Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

195 – L’expédition du navire La Paix pour Terre-Neuve en 1663

En consultant les documents du greffe de l’Amirauté de La Rochelle, j’ai relevé 13 navires qui furent expédiés pour la pêcherie du poisson vert ou du poisson sec en 1663.

L’expédition du navire La Paix (200 tx), de La Rochelle, est le sujet du présent article.

Ce navire est l’entière propriété du marchand rochelais Pierre Garbusat.

Selon l’enquête de 1664 (voir articles 25 et 26), ce bâtiment a été construit en Hollande. La hauteur entre les deux ponts qu’il porte est de trois pieds. Il est armé de six pièces de canon. Son usage est la pêche au poisson sec. Cette flûte a besoin d’être doublée « à cause de sa faiblesse et vieillesse » et pourrait servir encore cinq ou six ans.

Les préparatifs

Dans l’avant-midi du samedi 17 mars 1663[1], Pierre Garbusat se présente dans l’étude du notaire Abel Cherbonnier, rue Château Gaillard, pour passer un contrat de charte-partie[2] avec Élie Sibron, de La Tremblade (Saintonge). Ainsi, Sibron est institué maître pour l’expédition de la flûte La Paix pour la pêche au poisson sec à Terre-Neuve. Il promet de remplir le navire jusqu’à son entière charge.

Extrait. Contrat de charte-partie pour l’expédition de la flûte La Paix à Terre-Neuve. 17 mars 1663.
(Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3E307)

Le navire est bien étanche et muni de toutes les victuailles et autres choses servant au navire et à l’équipage soit pour leur nourriture (pain, vin, lard), la pêcherie (sel) que pour sa défense (armes) durant le voyage.

L’équipage est composé de 56 hommes qui recevront 52 livres pesant de morues. Ils sont :

–       Élie Sibron, maître du navire nommé La Paix
–       Jean Thomas, pilote du navire
–       Jeanzene Gentineau, contremaître
–       Gabione, charpentier
–       Pinet, charpentier
–       Jean Guilone
–       Laurent Chevalier
–       François Guilylec
–       Pierre Herve
–       Jean Duvigneau, chirurgien
–       Jean Chevalier
–       Jean Delhoumeau
–       Bastien Bounin
–       François Fèvre
–       Aimé Blanchard
–       Jean Cemelin
–       Daniel Tessier
–       Abraham Pilloton
–       Pierre Leger
–       Jean Pelissone
–       Yvon Berni
–       François Chauvet
–       Simon Godard
–       Jacques Trichet
–       Jacques Mandret
–       Pierre Blanchard
–       François Bossie
–       Jacques Micha
–       Mathurin Peneison
–       Isaac Pilloton
–       Jacques Gaubrie
–       Jean Mandret
 

 

 

–       Thomas Blanche
–       Jean Cemelin
–       François Faubeau
–       Samuel Girofe
–       Vincent Roy
–       Jean Chauvineau
–       Thomas Gachet
–       Vilnoc
–       René Duvanc
–       Pierre Popin
–       Garçon de l’île d’Yeu
–       le petit Viau
–       Pierre Gaudin
–       Pierre Vigne
–       Jacques Beaupied
–       Pierre Deuineau
–       Jacques Charpentier
–       Isaac Brossard
–       Herve
–       le petit Godard
–       un garçon de Chale
–       Pierre Pinet
–       Jacques Guirdade
–       Michel Fouche

Et les dix marins de l’équipage sont nés et natifs d’Arvert, d’Avallon et de La Tremblade.

Rôle d’équipage de la flûte La Paix (200 tx) pour Terre-Neuve. 1663.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5664, fol. 227 (anciennement pièce 157)

Le capitaine Sibron promet, pour lui et son équipage, de ne pas faire de troque. À cet effet, il est tenu d’en aviser « les habitants proche les lieux où ladite pêcherie se fera ».

Comme il y aura suffisamment de morues, Sibron et son équipage pourront charger la barque La Rose (35 tx), appartenant aussi à Pierre Garbusat, qui est déjà à Terre-Neuve. Pour se faire, Jean Chevalier dit Montet, de Chaillevette (Saintonge), est institué maître et commandant pour conduire cette barque à Bilbao, en Espagne. Il sera accompagné de quatre autres membres de l’équipage de Sibron. Une fois là-bas, Chevalier fera décharger le poisson et le vendra selon les ordres de Garbusat, puis reviendra à La Rochelle.

Au retour, la pêcherie de la flûte La Paix et de la barque La Rose devra être mise en évidence dont les ¾ appartiendront à Garbusat et l’autre quart à Sibron et son équipage pour les salaires.

Le départ

La flotte de 1663 pour Terre-Neuve et la pêche est composée d’au moins 13 navires connus dont 11 partent de La Rochelle. Ils sont :

  • La Catherine (100 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Chaillé), frétée par Jean Depont et Pierre Faneuil;
  • L’Eau Courante (60 tx), de La Rochelle (capitaine André Perrotteau), frétée par Jean et Paul Depont;
  • Le Jardin de Hollande (300 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Guillon de Leaubertière), frété par le roi;
  • Le Moulin d’Or (200 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Jamain);
  • La Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (200 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Mogon);
  • La Paix (200 tx), de La Rochelle (capitaine Élie Sibron), frétée par Pierre Garbusat;
  • Le Philippe (160 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Gentet);
  • Le Phoenix (200 tx), de La Rochelle (capitaine Guillaume Heurtin);
  • Le Pierre (50 tx), de La Rochelle (capitaine Jacques Thomas), frété par Jean Depont et Pierre Faneuil;
  • La Sainte-Anne (80 tx), de Bayonne (capitaine Domingo de Hiriart), frété par Fabien Debruix, Menault Duhau et Arnaud Rivière;
  • Le Saint-Jean, de Bordeaux;
  • Le Saint-Joseph (300 tx), de La Rochelle (capitaine Michel Camus);
  • Le Saint-Vincent (300 tx), de La Rochelle (capitaine Isaïe Couturier), frété par Pierre Allaire, Michel Lévesque et Vincent Héron.

Malheureusement, aucun rapport du capitaine Sibron et membres de son équipage n’a été retracé dans le fonds Amirauté de La Rochelle, faisant état des événements survenus pendant l’expédition de pêche de la flûte La Paix à Terre-Neuve.

Attestation judiciaire

Une semaine avant la signature du contrat de charte-partie, quelques capitaines de navire font une déclaration sur la nourriture donnée à l’équipage lors de voyages au Canada et la pêche au poisson sec à Terre-Neuve.

Ainsi, le vendredi 9 mars[3], à la requête de Jean Jamond sieur des Jarrielles, procureur fiscal de l’île de Ré, et de Jean Gabaret, capitaine de navire en l’armée du roi, son gendre[4], les maîtres de navires Étienne Bourdet, James Decombes, Jacques Jamain, Pierre Gentet et Élie Rulleau certifient qu’il est d’usage que chaque membre de l’équipage reçoit trois repas par jour et que le pain soit donné à discrétion.

Cette attestation judiciaire sera utile à Jamond et Gabaret dans un procès contre Élie Sibron, maître du navire La Paix, qui semble retrancher à son équipage un repas par jour indépendamment « le partement »  de son navire, c’est-à-dire l’acheminement d’un lieu à un autre.

Extrait. Attestation judiciaire de quelques capitaines de navire sur la nourriture donnée à l’équipage lors de voyages au Canada ou à Terre-Neuve. 9 mars 1663.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5664, fol. 100 (anciennement pièce 57)

À cet effet, le 26 février auparavant[5], quelques mariniers comparaissaient à une audience extraordinaire de l’Amirauté de La Rochelle contre Élie Sibron et encore contre Pierre Garbusat, tant pour lui que pour Jean Jamond et Jean Gabaret. Ce procès semble concerner l’expédition de pêche de 1662 de la flûte La Paix.

 


[1] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 307. 17 mars 1663.
[2] Une charte-partie est un acte constituant un contrat conclu de gré à gré entre un fréteur et un affréteur, dans lequel le fréteur met à disposition de l’affréteur un  navire. Le nom vient de ce que le document était établi en deux exemplaires que l’on découpait par le milieu pour en remettre deux moitiés à chaque partie. Mémoire d’un port. La Rochelle et l’Atlantique XVIe-XIXe siècle. Musée du Nouveau Monde, La Rochelle, 1985, p. 25.
[3] AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5664, fol. 100 (anciennement pièce 57). 9 mars 1663.
[4] Jean Gabaret se marie le 16 mai 1655 à Saint-Martin-de-Ré avec Marie Jamond, fille de Jean Jamond, seigneur des Jarrielles, procureur fiscal en la baronnie de Ré, et d’Élizabeth Corné.
[5] AD17 en ligne. Fonds Amirauté de La Rochelle. Audiences extraordinaires. B205, fol. 8v. Vue 18/453. 26 février 1663.

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Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), Canada, Expéditions de navires, France, HISTOIRE, La Rochelle, Terre-Neuve

4 réponses

  1. Merci pour vos recherches toujours passionnantes et qui nous permettent de découvrir des documents que vu l’époque il nous est souvent difficile de le déchiffrer.
    De par vos origines vos recherchent sont plus centrées sur le secteur de La Rochelle, mais cette fois-ci il a été question de marins venus de la presqu’île d’Arvert (Saintonge). Pas difficile de deviner que par leurs prénoms ce sont des protestants. Par exemple la famille Pilloton ( très certainement d’Avallon ou de Chaillevette), vous les avez orthographiés Abraham Pilleton et Isaac Pilloson, mais peu importe, on doit pouvoir les retrouver dans les actes pastoraux, famille toujours présente mais les descendants sont sur ST Palais sur mer, l’autre famille : Chevalier est une très grande famille de Chaillevette avec beaucoup de descendants dont certains sont partis en Amérique du N. Une généalogie établie par Mr Tastet, l’historien local.
    Quand vous venez en vacances à La Rochelle, vous concentrez-vous uniquement sur vos recherches aux archives ou éventuellement accepteriez-vous de faire une conférence pour notre petite association sur la presqu’île d’Arvert ( Maison de l’Histoire du Protestantisme Charentais) ?
    merci.

    • Bonjour Mme Rigollet. J’ai effectué les corrections en regard du patronyme Pilloton. Même si les listes de passagers sont assez rares, à cette époque, j’aime publier les listes des membres d’équipage. Ces derniers ont été père, chef de famille, époux et peut-être une descendance aujourd’hui ! Je vous remercie de votre invitation, mais je ne donne pas de conférence. Malgré tout, l’histoire du protestantisme rochelais m’intéresse grandement.

  2. Merci pour tout ce que tu fais !

    Gisèle

  3. La Paix, armé par Pierre Gaigneur et sous le commandement de Jean Guillon / Ethier Guillon, a fait partie de l’expédition au Québec du Régiment Carignan-Salières en 1665 et a fait naufrage près de Matane à son retour en France à l’automne. D’aprês certains historiens maritime, La Paix était un navire « royal ».

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