Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

183 – Tentative de retrait des sœurs Le Vacher du couvent de La Providence à La Rochelle en 1676

Vers 1673, la veuve et « honorable femme » Jeanne François met sa fille Louise (18 ans) en pension au couvent des révérendes mères religieuses de Notre-Dame de la Providence, à La Rochelle, pour la faire instruire « en la crainte de Dieu ».

Acte de baptême de Louise Le Vacher. 23 avril 1655.
(Source : AD17 en ligne. GG 185. La Rochelle. Paroisse Saint-Barthelémy. Baptêmes. 1655-1666. Vue 3/128)

Fille de Pierre François et de Jeanne Desnoyer, Jeanne épouse Mathieu Le Vacher, marchand et maître orfèvre, le mardi 9 mai 1651[1], dans la chapelle Sainte-Marguerite à La Rochelle. De cette union, nous avons relevé au moins six enfants.

Famille Mathieu Le Vacher-Jeanne François
(Source : Collection Guy Perron)

La mère pensait retirer sa fille la seconde année (1674), mais voilà qu’elle est au couvent depuis près de trois ans et ce malgré « quelque réquisition » qu’elle a fait aux dames religieuses.

En plus, l’habilité de ces religieuses et celle de Louise ont gagné l’esprit d’une autre de ses filles, Marie-Madeleine Le Vacher, comme l’a appris Jeanne, de telle sorte qu’elle a abandonné la maison familiale pour entrer au couvent.

Acte de baptême de Marie-Madeleine Le Vacher. 25 avril 1656.
(Source : AD17 en ligne. GG 185. La Rochelle. Paroisse Saint-Barthelémy. Baptêmes. 1655-1666. Vue 11/128)

La mère se rend donc au couvent de la Providence et demande qu’on lui remette ses deux filles, ce à quoi les dames religieuses ne veulent rien entendre.

Dans l’avant-midi du jeudi 3 décembre 1676[2], Jeanne François requiert la présence du notaire Jean Drouyneau pour aller au couvent et sommer la mère supérieure de lui remettre entre ses mains Louise (21 ans) et Marie-Madeleine (20 ans) Le Vacher, ses filles. Faute de quoi, elle ne sera pas tenue de payer leur pension et même se pourvoira en justice pour les faire condamner à la restitution.

D’autant que, selon Jeanne, ce sont des filles en bas âge qui ne peuvent avoir de dessein, ni volonté; elles doivent suivre la volonté de leur mère qui est leur tutrice et curatrice.

Ce sont des filles en bas âge

qui ne peuvent avoir de dessein, ni volonté,

ainsi doivent suivre la volonté de leur mère.

La mère déclare aux dames religieuses que les biens de ses filles, tant en meubles qu’immeubles, ne consistent qu’en la somme de 1 400lt chacune à elles échues dans la succession de leur père. Elle proteste alors d’être contrainte dans leur cas que d’en payer l’intérêt de 5 % pour toute pension et entretien de ses filles pendant qu’elles sont au couvent contre son gré et intention.

Signatures de Jeanne François et de sœur Marie de la Nativité

Consentant à leur sortie du couvent, sœur Marie de la Nativité, mère supérieure, fait venir Louise et Marie-Madeleine à quatre à cinq pas de la porte. Là, les deux sœurs se mettent à crier contre leur mère en lui disant « quelques paroles et reproches mal sentis à des filles auprès de leur mère. »

Elles disent à leur mère qu’elles ne sortiront pas du couvent et se retirent toutes éplorées…

Mais Jeanne François ne l’entend pas ainsi ! Elle accuse les dames religieuses d’avoir obligé ses filles à lui dire des injures et qu’elles leur auraient fait la leçon. Selon la mère supérieure, les filles ont dit ces paroles de leur propre gré sans être soutenues par les religieuses, n’étant pas capables de cela… Au contraire, leur enseignement les fait porter tout respect à leur mère !

Qu’est-il advenu des sœurs La Vacher ?

Extrait. Sommation de Jeanne François envers les religieuses du couvent de la Providence de La Rochelle. 3 décembre 1676.
(Source : AD17. Notaire Jean Drouyneau. Liasse 3 E 1421)

 

 


[1] AD17 en ligne. GG 376. La Rochelle. Chapelle Sainte-Marguerite. Mariages. 1636-1666. Vue 155/309.
[2] AD17. Notaire Jean Drouyneau. Liasse 3E1421. 3 décembre 1676.

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Catégories :France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle

2 réponses

  1. Je croirais qu’elles sont demeurées au couvent.

  2. Bonjour Guy. Je viens de découvrir votre Blog, très bien fait, bravo et merci! Et comme par hasard le premier récit que je reçois par abonnement e-mail est un article concernant le Couvent de La Providence tandis que je m’intéresse justement à ce couvent! Bien heureux coïncidence. Votre petit récit concernant les deux filles est bien présenté et clair. Cet hiver je vais essayer d’étoffer un autre histoire concernant 2 petites filles retenu prisonnières dans ce même couvent. Ce sont Anne et Françoise Ribaut, filles protestantes de Jean Ribaut et Françoise Levesque. Leur histoire est plus que incroyable, et concerne même la Reine d’Angleterre.. Mais je suis tout à fait « nouvelle » ici et ne sais donc pas dans quelle mesure les digressions sont admises.. Donc pour le moment je vous présente mes compliment pour le petit récit sur les filles Vacher, et c’est ou que je peux poser des questions ou ouvrir des discussions concernant mes recherches? Je viens justement d’une petite visite éclair à La Rochelle, ou je me suis recueilli devant ce qui reste du bâtiment de la providence. Encore bien visible, avec plaque commémorative (« les filles du Roy »). Nicolette Joubert-Brongers

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