Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

210 – Alexandre Demontreau (1621-1674), notaire rochelais catholique

Au XVIIe siècle, les notaires sont nombreux à La Rochelle. L’abondance et la diversité des actes notariés en font une mine d’informations essentielles aussi bien pour le généalogiste que pour l’historien.

Liste des notaires ayant pratiqué à La Rochelle au XVIIe siècle. (Source : Collection Guy Perron)

Pour cette période, les Archives départementales de la Charente-Maritime (AD17) conservent les minutes de 76 notaires qui ont pratiqué à La Rochelle. Pour certains, c’est l’entièreté de leurs minutes, pour d’autres, ce ne sont que quelques pièces. Des minutes ont disparu… à moins qu’elles soient rangées dans un grenier, au fond d’une cave, dans l’attente d’être retrouvées !

Ces notaires ont tous une histoire familiale et professionnelle à découvrir. Parmi eux, il y a Alexandre Demontreau (1621-1674) qui a pratiqué le notariat à La Rochelle de 1652 jusqu’à sa mort en 1674.

La famille Demontreau

Fils de d’Étienne Demontreau, notaire, et de Jeanne Joubert, Alexandre est baptisé le 10 juin 1621 dans l’église de Mondoubleau (Maine).

Acte de baptême d’Alexandre Demontreau. 10 juin 1621. Mondoubleau.
(Source : AD41 en ligne. E-Dépôt 143/1. Mondoubleau. Baptêmes. Mariages. Sépultures. 1597-1628. Vue 193/267).

Église de Mondoubleau.
(Source : http://www.communes.com)

Mondoubleau. Dans le Perche « dit » Vendômois…
(Source : http://www.cartesfrance.fr/carte-france. Crédit photo : geograf28)

Commune de Mondoubleau. Département de Loir-et-Cher, en région Centre-Val de Loire.
(Source : Données cartographique@2018. Google)

C’est dans l’acte de mariage d’Alexandre qu’on apprend que la famille Demontreau est originaire du village de Mondoubleau (Maine) à 28 km au nord de Vendôme. D’ailleurs, en visionnant les registres paroissiaux de ce village sur AD41 en ligne, on relève d’autres membres de cette famille : Alexandre Demontreau (oncle ?), Françoise et Jeanne Demontreau (tantes ?), etc.

Quoiqu’il en soit, sans avoir pu retracer la date du mariage de ses parents, d’autres enfants du couple Demontreau-Joubert ont été baptisés dans l’église de Mondoubleau : Alexandre (1615-1615), Renée (1616) et Étienne (1619).

Quelles sont les circonstances qui amènent Alexandre Demontreau dans les environs de La Rochelle, notamment à Ars-en-Ré ? C’est là, le 20 juin 1651, qu’il épouse Suzanne Deramé, fille de Barthelémy Deramé[1], marchand, et de Marie Mousnier.

Acte de mariage d’Alexandre Demontreau et de Suzanne Deramé. 20 juin 1651. Ars-en-Ré.
(Source : AD17 en ligne. Non coté. Ars-en-Ré. Mariages. Sépultures. 1639-1688. Vue 84/237).

Suzanne a été baptisée, le 20 décembre 1616, dans l’église d’Ars-en-Ré.

De l’union Demontreau-Deramé naissent au moins trois enfants : Suzanne, Alexandre et Marie. Cette dernière épouse le nantais Charles Bernard, sieur de Launay, fils de Jean Bernard, conseiller, échevin, juge et consul à Nantes.

Famille Alexandre Demontreau – Suzanne Deramé.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Acquisition d’office de notaire

Comme son père, Alexandre fait ses études pour devenir notaire[2]. Alors praticien, et deux mois après son mariage, il acquiert l’office de notaire de défunt Paul Chesneau, protestant, qui a exercé le notariat à La Rochelle de 1613 à 1646. Le 7 septembre 1651[3], devant le notaire rochelais Abel Cherbonnier, Philippe Chesneau et Marie Gorribon, fils et veuve de Paul, vendent à Alexandre Demontreau pour la somme de 900lt :

  • l’état et office de notaire détenu par feu Paul Chesneau (décédé en 1646);
  • la part détenue par feu Paul Chesneau dans l’office de contrôleur des notaires royaux de La Rochelle;
  • tous les registres et liasses des défunts notaires royaux Pierre Baudry, Pierre Bigeard, David Bion, Blanchet, Lecourt et Tharazon acquis au fil des ans par feu Paul Chesneau.

Signature d’Alexandre Demontreau en 1651.

Cependant, Philippe Chesneau conserve tous les registres et toutes les liasses des actes passés par son défunt père.

Demontreau promet de donner 300lt dans les huit jours suivant (quittance du 7 octobre 1651) et 600lt dans un mois (quittance du 28 août 1653).

Un inventaire sommaire des registres, liasses, contrats, pièces et quittances remis par Philippe Chesneau et Marie Gorribon à Demontreau sera rédigé, signé par Demontreau lui-même et mis à la liasse du notaire Cherbonnier pour y avoir recours. Cet inventaire n’a pas été retracé dans les liasses de Cherbonnier.

Si l’on considère que tout notaire devait tenir parallèlement un registre et une liasse[4], imaginons toute cette masse documentaire transportée chez Alexandre Demontreau : plus de 65 registres et 65 liasses. Ouf !

Si le notaire Pierre Baudry est inconnu des Archives départementales de la Charente-Maritime (AD17), à La Rochelle, les notaires Bigeard, Bion, Blanchet, Lecourt et Tharazon ont laissé des traces tangibles.

Inventaire sommaire des registres et liasses acquis par Alexandre Demontreau en 1651

conservés aux Archives départementales de la Charente Maritime

Compilation effectuée par Guy Perron (novembre 2018)
Nom et prénom du notaire Années conservées Registres Liasses
Baudry, Pierre inconnues
Bigeard, Pierre 1590-1602 9
Bion, David 1585-1600 16
Blanchet 1602-1603 1
Lecourt 1535-1560 19
Tharazon 1563-1588 20 1
Total 65 1
Source : AD17. Série E – Féodalité, communes, bourgeoisie, familles, notaires – 3 E – Fonds de notaires – 3 E – Cotes « en continu » (fonds déposés entre 1928 et 1972).

Profession : notaire royal[5]

Du latin notarius, nota, le notaire est celui qui note. C’est un officier dépositaire de la foi publique, qui garde les notes et minutes des actes que les parties passent devant lui (Encyclopédie de Didérot et d’Alembert). Son action permet de :

  • donner aux actes le caractère d’authenticité indispensable à l’exercice de l’autorité publique;
  • prouver la date de l’acte établi;
  • conserver le dépôt des minutes;
  • délivrer des grosses, c’est-à-dire des doubles certifiés authentiques de l’acte original (conservé dans les minutes).

Signature d’Alexandre Demontreau, notaire royal, en 1659.

À ce titre, Alexandre Demontreau est le témoin de la vie intime de la famille. Il accompagne les événements importants du foyer et doit instaurer une relation de confiance avec ses clients. Il est au centre de la communauté et, observateur privilégié, il joue le rôle de médiateur, de conseiller. Le notaire est le premier conservateur des accords entre les parties. C’est une fonction essentielle de son office[6].

L’étude de notaire

Lorsqu’il est à La Rochelle, Alexandre Demontreau loge chez son beau-frère Guillaume Jarosson, procureur au siège présidial de cette ville. Il y acquiert probablement une maison en 1652 pour installer son étude.

Le 7 septembre 1659, selon le Père B. Coutant[7], il achète une maison située sur la rue des Maîtresses (aujourd’hui située au 26, rue Dupaty).

Emplacement de la maison et étude d’Alexandre Demontreau sur la rue des Maîtresses (aujourd’hui 26, rue Dupaty) à La Rochelle.
(Source : Google)

Cette affirmation est validée, le 12 mai 1660[8], lorsque le notaire Demontreau conclut un marché avec Jacques Aufrain, maître maçon et tailleur de pierre, pour faire vouter deux caves de sa maison située sur la rue des Maîtresses. Pour la somme de 200lt, Aufrain s’oblige de :

  • vouter de pierre de taille deux caves de 15 à 16 pieds carrés;
  • faire un escalier et « l’entrappement » de pierre de taille en chacune des deux caves;
  • creuser un caveau de 6 pieds de large entre les deux caves sous la cour;
  • vouter le caveau de pierre de taille de longueur nécessaire;
  • faire de pierre de taille les portes et les entrées des deux caves.

Les voutes seront en forme d’anse de panier, de hauteur requise pour mettre « barriques sur pipes et quart sur barrique » en chevalet, proche de l’arc de chaque côté des deux caves.

De plus, Demontreau promet payer à Aufrain un quart de vin blanc, cru de La Jarne, à la vendange prochaine. L’entrepreneur Aufrain promet d’effectuer les travaux sans incommoder le travail du notaire.

Le 4 juin 1661, Demontreau acquitte Aufrain de la somme de 327lt, soit :

  • 200lt : travaux en conformité du marché du 12 mai 1660;
  • 127lt : confection d’un demi-parpaing.

Dix ans plus tard, le 13 avril 1671[9], Demontreau se présente devant les juges de la police de La Rochelle et requiert la permission de bâtir un arceau, devant sa maison, aligné avec les maisons voisines (Me Jean Daniau et héritiers Barbot). Le mois suivant[10], en compagnie de Moïse Ferry, maître maçon, les commissaires de la police se présentent devant la maison de Demontreau et lui permettent de bâtir

  • un arceau d’aplomb et en droite ligne des piliers de pierre de taille des maisons voisines, sans avance par le bas, ni par le haut, élevé de trois étages (y compris le galetas) dans la largeur de la maison qui est de 18 pieds.

Entre les deux piliers, on lui permet de faire une ouverture de cave de quatre pieds de long et trois de large pour encaver son vin en autant qu’il fasse une trappe qui fermera avec une chaîne de fer par le dessous pour ne pas incommoder le public.

En 1673, le notaire Jean Rabusson va acquérir la maison voisine, située au 28, rue Dupaty.

Les porches ont été supprimés du côté pair (du numéro 20 à la rue Chaudrier) de la rue Dupaty au XIXe siècle.

Emplacement de la maison et étude du notaire Alexandre Demontreau.
26, rue Dupaty. La Rochelle.

Source : Google

En 1687, la maison est toujours la propriété des héritiers Demontreau.

Notons que, le 15 juillet 1660[11], le notaire Demontreau avait acquit par arrentement (bail à rente) d’Arnaud Albert, un espace de terre situé sur la rue Saint-Claude, dans la paroisse Saint-Nicolas, à La Rochelle.

Les archives notariales

À la fin de sa carrière de notaire (1652-1674), Alexandre Demontreau nous a laissé un minutier composé de 19 registres et un répertoire.

Registres : 3 E 311 (1652-1654), 312 (1655), 313 (1656), 314 (1657), 315 (1658), 316 (1659), 317 (1660), 318 (1661), 319 (1662), 320 (1663), 321 (1664), 322 (1665), 323 (16665-1667), 324 (1668), 325 (1669), 326 (1670), 327 (1671-1673), 329 (1672) et 328 (1674). Répertoire : 3 E 1129 (1652-1674).

Le notaire Demontreau a de bonnes relations avec les communautés religieuses de La Rochelle comme en témoignent ses minutes notariales. C’est aussi LE notaire de Jérôme Le Royer de La Dauversière, procureur général de la Communauté de Villemarie, pour la rédaction des contrats d’engagement de 1652 (article 209) et 1659 (articles 156, 157, 158, 160, 161) et des émigrants autonomes de 1659 (article 162) pour Montréal.

Le notaire Alexandre Demontreau s’éteint, à six heures du matin, le 22 août 1674 à l’âge de 53 ans. Il est enterré le lendemain dans la croix de la nouvelle église Saint-Barthelémy de La Rochelle.

Acte de sépulture du notaire Alexandre Demontreau. 23 août 1674. La Rochelle.
(Source : AD17 en ligne. GG193. La Rochelle. Saint-Barthelémy. Baptêmes. Mariages. Sépultures. 1674, fol. 25v. Vue 26/38)

 

 


[1] Le 14 mai 1624, un accord met fin au détournement de blé entre Barthelémy Deramé, marchand d’Ars-en-Ré, et son associé Pierre Russet, marchand de Saint-Michel en l’Herm, représenté par Laurent Pascaud, procureur au siège royal de Fontenay-le-Comte. (AD85. Notaire Jehan Robert. 3E37/304. Vue 379-380/433)
[2] La charge de notaire royal s’acquiert au niveau de Paris, puisqu’il s’agit d’un office royal. Les archives concernant les provisions d’offices de notaires royaux sont donc conservées aux Archives Nationales à Paris dans la sous-série V1 (Grande chancellerie), de V1 à 541, portant sur les années 1641 à 1790. Lacunes considérables jusqu’en 1674. Gildas Bernard, Guide des recherches sur l’histoire des familles, Paris, 1981, p. 192.
[3] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 271. 7 septembre 1651.
[4] Le registre est le livre où l’on écrit les actes alors que la liasse est un amas de papiers liés ensemble ordinairement datant de la même année ou d’une même période.
[5] En 1597, par un édit d’Henri IV, c’est la suppression des anciens offices de tabellion et de garde-note pour la création d’un office unique : le notaire royal.
[6] Archives départementales de Tarn-et-Garonne, Guide de recherche dans les archives notariales. 2014.
[7] Père B. Coutant. La Rochelle. Les grands hôtels particuliers, le port, le secteur piétonnier, Navarre, 1979, p. 346.
[8] AD17. Notaire Balthazar Raffet. 3E2180, fol. 72. 12 mai 1660 et 4 juin 1661.
[9] AM17. Voirie. DDARCHANC67. Permission de bâtir 1637-1671. 13 avril 1671.
[10] AM17. Voirie. DDARCHANC67. Permission de bâtir 1637-1671. 16 mai 1671.
[11] AD17. Notaire Balthazar Raffet. 3E2180, fol. 112v, 113r. 15 juillet 1660 et 1er février 1683.

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Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle

6 réponses

  1. Merci de vos informations, ceux-ci sont fouillées et détaillées .
    À votre connaissance, il y une liste des notaires ayant pratiqué à Dieppe vers 1660-1665 ?

  2. Bonjour,

    Voici une question concernant nos ancêtre, en général. Il s’agit de leur degré d’instruction. Savaient-il lire, écrire et compter. J’ai consulté plusieurs auteurs dont jean-Philippe-Audet. Il dit dans l’un de ses
    articles qu’un grand npmbe de nos ancêtres savaient signer, lire, écrire et compter. De plus, certsains auteurs frnaçais dont Albert Puech en 1888 dit que sous l’ancien régime on comptait de très nombreuses écoles primaires en france pour les pauvres, très souvent sous la direction de religieuses mais aussi subventionnées par le Roi,

    Alors nos ancêtres qui ont émigrés en Nouvelle-France de 1620-1760 devaient avoir les rudiments de l’écriture et de l’arithmétique qu’ils ont perdu ici car nous n’avions pas d’évole ou si peu.

    Qu’en pensez-vous?

  3. Bonjour Monsieur Perron,
    Bravo pour ce nouvel article qui m’a d’autant intéressée qu’Étienne Truteau (1641-1712) notre ancêtre a conclu son contrat d’engagement envers les Sulpiciens de Montréal, le 8 juin 1659, à La Rochelle devant le notaire Demontreau, cela en présence de Jérôme de la Dauversière et dans la demeure du marchand Jacques Mousnier. En lisant l’article, je n’ai pas pu m’empêcher de croire à un lien de parenté possible entre ce dernier et Marie Mousnier l’épouse de Demontreau que vous citez dans votre article.
    Félicitations encore pour ce travail de moine et votre générosité à nous communiquer vos trouvailles !
    Louise Trudeau

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