre les créanciers de James Decombes. 24 janvier 1663.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. B205. Audiences extraordinaires. 1663-1667. Vue 6 et 7 / 453)

 


[1] Louis Laberge, Rouen et le commerce du Canada de 1650 à 1670, L’Ange-Gardien, Éditions Bois-Lotinville, 1972, p. 84.
[2] De cette flotte, il faut éliminer les navires Le Petit Saint-Jean (qui est à Québec), Le Mariage Royal (Cap-Breton) et La Notre-Dame de Bonne Nouvelle (à la pêche à Terre-Neuve).
[3] AD17. Notaire Pierre Moreau. 3E59/266, fol. 11. 9 janvier 1662.
[4] Une charte-partie est un acte constituant un contrat conclu de gré à gré entre un fréteur et un affréteur, dans lequel le fréteur met à disposition de l’affréteur un  navire. Le nom vient de ce que le document était établi en deux exemplaires que l’on découpait par le milieu pour en remettre deux moitiés à chaque partie. Mémoire d’un port. La Rochelle et l’Atlantique XVIe-XIXe siècle. Musée du Nouveau Monde, La Rochelle, 1985, p. 25.
[5] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse Canada 3E1128, pièce 41. 6 mars 1662.
[6] Qualifié de marchand, il est témoin à un contrat de mariage le 21 novembre 1662 à Québec.
[7] Elle est la sœur de Guillaume, Marie et Jean Valade, enfants d’André Valade et de Sarah Cousseau. (Source : Fichier Origine)
[8] Le 27 octobre 1671, devant la Prévôté de Québec, Marc-Antoine Gobelin est condamné à payer la somme de 200lt à Jean Gitton, marchand de La Rochelle, procureur d’Ézéchiel Dioré, et créancier de Brunet, Foucault, Panier et Valade. (Source : Guy Perron, Prévôté de Québec tome II, transcription des volumes 3 et 4 (registres civils), 30 octobre 1668 au 31 décembre 1671, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, collection Notre Patrimoine national no. 222, 2002, p. 373-374)
[9] AD17. Notaire Pierre Teuleron. Liasse Canada 3E1370bis, pièce 83. 20 mai 1662.
[10] Abbés Laverdière et Casgrain, Journal des Jésuites, Québec, Léger Brousseau imprimeur-éditeur, 1871, p. 310.
[11] Le 14 mars 1662, il fait son testament en faveur de sa sœur Toussaine devant le notaire Balthazar Raffet. Il est sur le point de s’embarquer dans le navire Les Armes de Zélande. (Source : Navires venus en Nouvelle-France)
[12] Déclaration contenant un état des marchandises chargées sur un navire, le nom de ceux à qui elles appartiennent, l’indication des lieux où on les porte, et le prix du fret. Tous les connaissements sont signés par le capitaine et par l’armateur.

 

Pour citer cet article

Guy Perron@2019, « L’expédition du navire Les Armes de Zélande pour le Canada en 1662 », Le blogue de Guy Perron, publié le 23 décembre 2019.

Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), Canada, Expéditions de navires, France, Gaspé, HISTOIRE, La Rochelle, Nouvelle-France, Percé, Québec

3 réponses

  1. Bonjour Monsieur Perron,

    Je sais que demain se sera Noël mais, je ne m’attendais pas à un tel cadeau. Merci infiniment de nous faire bénéficier ainsi de vos travaux!
    Tout comme vous, j’avais identifié l’interprétation erronée que l’on fait du Journal des Jésuites pour ce qui est de la présence de Gaigneur à Québec; il me semble que la seule chose que l’on puisse affirmer est que cette présence se situe entre le 16 juin et le 31 juillet, soit l’arrivée du 2e vaisseau et la fête de la Saint-Ignace.

    Dans le libellé de l’extrait du Contrat de charte-partie vous indiquez la date du 9 janvier 1672; il s’agit sans doute du 9 janvier 1662.

    Je possède une copie du testament de Pierre Buteau passé chez le notaire Raffect ainsi que sa transcription. N’hésitez pas à me transmettre votre adresse courriel et ce sera un plaisir de vous faire suivre le tout.

    Merci encore et recevez mes meilleurs vœux pour la période des Fêtes.

  2. « il me semble que la seule chose que l’on puisse affirmer est que cette présence se situe entre le 16 juin et le 31 juillet, soit l’arrivée du 2e vaisseau et la fête de la Saint-Ignace .»
    Extrêmement désolé pour cette affirmation tout à fait inutile. Le changement de mois est bien indiqué mais, je suis une personne avec déficience visuelle et mes outils d’accès à l’information me jouent parfois de mauvais tours.
    Mille excuses !

  3. Merci de nous indiquer comment citer vos articles, c’est très apprécié. Il nous incite à faire preuve d’éthique envers les auteurs :
    Pour citer cet article
    Guy Perron@2019, « L’expédition du navire Les Armes de Zélande pour le Canada en 1662 », Le blogue de Guy Perron, publié le 23 décembre 2019.

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