Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

192 – Les engagés levés par Olivier Letardif pour le Canada en 1643

En 1643, la levée d’engagés pour la Nouvelle-France (Acadie et Québec) est l’affaire des recruteurs suivants :

  • Antoine Cheffault, sieur de la Renardière, l’un des directeurs de la Compagnie générale de la Nouvelle-France (pour la Compagnie);
  • Nicolas Denys, conseiller et secrétaire du roi (pour la Compagnie de la Nouvelle-France);
  • Guillaume Desjardins (pour Charles de Saint-Étienne, sieur de la Tour, lieutenant pour le roi en la côte d’Acadie);
  • Olivier Letardif, commis général aux magasins de Québec (pour Guillaume Couillard, habitant de Québec).
  • André Tuffet, conseiller du roi et substitut du procureur général en la Cour souveraine des Salines établie à La Rochelle (pour Louis Tuffet, commandant du fort Saint-Pierre au Cap Breton).

 Il y a 375 ans, Olivier Letardif procédait à sa première et seule levée d’engagés. À La Rochelle, il recrute cinq laboureurs pour le compte de Guillaume Couillard, habitant de Québec. Tous se présentent dans l’étude du notaire Pierre Teuleron, rue de la Mocquetterie, les 9 et 10 avril, pour convenir de leurs conditions d’engagement.

Chaque engagé décline ses prénom et nom, son lieu d’origine et son métier. Même si tous les engagés demeurent à La Rochelle, ils n’y sont peut-être pas natifs. Le notaire écrit le salaire annuel et une somme avancée sur la première année d’engagement.

Le premier engagé à s’enrôler est Jacques Ragot, le 9 avril. Il est suivi de François Bassot, Daniel Maugot et de Jérôme Roy. Le lendemain, c’est au tour de Jacques Ragon.

Les engagés promettent d’aller servir Guillaume Couillard, pendant trois années, « tant au labourage de la terre et à couper des bois » qu’autres choses qui leur seront commandées. Couillard promet les faire repasser en France, à ses dépens, à la fin de leur engagement.

Voici le contrat d’engagement entre Olivier Letardif et Jacques Ragon en 1643.

Engagement de Jacques Ragon envers Olivier Letardif.

(graphie contemporaine)

Personnellement établit maître Olivier Letardif, commis général aux magasins de Québec, faisant pour le sieur Guillaume Couillard, demeurant audit Québec, comme ayant charge expresse de lui ainsi qu’il a déclaré d’une part, et Jacques Ragon, laboureur demeurant en cette ville d’autre part. Entre lesquelles parties ont été faites les conventions suivantes. C’est à savoir que ledit Ragon a promis et s’oblige de s’embarquer à la première réquisition qui lui en sera faite par ledit sieur Letardif pour aller audit Québec, en la Nouvelle-France, servir ledit sieur Couillard tant au labourage de la terre et à couper des bois qu’autres choses qui lui seront par lui commandées pendant le temps et espace de trois années consécutives commençant au jour qu’il arrivera audit pays et finiront à pareil jour icelles révolues. Auquel temps ledit sieur Couillard sera tenu de le faire repasser à ses dépens en France et lui payer ses salaires à raison de soixante-douze livres tournois pour chacune desdites années. Sur la première desquelles, ledit sieur Letardif, audit nom, lui a présentement payé par avance la somme de trente livres tournois dont il s’est contenté. Et le restant de ladite année ensemble le prix des autres deux années restantes, promet ledit sieur Letardif de lui en faire faire paiement par ledit sieur Couillard ou autres en cette ville entre les mains de ceux qui auront ordre dudit Ragon et ce par demie année ainsi qu’elles écheront, déduction faite de ce qu’il recevra audit pays. Le tout de ce que dessus à peine de tous dépens, dommage et intérêts entre lesdites parties. Lesquelles, pour l’accomplissement des présentes, ont obligé l’une à l’autre tous leurs biens présents et futurs. Et outre ledit Ragon sa personne à tenir prison comme pour deniers royaux. Et pour l’exécution des présentes, ont lesdites parties élu leurs domiciles en cette ville, savoir ledit sieur Letardif en la maison de Nicolas Denys, écuyer, et ledit Ragon en celle du notaire royal soussigné pour y recevoir tous actes &. Et sur ce, ont renoncé &. Jugé &. Condamné &. Fait à La Rochelle en l’étude dudit notaire avant-midi, le dixième jour d’avril mille six cent quarante-trois. Présents Mathieu Bourot et Mathieu de Harrabillague, clercs, demeurant en icelle. Ledit Ragon a déclaré ne savoir signer.

Contrat d’engagement de Jacques Ragon pour Québec. 10 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 47r)

Qui sont ces engagés de 1643 ?

François Bassot Jacques Ragot
Daniel Maugot Jérôme Roy
Jacques Ragon

Tableau des engagés levés par Olivier Letardif en 1643.
(Source : Collection Guy Perron)

Dans un procès criminel, en février 1646[1], on apprend que François Bassot est originaire du village de Laleu, près de La Rochelle, et que Jacques Ragon est natif de Poitiers.

Les cinq engagés quittent La Rochelle à destination de Québec, probablement fin avril à bord du navire Le Saint-François (130 x).

Que sont-ils devenus ?

Un engagé (25 %) n’a pas atteint Québec : Roy (on ne sait pas s’il est venu).

Quatre engagés (75 %) retournent en France dès leur engagement terminé ou peu après : Bassot (1646), Ragon (1646), Ragot (1647) et Maugot (1651).

BASSOT, François

(c.1601-     )

Originaire de Laleu, près de La Rochelle (Aunis), François Bassot s’engage à Olivier Letardif, à 42 ans, le 9 avril 1643, pour aller travailler à Québec au service de Guillaume Couillard durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 80 livres (avance de 40 livres). Ne signe pas. Le 7 juillet 1644, il est témoin à un procès. En février 1646, témoin dans un procès criminel, il déclare être âgé de 45 ans et être du village de Laleu. En France, il était jardinier de son métier, qu’il est ouvrier demeurant chez Guillaume Couillard. Semble repartir en France après 1646.

Extrait. Engagement de François Bassot. 9 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 63r)

MAUGOT, Daniel

(     –       )

Demeurant à La Rochelle (Aunis), Daniel Maugot s’engage à Olivier Letardif, le 9 avril 1643, pour aller travailler à Québec au service de Guillaume Couillard durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 70 livres par année (avance de 30 livres). Ne signe pas. Qualifié de travaillant lorsqu’il passe un marché de défrichement, le 12 février 1651, avec Charles Sevestre. Il s’oblige de déserter toute la terre qu’il pourra déserter depuis le 1er mai jusqu’au retour du dernier navire pour la France à l’automne. Repart en France à l’automne 1651.

Extrait. Engagement de Daniel Maugot. 9 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 63r, 63v)

RAGON, Jacques

(c.1617-     )

Originaire de Poitiers (Poitou), Jacques Ragon s’engage à Olivier Letardif, à 26 ans, le 10 avril 1643, pour aller travailler à Québec au service de Guillaume Couillard durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 72 livres par année (avance de 30 livres). Ne signe pas. En février 1646, témoin dans un procès criminel, il déclare être âgé de 29 ans et natif de Poitiers. Il est déserteur et laboureur demeurant chez Guillaume Couillard. Semble repartir en France après 1646.

Extrait. Engagement de Jacques Ragon. 10 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 47r)

RAGOT, Jacques

(     –       )

Demeurant à La Rochelle (Aunis), Jacques Ragot s’engage à Olivier Letardif, le 9 avril 1643, pour aller travailler à Québec au service de Guillaume Couillard durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 80 livres par année (avance de 40 livres). Ne signe pas. Le 7 juillet 1644, il est témoin à un procès. Il est aussi témoin au traité de mariage, passé le 22 juillet 1647, entre Michel Chauvin et Anne Archambault. Semble repartir en France après 1647.

Extrait. Engagement de Jacques Ragot. 9 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 46v)

ROY, Jérôme

(     –       )

Demeurant à La Rochelle (Aunis), « Hiérosme » Roy s’engage à Olivier Letardif, le 9 avril 1643, pour aller travailler à Québec au service de Guillaume Couillard durant trois ans, à titre de laboureur, à raison de 70 livres par année (avance de 35 livres). Ne signe pas. On ne sait pas s’il est venu.

Extrait. Engagement de Jérôme Roy. 9 avril 1643.
(Source : AD17. Notaire Pierre Teuleron. Registre 3E1293, fol. 64v)

Trois ans plus tard, les engagés François Bassot et Jacques Ragon sont appelés comme témoins, à la requête de Léonard Pichon pour et au nom de son ami Jacques Regnault victime d’un assaut grave de la part de Jean Leblanc, dans la nuit du mardi-gras.

L’historien Marcel Trudel[2] raconte l’événement :

« Dans la nuit du mardi-gras, un groupe de domestiques commence une beuverie à l’Hôtel-Dieu de Québec et va la poursuivre chez Guillaume Couillard, elle se termine dans la violence. »

Qu’en est-il ?

Les procédures criminelles, comprenant l’information et les interrogatoires des témoins, sont enregistrées dans les “Pièces judiciaires et notariales”. Le document est disponible dans Pistard de BAnQ, sous la cote TL5 D8 (20 au 25 février 1646).

Procédures criminelles faites à la requête de Léonard Pichon, maçon et tailleur de pierre, demeurant avec les Révérendes Mères Ursulines, pour et au nom de son ami Jacques Regnault, travaillant pour les Mères de l’Hôpital de Québec (Hôtel-Dieu), contre Jean Leblanc, domestique de Guillaume Couillard, pour assaut grave sur ledit Regnault le mardi-gras d’auparavant, après avoir pris de l’eau-de-vie. 20 au 25 février 1646.

(graphie contemporaine)

         Du vingtième jour de février mille six cent quarante-six.

Léonard Pichon[3], maçon et tailleur de pierre, étant à présent au service de Madame de La Pelterie, demeurant avec les Révérendes Mères Ursulines de Québec, en la Nouvelle-France, est comparu par-devant Monsieur le Gouverneur, assisté de Monsieur de Châtelet, licencié en lois, pour faire sa plainte des excès commis en la personne de Jacques Regnault, travaillant pour le service des Révérendes Mères de l’hôpital de Québec, ainsi qu’il en suit.

Disant ledit Pichon être ami dudit Regnault et qu’il a bonne connaissance de lui depuis quatorze ans, qu’ils ont travaillé ensemble plusieurs fois à La Rochelle par plusieurs années, qu’il est marié à ladite Rochelle où il a sa femme appelée Bastienne [un blanc] et que ledit Regnault est natif de la ville de Poitiers, ce qu’il sait pour y avoir été et le connaître dans ledit Poitiers.

Disant aussi ledit Pichon avoir charge dudit Regnault et lui-même comme son ami se portant partie pour demander justice à Monsieur le Gouverneur des excès commis en la personne dudit Regnault, le treizième jour de février et an mille six cent quarante-six, appelé le mardi-gras, par le nommé Jean Leblanc, domestique du sieur Guillaume Couillard, habitant dudit Québec.

Et que ledit jour de mardi-gras, deux hommes dudit Couillard, appelés François Bassot et l’autre Jacques Ragon, furent le soir voir ledit Regnault au lieu de l’hôpital qui les fit boire une bouteille d’eau-de-vie que les Mères dudit hôpital avaient donné audit Regnault pour se réjouir entre eux; et après la bouteille vidée, ledit Regnault et deux autres hommes desdites Mères de l’hôpital reconduisirent lesdits Bassot et Ragon en la maison dudit sieur Couillard où étant lesdits Regnault et les deux autres hommes desdites Mères de l’hôpital entrèrent dans la maison dudit Couillard où ils burent avec lesdits Bassot et Ragon et ledit Jean Leblanc; et en buvant, lesdits Leblanc et Regnault se disputèrent ensemble et se donnèrent quelques coups dans la maison dudit sieur Couillard.

Et sur ces entrefaites, le nommé Jean Guyon, gendre dudit Couillard, vint pour les séparer ce qu’il fit, et dit audit Regnault qu’il se retira même le poussa dehors la maison dudit Couillard en lui disant qu’il s’en alla en son logis et retint ledit Leblanc dans ladite maison. Lequel Leblanc sortit de la maison dudit Couillard au désert dudit Guyon, et courut après ledit Regnault un bâton à la main et l’ayant attrapé lui déchargea plusieurs coups de bâton sur la tête en telle sorte que ledit Regnault tomba dans la neige ayant deux grands trous à la tête et le bras fort offensé, lequel on croyait mort.

Ses deux camarades étant pour lors en la maison dudit Couillard, sortirent pour eux retourner en leur logis et, en chemin, et comme ils s’en retournaient à l’hôpital, ils rencontrèrent ledit Regnault étendu comme mort sur la neige et pensant le lever, ils ne purent et poursuivirent leur chemin à l’hôpital et sitôt leur arrivée, ils prirent quelques personnes avec eux pour aller quérir ledit Regnault et le mener audit hôpital où il est à présent.

Dit que lors de la dispute que lesdits Regnault et Jean Leblanc eurent en la maison dudit Couillard, étaient présents ledit Jean Guyon, lesdits Bassot et Jacques Ragon, les nommés Jean Dion demeurant à l’hôpital et Étienne [un blanc], menuisier des Mères hospitalières, et Madame Couillard. Et lorsque les coups de bâton furent donnés audit Regnault, ledit Pichon ne sait qui y était présent. C’est tout ce qu’il en sait pour l’avoir ouï-dire audit Regnault. Fait les jour, mois et an ci-dessus et devant dit. Et a ledit Pichon déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis.

Enquis s’il a bu avec lui. A dit que sur le minuit du mardi-gras, treizième jour de février de la présente année, ils burent ensemble un coup de vin et un coup d’eau-de-vie.

Enquis s’il sait si Jacques Regnault a eu quelques querelles avec le nommé Étienne [un blanc] dit Lebreton.

A dit qu’il a ouï-dire qu’ils avaient eu quelques différends ensemble et en sa présence ils se sont querellés ensemble sur ce que ledit Regnault voulait avoir des heures que ledit Lebreton tenait et ledit Regnault ayant été refusé par ledit Lebreton de lui donner les heures, il prit un chandelier pour lui jeter à la tête et ledit Leblanc se mit entre eux deux pour les séparer. Et sur ce, ledit Regnault se mit en colère contre ledit Leblanc et l’appela son cornard et le prit au corps et le terrassa deux fois après quoi ledit Regnault fut mis hors la maison dudit sieur Couillard où ils étaient, et vint frapper à la porte. Et comme ledit Leblanc vit l’importunité dudit Regnault, il ouvrit la porte et à l’ouverture ledit Regnault lui déchargea un coup de bâton sur le bras gauche et en même temps ledit Leblanc alla près de lui et lui donna deux ou trois coups de bâton étant auparavant tombé par terre. Ne sait en quel endroit du corps il le frappa. Et le lendemain, il vit le sang près le lieu où il l’avait frappé près le pignon du brasseur dudit sieur Couillard.

Enquis s’il avait quelques marques au bras. A dit qu’il n’en savait rien et qu’il ne la montré à personne.

Enquis s’il n’a point eu auparavant quelque querelle avec ledit Regnault. A dit que non.

Après lecture à lui faite, a dit que sa déposition contenait vérité. Fait ce dit jour, vingt-cinquième février mille six cent quarante-six. Et a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis.

          Du vingt-et-unième jour de février 1646.

Jacques Ragon, âgé de vingt-neuf ans ou environ, natif de Poitiers, déserteur et laboureur, demeurant au service du sieur Guillaume Couillard, habitant de Québec, témoin produit par Léonard Pichon, ci-devant nommé plaintif. Après avoir prêté serment devant nous de dire la vérité sur les faits ci-après en présence de Monsieur de Châtelet, a été enquis.

Enquis s’il est parent ou allié de la partie plaintive ou accusé et s’il n’a point eu de querelles contre l’accusé ou sa partie. A dit que non.

Enquis s’il a connaissance de l’excès commis en la personne de Jacques Regnault. A dit que oui et savoir bien comme le tout s’est passé.

Et a dit que le treizième jour de février mille six cent quarante-six, appelé le mardi-gras, sur les dix heures du soir ou environ, ledit Regnault était chez ledit Couillard et autres ouvriers des Mères de l’hôpital, et que le nommé Étienne [un blanc] dit Lebreton pris des heures sur le manteau de la cheminée et regarda dedans et comme il y regardait ledit Regnault lui dit, « Donne-moi les heures », et ledit Lebreton lui répondit, « Non, je ne te les donnerai pas, elles ne sont pas à moi », et ledit Regnault lui dit « Par la mort, Dieu tu me les donneras ». Et prenant un chandelier à la main, dit encore « Par la mort, Dieu si tu ne me les donne, je te jetterai ce chandelier à la tête », et faisant mine de lui jeter, Jean Leblanc se mis au-devant pour empêcher quelque désordre, disant audit Regnault qu’il ne faut pas faire de bruit ici. Et à l’instant, ledit Regnault dit audit Leblanc « Laisse-moi sot, tu es un sot et un cornard ». Et à même temps, il se jeta sur Jean Leblanc et le frappa le premier et Jean Leblanc se voyant frappé, frappa aussi l’autre et ledit Ragon les sépara et mis ledit Regnault hors le logis du sieur Couillard. Et ledit Regnault prit un bâton et vint frapper à la porte de la maison dudit Couillard pour l’enfoncer et ledit Ragon dit audit Regnault « Retire-toi ». Après avoir ouvert la porte et peu après, ledit Leblanc sortit au désert dudit Ragon. Et ledit Ragon entendant crier « Ah ! mon Dieu, Ah ! mon Dieu, laisse-moi » et entendit donner un coup de bâton audit Regnault et ne le vit point donner à cause de la nuit. Et peu après vit rentrer ledit Leblanc avec un gros bâton à la main. Et le lendemain, ledit Ragon vit du sang répandu au lieu où ledit Regnault fut frappé. Et dit que quelque temps après que ledit Regnault avait été frappé, ses compagnons le menèrent à l’hôpital.

Après lecture à lui faite, a dit que sa déposition contenait vérité. Fait ce dit jour vingt-et-unième février mille six cent quarante-six. Et a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis.

Et ledit jour vingt-et-unième de février mille six cent quarante-six. Après que nous avons fait faire serment à François Bassot, domestique du sieur Couillard, de dire la vérité sur les demandes ci-après. En présence de Monsieur de Châtelet.

Enquis comment il s’appelle, quel âge il a, quelle profession il est, d’où il est et où il demeure. A dit qu’il s’appelle François Bassot, qu’il a quarante-cinq ans ou environ, qu’il est du village de Laleu près La Rochelle, qu’il est jardinier de son métier en France et qu’en ce pays, il est ouvrier demeurant chez le sieur Couillard.

Enquis s’il sait quelque chose de l’excès commis en la personne de Jacques Regnault et s’il est parent ou allié dudit Regnault et du nommé Jean Leblanc. A dit qu’il n’est parent, ni allié desdits Leblanc et Regnault et qu’il ne sait aucune chose de leur différend. Que par ouï-dire de Jacques Ragon et avoir ouï-dire à Jean Leblanc que si ledit Regnault fut point venu à la porte et qu’il ne lui eu pas donné un coup de bâton, il ne l’eu pas frappé.

Enquis s’il n’a point de querelles avec l’un ou l’autre. A dit que non.

Enquis s’il n’a point vu le sang sur la place où ledit Regnault a été blessé. A dit que le lendemain, il vit du sang sur la neige.

Après lecture à lui faite de sa déposition ci-dessus, il a persisté et a dit qu’elle contenait vérité. Fait ce dit jour, vingt-et-unième février mille six cent quarante-six. Et a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis.

Et le vingt-quatrième jour de février mille six cent quarante-six. Après que nous avons fait faire serment au nommé Jean Guyon sieur du Buisson, habitant de Beauport, de dire la vérité sur les demandes ci-après. En présence de Monsieur de Châtelet.

Enquis comme il s’appelle. A dit qu’il s’appelle Jean Guyon.

Enquis quel âge il a. A dit qu’il avait vingt-deux ans ou environ.

Enquis qu’elle est sa profession. A dit qu’il est habitant de ce pays, travaillant pour lui.

Enquis d’où il est. A dit qu’il est de Mortagne au Perche.

Enquis où il demeure. A dit qu’il demeure chez M. Jean Guyon, son père, habitant de Beauport.

Enquis s’il n’a point eu de querelles avec les nommés Jacques Regnault et Jean Leblanc et s’il ne leur est point parent ou allié. A dit que non.

Interrogé s’il sait quelque chose de l’excès commis en la personne dudit Jacques Regnault par ledit Jean Leblanc.

A dit que sur les deux heures après minuit, jour des Cendres, quatorzième jour des présent mois et an, il fut contraint se lever de son lit entendant du bruit comme des personnes se battant dans la cour du sieur Couillard où il fut et trouvé lesdits Regnault et Leblanc s’entre battre et se prenant au collet, il les sépara. Et puis, les ayant séparé persuada audit Regnault de s’en aller chez lui ce qu’il fit. Et environ à douze pas de la maison du sieur Couillard, il se retrouva vers ledit Leblanc et lui dit « Sot, je te manierai et t’attraperai bien » ou autres paroles semblables. Et en même temps, tomba, puis Jean Leblanc courut dessus ledit Regnault avec un gros bâton et lui en donna quatre ou cinq coups bien raides dont il demeura étendu sur la place avec force sang qu’il vit au même lieu.

Après lecture à lui faite, a dit que sa déposition est véritable. Fait ce dit jour vingt-quatrième février mille six cent quarante-six. Et a signé. Signé : jean guion

Et le vingt-cinquième jour de février mille six cent quarante-six, après-midi. Après que nous avons fait faire serment à Jean Leblanc, serviteur domestique du sieur Guillaume Couillard, habitant de Québec, de dire la vérité sur les demandes ci-après. En présence de Monsieur de Châtelet.

Enquis comme il s’appelle, quel âge il a, d’où il est, quel est sa profession et où il demeure. A dit qu’il s’appelle Jean Leblanc, qu’il a trente-cinq à trente-six ans, qu’il est de Saint-Lambert, vicomté de Vire à six lieux de Caen, qu’il est charretier en France et ici, charretier et défricheur, et qu’il est demeurant chez le sieur Guillaume Couillard.

Enquis s’il connaît le nommé Jacques Regnault. A dit que oui.

BAnQ. TL5 D8. Procédures criminelles faite à la requête de Léonard Pichon contre Jean Leblanc. 20 au 25 février 1646.

Jean Leblanc fut condamné à des réparations et au chevalet[4].

 


[1] BAnQ. TL5 D8. Procédures criminelles faite à la requête de Léonard Pichon contre Jean Leblanc. 20 au 25 février 1646.
[2] Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Fides, vol. III : La seigneurie des Cent-Associés, t. 2 : La société, 1983, p. 456.
[3] Engagé en 1645, il est marié depuis plusieurs années à La Rochelle, où il a laissé sa femme et ses enfants, paroisse Notre-Dame de Cougnes.
[4] Machine sur laquelle on étend le criminel à qui l’on donne la question, la torture.

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Catégories :Canada, Engagés, France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle, Nouvelle-France, Québec

1 réponse

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