Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

209 – Les engagés levés par Jacques Mousnier pour Montréal en 1652

« À l’automne 1651, écrit Gervais Carpin, Maisonneuve repasse en France pour tenter de trouver des secours. Les démarches pour trouver le financement de ces secours prirent plus de temps que l’hiver et le printemps 1652 puisque ce fut seulement au printemps de 1653 qu’une recrue put s’embarquer pour Montréal[1]. »

Comme d’autres historiens et généalogistes, Carpin ignorait l’enrôlement de quatre hommes en juillet 1652 à La Rochelle pour aller servir Maisonneuve à Montréal. Ils sont aussi absents de la liste de Debien.

Source : Debien, Gabriel. « Liste des engagés pour le Canada au XVIIe siècle (1634-1715) » dans RHAF, vol. 6, no 3, décembre 1952, p. 379).

Ces quatre engagés ont été apportés à ma connaissance par Mme Josée Tétreault, généalogiste émérite, en juin 2016, après la publication de mon article 130.

Procureur général de la Communauté de Villemarie, Jérôme Le Royer de La Dauversière recrute des engagés, par l’entremise de Jacques Mousnier, pour aller travailler à Montréal au service de Paul de Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de l’île.

À noter que la maison, à La Rochelle, du marchand catholique Jacques Mousnier demeure le lieu de rendez-vous rochelais des montréalistes jusqu’en 1659[2].

Les quatre engagés de Mousnier se présentent dans l’étude du notaire rochelais Alexandre Demontreau, les 18 et 19 juin, pour convenir de leurs conditions d’engagement. À tour de rôle, dans l’après-midi du 18 juin, Noël Davignon, Paul Bourbault et Pierre Villain déclinent leurs prénom, nom, lieu d’origine et profession. Le lendemain, c’est au tour de Jean Millot.

Le notaire écrit le salaire annuel qui « sera payé par ledit sieur de Maisonneuve », sur lequel une avance est accordée par Mousnier. De plus, au nom de La Dauversière, Mousnier est tenu de fournir à chaque engagé « des vivres nécessaires tant pour l’aller que séjour en ladite île et encore pour son retour en France ».

Les engagés promettent d’aller servir le gouverneur Paul de Chomedey de Maisonneuve, ou autres messieurs de la Compagnie de Montréal, pendant trois ans, tant de leur métier qu’à autres choses qui leur seront commandées.

Voici le contrat d’engagement entre Jacques Mousnier et Jean Millot en 1652.

Conventions Jacques Mousnier – Jean Millot.

(graphie contemporaine)

Par-devant Alexandre Demontreau, notaire royal et garde-note héréditaire en la ville et gouvernement de La Rochelle soussigné. Personnellement établis et dûment soumis, honorable homme Jacques Mousnier, marchand et bourgeois de cette ville y demeurant, faisant pour et au nom de Jérôme Le Royer, écuyer sieur de la Dauversière, procureur général de Messieurs de la Communauté de l’habitation de Villemarie en l’île de Montréal, pays de la Nouvelle-France, commandée par Paul de Chomedey écuyer sieur de Maisonneuve, demeurant ledit sieur de la Dauversière à La Flèche en Anjou. Auquel il a promis de faire ratifier ces présentes et avoir le contenu en icelles pour agréable dans un mois prochain subsistant toutefois icelles, d’une part. Et Jean Millot, compagnon taillandier demeurant à Vermenton, en la province de Bourgogne, étant de présent en cette ville d’autre part. Lesquelles parties ont fait, convenu et accordé entre elles ce qui en suit. C’est à savoir que ledit Millot a promis et s’est obligé et, par ces présentes, promet et s’oblige audit sieur Mousnier, audit nom, de servir pour ladite compagnie en ladite habitation et s’employer du mieux qu’il lui sera possible à travailler tant de son dit métier qu’autres choses licites et honnêtes qui lui seront commandées soit par ledit sieur de Maisonneuve ou autres y commandant pour ladite compagnie en son absence. Et cependant le temps et espace de trois années entières parfaites et consécutives qui commenceront du jour qu’il sera arrivé en ladite île et finiront à pareil jour et pour ce faire, a promis de s’embarquer toutefois et quant qu’il plaira audit sieur Mousnier. Lequel sieur Mousnier, audit nom, a aussi promis audit Millot de lui faire fournir de vivres nécessaires tant pour l’aller que séjour en ladite île et, encore pour son retour en France qui sera à la fin des dites trois années. Et outre de lui bailler et payer la somme de six vingt livres tournois par chacun an qui lui seront payées par ledit sieur de Maisonneuve ou autre qui commanderont en son absence en ladite habitation d’année en année et ainsi que chacune échera, ce faisant, icelui sieur Mousnier en demeurera déchargé. Sur la première desquelles sera déduit audit Millot la somme de soixante livres tournois que ledit sieur Mousnier lui a payé par avance; de laquelle somme il se contente, l’en quitte et tous autres. Car ainsi a été dit, convenu, accordé et arrêté faisant ces présentes. Promettant, obligeant l’un à l’autre tous leurs biens et même ledit Millot sa personne à tenir prison ferme comme pour les propres deniers et affaires du roi. Renonçant & Juré & Jugé et condamné par moi ledit notaire. Fait en l’étude d’icelui à La Rochelle, le dix-neuvième jour de juin mille six cent cinquante-deux, avant-midi. En présence de Jean Lecomte, maître chirurgien, et Antoine Damiens, taillandier, demeurant en cette ville, témoins appelés. Ledit Millot a déclaré ne savoir signer de ce interpellé suivant l’ordonnance, et aussi ledit] Damiens qui a fait sa marque. Signatures

Extrait. Contrat d’engagement de Jean Millot pour Montréal. 19 juin 1652.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E311)

Qui sont ces engagés de 1652 ?

Paul Bourbault Jean Millot
Noël Davignon Pierre Villain

Tableau des engagés levés par Jacques Mousnier pour Montréal en 1652.
(Source : Collection Guy Perron)

Origine des engagés levés par Jacques Mousnier en 1652.
(Source : Collection Guy Perron)

Deux engagés sont originaires de l’Aunis, un de Bourgogne et un du Poitou.

Les engagés quittent La Rochelle à bord du navire Le Passemoy (250 tx), seul navire rochelais à destination de Québec cette année-là. Ils arrivent le 20 septembre.

Que sont-ils devenus ?

Deux engagés (50 %) retournent en France dès leur engagement terminé ou peu après : Bourbault (1655-1656), Davignon (1655-1656).

Un engagé (25 %) meurt pendant la durée de son engagement : Villain.

Un engagé (25 %) reste en Nouvelle-France et a une descendance : Millot.

BOURBAULT, Paul

(c.1633-1674)

Fils d’Élie Bourbault et de Marguerite Renault, le protestant Paul Bourbault s’engage à Jacques Mousnier, le 18 juin 1652, pour aller travailler à Montréal au service de Paul de Chomedey de Maisonneuve durant trois ans, à titre de charpentier de grosses œuvres, à raison de 100 livres par an (avance de 50 livres). Il signe. Présent, Élie Bourbeau se rend pleige caution et répondant pour son fils. Il quitte La Rochelle à bord du navire Le Passemoy à destination de Québec où il arrive le 20 septembre suivant. Son frère aîné Élie est déjà établit au Cap-de-la-Madeleine. Paul retourne en France, après ses trois années d’engagement, probablement en compagnie de l’engagé Noël Davignon (voir ci-dessous) puisque ce dernier signe l’acte de mariage de Paul avec Madeleine de la Garde, le 15 juillet 1657, dans la chapelle Sainte-Marguerite à La Rochelle. Madeleine est enterrée, le 28 avril 1664, dans l’église de Notre-Dame-de-Cougnes. Le couple demeurait sur la rue Saint-François. Il se remarie, le 29 octobre 1664 à La Flotte (île de Ré), avec Gabrielle Damien, fille de feu Jacques Damien et de Marie Chaigneau. Il décède le 3 avril 1674, à l’âge de 41 ans, et est enterré le lendemain dans le cimetière de Notre-Dame-de-Cougnes. Sont présents Germain Bourbault, son fils, Pierre Bourbault, son frère, et Pierre Lagarde, son beau-frère.

Extrait. Engagement de Paul Bourbault. 18 juin 1652.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E311)

Note : Des recherches dans les registres paroissiaux protestants et catholiques de La Rochelle ont été vaines. (Source AD17 en ligne)

DAVIGNON, Noël

(1630-     )

Fils de Jean Davignon et de Louise Rigaleau, Noël Davignon est baptisé le 4 février 1630 dans la chapelle Sainte-Marguerite à La Rochelle (Aunis). Il s’engage à Jacques Mousnier, le 18 juin 1652, pour aller travailler à Montréal au service de Paul Chomedey de Maisonneuve durant trois ans, à titre de maçon et tailleur de pierre, à raison de 100 livres par an (avance de 50 livres). Il signe. Il quitte La Rochelle à bord du navire Le Passemoy à destination de Québec où il arrive le 20 septembre suivant. Ses trois années d’engagement terminées, il retourne en France en compagnie de l’engagé Paul Bourbault (voir ci-dessus). Il revient en Nouvelle-France, car il s’engage à 29 ans, le 12 juin 1659, pour aller travailler à Montréal au service de Jeanne Mance, administratrice de l’Hôtel-Dieu, durant trois ans à titre de maître maçon et tailleur de pierre, à raison de 100 livres par an (avance de 60 livres). Il quitte La Rochelle le 2 juillet à bord du navire Le Saint-André à destination de Québec où il arrive le 7 septembre suivant. On le retrouve au contrat de mariage d’Urbain Brossard en 1660. Semble repartir pour de bon en France, en 1662, après ses trois années d’engagement.

Extrait. Engagement de Noël Davignon. 18 juin 1652.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E311)

Acte de baptême de Noël Davignon. 4 février 1630.
Source : AD17 en ligne. Ms253. La Rochelle. Chapelle Sainte-Marguerite. Baptêmes. 1620-1639. Vue 46/267.

Voir aussi : Archange Godbout, Les passagers du Saint-André. La Recrue de 1659, Montréal, Société généalogique canadienne-française, Cahiers généalogiques 2, 2009, p. 35.

MILLOT dit Le Bourguignon, Jean

(1624-1699)

Fils de Philibert Millot et de Christine Saunois, Jean Millot est baptisé le 11 novembre 1624 à Vermenton (Bourgogne). Il s’engage à Jacques Mousnier, le 19 juin 1652, pour aller travailler à Montréal au service de Paul Chomedey de Maisonneuve durant trois ans, à titre de compagnon taillandier, à raison de 120 livres par an (avance de 60 livres). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle à bord du navire Le Passemoy à destination de Québec où il arrive le 20 septembre suivant. Le 7 janvier 1654, à Montréal, il épouse Marie-Marthe Pinson, fille de Pierre Pinson et de Marie Auber, de Saint-Thomas de La Flèche (Anjou). De leur union naissent six enfants. Son épouse est inhumée le 23 janvier 1663 à Montréal à l’âge de 35 ans, à la suite de l’accouchement de leur fille Françoise, enterrée sept jours plus tard. Jean Millot se remarie, le 26 novembre 1663 à Montréal, avec Mathurine Thibault (fille du roi), fille de feu Étienne Thibault et de feue Jeanne de La Mothe, de Saumur (Anjou). De leur union naissent six enfants. De Maisonneuve lui concède une terre à la Grande Anse, le 29 décembre 1653, et un emplacement avec maison près du Fort, en janvier 1655. Confirmé à Montréal le 24 août 1660. En 1666, les Sulpiciens lui concèdent une terre à la rivière Saint-Pierre. En 1667, le couple possède une terre de 36 arpents de terre en valeur et douze bêtes à cornes à Montréal. En 1670, avec l’autorisation des Sulpiciens, il s’engage à faire construire un moulin à vent sur son fief de Lachine. En 1681, la famille est recensée à Lachine avec 170 arpents de terre en valeur, 26 bêtes à cornes et deux fusils. Le 5 août 1689, Mathurine est prise et brûlée par les Iroquois lors du massacre de Lachine. Après une carrière bien remplie, Jean Millot décède le 3 novembre 1699 à Montréal. Il est inhumé le lendemain.

Extrait. Engagement de Jean Millot. 19 juin 1652.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E311)

Acte de baptême de Jean Millot. 11 novembre 1624.
Source : AD89 en ligne. Vermenton. Baptêmes. 1614-1631. 98v. Vue 101/175.

Voir aussi : Michel Langlois, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700), La Maison des Ancêtres, tome III (Lettres J à M), 2000, p. 444-447.

VILLAIN Pierre

(c.1629-1655)

Fils de Jean Villain et de Jeanne Marché, Pierre Villain est originaire de La Copechagnière (Poitou). Il s’engage à Jacques Mousnier, le 18 juin 1652, pour aller travailler à Montréal au service de Paul Chomedey de Maisonneuve durant trois ans, à titre de maçon et tailleur de pierre, à raison de 60 livres par an (avance de 30 livres). Ne signe pas. Présent, François Aigron, maître charpentier de grosses œuvres, se rend pleige caution et répondant de l’engagé. Il quitte La Rochelle à bord du navire Le Passemoy à destination de Québec où il arrive le 20 septembre suivant. Le 13 octobre 1654 à Montréal, il épouse Catherine Lorion, fille de Mathurin Lorion et de Françoise Morin, de Sainte-Soulle (Aunis). Trois mois plus tard, il est tué accidentellement par un arbre. Il est enterré, le 19 janvier 1655, dans le cimetière des Hospitalières à Montréal.

Extrait. Engagement de Pierre Villain. 18 juin 1652.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E311)

Note : Des recherches dans les tables de baptêmes de La Copechagnière, entre 1600 et 1638, ont été vaines. (Source : AD85 en ligne)

 


[1] Gervais Carpin, Le Réseau du Canada, Sillery, Les éditions du Septentrion, 2001, p. 218.
[2] Ibid., p. 217.

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Catégories :Canada, Engagés, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, Montréal, Nouvelle-France

2 réponses

  1. Je cherche à trouver l’année exacte où Urbain Tessier est venu en Nouvelle-France, apparemment entre 1642 et 1647(inclusivement) puisqu’il reçoit une concession de Maisonneuve le 8 janvier 1648.
    Aucun contrat notarié ne semble exister sur son engagement pour Ville-Marie. Perdu ou inexistant?

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