Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

172 – L’expédition du navire La Vierge pour le Terre-Neuve en 1655

En 1655, le marchand rochelais Michel Diharce expédie son navire basque La Vierge à Terre-Neuve pour un voyage de pêche au poisson sec.

De retour de Plaisance, le navire est attaqué le samedi 11 septembre par Le Costaud, une frégate anglaise armée de 28 pièces de canon, commandée par Richard Poter. Après avoir tiré dix à douze coups de canon, neuf mariniers anglais abordent le navire basque.

Douze membres d’équipage du navire La Vierge sont contraints de monter à bord de la frégate anglaise : le maître, le pilote, le contremaître, le canonnier, le maître valet et sept mariniers. Ils sont transportés à Plymouth (Angleterre) puis relâchés. Le canonnier s’embarque sur un navire anglais et arrive à La Rochelle à la fin du mois de septembre. Il déclare ne pas avoir reçu de « mauvais traitements » des Anglais pendant sa rançon.

Extrait. Rapport de l’équipage du navire La Vierge sur la prise et la reprise de son navire.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5661, fol. 152, 153r)

Les neuf mariniers anglais, commandés par Guillaume Coomes, qui se sont embarqués dans le navire La Vierge sont surpris par les 28 ou 29 autres membres de l’équipage qui s’étaient cachés à fond de calle lors de la prise du navire par la frégate anglaise. Ils reprennent possession de leur navire et ramènent de force les mariniers anglais à La Rochelle à la mi-septembre.

Dès le retour de son navire, Diharce obtient une ordonnance de l’Amirauté pour faire arrêter les mariniers anglais pour « assurance de la conservation et retour de ses gens ». Ainsi, Diharce veut s’assurer du retour des membres de son équipage et des choses pillées, avec dommages et intérêts, avant de libérer les Anglais qui sont emprisonnés dans la tour de la Lanterne.

Les graffitis de la tour de la Lanterne

Entre les XVIe et XIXe siècles, la tour de la Lanterne fit office de prison. On y incarcéra des Anglais capturés sur les navires, des protestants à l’époque des dragonnades, des Vendéens, des soldats déserteurs…

Certains prisonniers ont laissé sur les murs une trace de leur séjour. Près de 600 graffitis sont gravés dans la pierre. Ils représentent des bateaux, des inscriptions, des figures. Ils évoquent la liberté…

Tour de la Lanterne à La Rochelle. Juin 2016
(Source : Collection Guy Perron)

       

On interroge les prisonniers anglais à savoir s’ils avaient l’autorisation de prendre des navires français puisqu’il y a paix entre les deux nations. Coomes répond qu’il a ouï-dire que c’est à cause que les Français ont pris plusieurs navires et marchandises appartenant aux Anglais.

Extrait. Interrogatoire de mariniers anglais mis dans le navire La Vierge et amenés de force par l’équipage.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5661, fol. 151, 154, 155)

Malgré la prise et la reprise de son navire, Michel Diharce récidive et expédie son navire La Vierge à Terre-Neuve l’année suivante. Mais il n’est pas au bout de ses peines !

À l’automne 1656[1], ses créanciers réclament la vente à l’enchère du poisson et de l’huile provenant de ce voyage de pêche, car ce sont des marchandises périssables et qui se gâtent quotidiennement. Selon eux, les protestations de Diharce ne sont faites que pour porter l’affaire à l’extrême limite et tout perdre puisqu’il est ruiné et « accablé et noyé de dettes qu’il ne saurait payer ».

Après la trompette sonnée, les 21 et 24 octobre, l’huissier fait savoir à haute voix que le poisson et l’huile sont à vendre au plus offrant et dernier enchérisseur. À la troisième enchère, le 31 octobre, sur la grand rive, le poisson est adjugé à Pierre Allaire pour le prix de 9lt 5s le quintal et l’huile à Jacques Thomas de la Chapelle pour le prix de 42lt la barrique.

Continuant leurs poursuites pour se faire payer des sommes qui leur sont dues par Diharce, les créanciers obtiennent un jugement, le 9 novembre suivant, portant que le navire La Vierge soit vendu à la manière accoutumée. Ainsi des affiches de l’enchère sont apposées par huissier aux carrefours rochelais de Monconseil, des Petits Bancs, de la Caille, sur la grande porte du Palais et sur la porte du bureau de la petite traite près des tours de la Chaîne sur le port.

Après plusieurs remises et protestations de part et d’autre, le 29 janvier 1657, l’Amirauté de La Rochelle somme les parties à se pourvoir au criminel.

 


[1] AD17 en ligne. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5661, fol. 129 à 141.

 

 

Publicités

Catégories :Expéditions de navires, France, HISTOIRE, La Rochelle, Terre-Neuve

4 réponses

  1. Super intéressant M Perron …Merci !

  2. Passionnant. Quel beau scénario de film !

  3. Ce Michel Diharce pourrait-il avoir un lien avec Pierre Diers (Diarcé) dit Beaulieu qui épousa Madeleine Sceau a Plaisance, Terre-neuve? (vers 1686)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s