Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

165 – Fidélité au roi et permission de demeurer à La Rochelle 1630-1631 (1/3)

Un grand nombre de manuscrits relatifs aux événements marquant le Grand Siège de La Rochelle de 1627-1628 ont été amplement dépouillés, analysés et publiés. On a étudié l’organisation sociale, politique, économique et religieuse de ce génocide[1].

Tous ces manuscrits et sources imprimées ont un point en commun : ils ont la date du départ de Louis XIII de La Rochelle comme « fin de l’histoire »… omettant les conséquences sur le quotidien des protestants qui désirent demeurer dans leur ville natale et des protestants et catholiques qui veulent s’y établir. Et oui ! La vie rochelaise continue son cours après le départ triomphal du roi !

Notre histoire débute dès la fin de ce Grand Siège, car le roi parti… La Rochelle compte encore ses morts[2].

Les jours suivant la reddition de la ville, les Rochelais vont connaître pleinement la douleur de la défaite : aucun étranger ne pourra être domicilié à La Rochelle sans une permission du roi, et aucun protestant, à l’exception de ceux qui y résidaient avant le débarquement des Anglais dans l’île de Ré[3] (article XXIV de la « Déclaration du Roi après la rébellion et le siège de La Rochelle en 1628 »).

Article XXIV. Que nulle personne faisant profession de la religion prétendue réformée et d’autre que de la religion catholique, apostolique et romaine, ne sera reçu à venir de nouveau habiter en ladite ville si ce n’est qu’il y ait demeuré ci-devant, et y fut auparavant ladite descente des Anglais.

C’est aussi le retour des catholiques chassés dans les années précédentes et probablement aussi celui des protestants[4].

Mais n’entre plus à La Rochelle qui veut !

Nous en avons pour preuve deux documents conservés aux archives municipales de La Rochelle, sous la cote « IIARCHAND12. Domicilié à La Rochelle. Permission d’habiter La Rochelle » :

  • Les assignés pour montrer leur lettres de permission de demeurer en cette ville et leur dit serment de fidélité au roi (2 feuilles volantes);
  • Registre pour l’acte du serment de fidélité et permission pour demeurer en cette ville 1630 (77 pages foliotées).

S’il nous est impossible de visualiser et de connaître le contenu de la « lettre de permission de demeurer en cette ville », nous savons qu’un Registre de serment de fidélité fait par les habitants de La Rochelle a existé, puisque les archives municipales rochelaises ont conservé un extrait de ce registre[5].

 

Extrait du registre de serment de fidélité

fait par les habitants de La Rochelle

Aujourdhuy Neuf[iè]me Novemb[re] 1628 en La Rochelle _
devant Nous GaSpard Coignet S[ieu]r de La thuillerye Con[seill]er _
du Roy en ses Con[se]ils deStat & privé M[aîtr]e des Req[uê]tes ord[inai]res _
de Son hoStel Intendant de La JuStice, police & finances _
es provinces de poictou Xaintonge pays daulnis _
ville & gouvernem[en]t de la Rochelle & ISles adjacentes _
[un blanc] a Jure & promis _
Par la part quil pretend en paradis fidelite au Roy de _
ne Se departir de Son obeiSSance Pour q[ue]lque cauSe & _
ConSidera[ti]on que ce Soit NaSSister a aucunnes delibera[ti]on _
ny aSSembléé convocquée Sans permiSSion de Sa _
majeste Ladvertir de tout ce qu’il Scaura Importer au _
bien de son service & repos de Ceste eStat & de Se comporter _
a Ladvenir Comme ung fidel Serviteur & subject de sad[ite] _
majeste doibt f[air]e dont requerant Led[it] [un blanc] luy a este _
delivré Le p[rése]nt acte par moy greSfier de Lad[ite] Intendance _
Soubz[sig]nez. _
Signé : henneguin (paraphe).Enregistré au Registre de La police de ceste _
ville par moy Soubz[sig]ne Le xiiii de novemb[re] 1630. _
Signé : E fortin (paraphe) greffier.
Source : AM17. EEARCHANC16. Événements historiques. 1628. Serment de fidélité.

Après la capitulation de la ville, l’administration municipale est confiée à des officiers du roi, et la justice et la police sont réunies au siège du sénéchal.

En 1628, Sa Majesté nomme elle-même Gaspard Coignet de la Tuilerie à titre d’Intendant de la justice, police et finances des provinces de Poitou, Saintonge, Aunis, ville et gouvernement de La Rochelle et îles adjacentes.

C’est lui qui préside au rétablissement du culte catholique dans la ville[6]. C’est lui aussi qui émet et signe la lettre de permission de demeurer dans la ville ainsi que l’acte du serment de fidélité.

Ces deux documents sont contresignés par un certain Henneguin. Qui est-ce ? Il s’agit de Nicolas Henneguin, secrétaire de M. de la Tuilerie et greffier de l’Intendance. À cet effet, nous avons relevé le baptême à La Rochelle de Pierre Henneguin (29 août 1629[7]), fils de Nicolas Henneguin, « secrétaire de M. la thuilerie » et de Marie Lemaistre, son épouse.

Dès le jeudi 9 novembre 1628, l’Intendant Gaspard Coignet de la Tuilerie émet en grand nombre des actes de fidélité au roi aux chefs de famille interpellés par l’événement. Tout habitant, comme Germain Cothonneau, doit jurer et promettre « pour la part qu’il prétend au paradis » :

  • de ne se départir de l’obéissance du roi, pour quelque cause et considération que ce soit;
  • n’assister à aucune délibération, ni assemblée, convoquée sans la permission du roi;
  • avertir le roi de tout ce qu’il saura importer au bien de son service;
  • de se comporter à l’avenir comme un bon et fidèle serviteur du roi.

Les actes du serment de fidélité au roi sont enregistrés au greffe de la police de La Rochelle par Élie Fortin, greffier, « pour y avoir recours quand besoin sera ».

Entre le 5 avril 1630 et le 31 mai 1631, plus de 700 chefs de familles (protestants et catholiques) sont convoqués devant la police rochelaise pour exposer dans le doute, soit leur lettre de permission pour demeurer à La Rochelle, soit leur acte du serment de fidélité au roi !

 


[1] Au moins 15 000 Rochelais, sur une population de 24 000 environ, sont morts de faim pendant le Grand Siège et quelques centaines des suites. Les chiffres varient selon les auteurs, mais on peut affirmer une mortalité d’au moins ¾ de la population.
[2] Selon le recensement effectué en 1627 (nulle trace), il y aurait eu 27 à 28 000 personnes dans La Rochelle au début du siège. Lors de la capitulation, il n’en serait resté que 5 400. Mais de ce nombre, écrit Liliane Crété, il faut déduire les soldats venus d’autres provinces, les Anglais laissés sur place, les catholiques, les étrangers, les officiers royaux et quelques riches bourgeois qui sortirent de la ville au début du siège, les femmes et les enfants qui furent évacués par la mer, les bouches inutiles dont on se débarrassa, les désertions… (Source : Liliane Crété, La vie quotidienne à Rochelle au temps du Grand Siège 1627-1628, Paris, Éditions Hachette, 1987, p. 322)
[3] Liliane Crété, La vie quotidienne à Rochelle au temps du Grand Siège 1627-1628, Paris, Éditions Hachette, 1987, p. 280.
[4] Marcel Delafosse et autres, Histoire de La Rochelle, Toulouse, Éditions Privat, « coll. Pays et villes de France », 1985, p. 185.
[5] Un autre extrait figure sous la cote AM17. HHARCHANC48. Permission, maîtrises et commissions, fol. 72r. 7 décembre 1632.
[6] Louis-Étienne Arcère, Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d’Aunis, La Rochelle, René-Jacob Desbordes, 1756, tome 1, article onzième, p. 47.
[7] AD17 en ligne. MS 253. La Rochelle. Église Sainte-Marguerite. Baptêmes. 1620-1639. Vue 36/267.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

1 réponse

  1. Très intéressant. Merci !

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