Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

164 – La fidélité au roi de Germain Cothonneau, marchand de La Rochelle, en 1630

Originaire d’une famille protestante de Saint-Martin-de-Ré[1], Germain Cothonneau demeure sur la rue de L’Escale (aujourd’hui rue Réaumur) à La Rochelle, juste à côté de le l’ « Ancien cimetière RPR » (ancien cimetière de la Religion Prétendue Réformée).

On se rappellera qu’en 1651, il avait survécu à un attentat perpétré contre lui !

De ses unions avec Ester Boutault (6) et Louise Diserote (6) sont nés treize enfants.

Son désir de demeurer à La Rochelle, et d’y faire de bonnes affaires, a suivi un parcours inhabituel…

Deux ans après le Grand Siège de 1627-1628, comme bon nombre de ses compatriotes, Germain Cothonneau (30 ans) doit démonter son appartenance à la ville de La Rochelle. Son nom figure dans le Registre pour l’acte du serment de fidélité et permission pour demeurer en cette ville [de La Rochelle] 1630[2] . Qu’en est-il ?

À la suite de ce siège, tout protestant doit posséder

  • son acte de fidélité au roi

et obtenir

  • une permission pour demeurer à La Rochelle (s’il n’y était avant juillet 1627).

Le samedi 20 juillet 1630, à la demande du procureur du roi, au nom des procureurs de la police rochelaise, Germain Cothonneau montre son acte du serment de fidélité au roi, daté du 9 novembre 1628. Il est renvoyé, c’est-à-dire que la cause est remise à plus tard, n’ayant pu exhiber sa permission de demeurer dans la ville.

Extrait. Sentence rendue contre Germain Cothonneau. 29 juillet 1630.
(Source : AM17. IIARCHANC12. Domicilié à La Rochelle, fol. 74v)

Il revient devant les procureurs de la police le 29 juillet suivant. Ces derniers affirment que Cothonneau n’était pas résidant à La Rochelle avant la descente des Anglais à l’île de Ré (22 juillet 1627), mais qu’il y habite que depuis la fin du siège (novembre 1628). Évidemment, Cothonneau soutient le contraire.

La « Déclaration du Roi après la rébellion et le siège de La Rochelle en 1628 » stipule ceci :

Article XXIV. Que nulle personne faisant profession de la religion prétendue réformée et d’autre que de la religion catholique, apostolique et romaine, ne sera reçu à venir de nouveau habiter en ladite ville si ce n’est qu’il y ait demeuré ci-devant, et y fut auparavant ladite descente des Anglais.

En résumé, aucun étranger ne pourra être domicilié à La Rochelle sans une permission du roi, et aucun protestant, à l’exception de ceux qui y résidaient avant le débarquement des Anglais dans l’île de Ré[3].

La cause est remise la semaine suivante…

Extrait. Sentence rendue contre Germain Cothonneau. 2 août 1630.
(Source : AM17. IIARCHANC12. Domicilié à La Rochelle, fol. 76r)

Le vendredi 2 août, le marchand Cothonneau est de retour devant les procureurs de la police et demande de faire entendre ses témoins.

Les procureurs de police considèrent que Cothonneau a demeuré à La Rochelle pendant le siège, en qualité de soldat portant les armes contre le service du roi et aurait été hébergé, pendant ce temps, par son frère, Jacques Cothonneau (demeurant sous le Gros Horloge). On s’interroge même sur la légalité de l’acte du serment de fidélité au roi obtenu par Germain Cothonneau en 1628… ce qui pourrait porter atteinte à l’audition de ses témoins ! De même, sa boutique devrait être fermée suivant la déclaration du roi.

Cothonneau répond qu’il a fait sa demeure à La Rochelle bien avant le siège et y a fait son trafic comme les autres marchands. De naissance rétaise, il précise avoir le même privilège que les « propres originaires » rochelais.

N’empêche qu’après les remontrances des commissaires de police, on procède à l’audition et jurande des témoins qui prêtent serment de dire vérité.

Âgé de 29 ans, le marchand rochelais Gaspard Cabesse déclare qu’il ne se souvient pas si Germain Cothonneau demeurait à La Rochelle avant le siège, mais qu’après il l’a toujours vu vivant en homme de bien.

Le maître chirurgien Pierre Sanceau, âgé de 55 ans, dit avoir connu Cothonneau avant et durant le siège et l’avoir vu porter les armes en qualité d’habitant et non de soldat.

Le marchand Pierre Brousseau (28 ans) affirme qu’avant et durant le siège, il a vu Cothonneau à La Rochelle y faire trafic de marchandises étant associé avec son frère « à ce qu’il a ouï-dire » et que pendant le siège, il portait les armes comme les autres habitants et enfants de la ville qui allaient faire la garde.

Quant à Abraham Coudret, maître fourbisseur, âgé de 56 ans, il dit avoir été voisin de Jacques Cothonneau, frère de Germain, lorsqu’il demeurait sous le Gros Horloge, et que depuis au moins six ans, il a toujours vu Germain Cothonneau y demeurer en faisant « trafic de marchand chandelier et vinaigrier ».

Âgé de 33 ans, le maître cordonnier Jean Charpentier raconte qu’il a toujours vu Germain Cothonneau depuis 1625 à La Rochelle, y faisant le trafic de marchandises dans la maison de son frère Jacques, ayant lui-même acheté des marchandises de lui. De plus, en 1625, Charpentier était caporal de la Compagnie de Pierre Raclet, capitaine de la Compagnie du Temple, et qu’il a vu plusieurs fois Cothonneau aller faire la garde comme un habitant et faire ce que les autres avaient accoutume de faire.

Le sieur Bougreau (27 ans), expose que depuis six ans, il a toujours vu demeurer Germain Cothonneau à La Rochelle et y faire le trafic de marchandises, même durant le siège… il allait aux « occasions » comme faisaient les habitants.

Les marchands Pierre Cartier (28 ans) et Jean Leduc (28 ans) racontent qu’ils ont vu Cothonneau depuis six ans dans la maison de Jacques Cothonneau, son frère, où il faisait le trafic de marchandises sans être marié et « n’avoir domicile que celui de son frère ».

Après avoir entendu les dépositions des témoins, les commissaires de police donnent acte… pour valoir et servir en temps et lieu.

Ces dépositions sont-elles assez convaincantes pour permettre à Germain Cothonneau d’obtenir sa permission de demeurer à La Rochelle ?

Bien qu’il ne soit pas condamné à quitter la ville, on peut penser qu’il retourne vivre à Saint-Martin-de-Ré et y épouser Esther Boutault vers 1631, car les baptêmes de ses sept premiers enfants n’ont pas été retracés dans les registres protestants rochelais. Il serait revenu à La Rochelle avant 1648 grâce à son mariage avec Louise Diserote, rochelaise de souche.

Quoiqu’il en soit, il a vécu comme un fier Rochelais jusqu’à sa mort. Il est enterré dans le cimetière protestant le 4 novembre 1658 à l’âge de 58 ans et 8 mois.

Louis XIII et Richelieu devant La Rochelle. Gravure dessinée sur bois par Alphonse de Neuville.
(Source : M. Guizot, L’histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, Paris, Librairie Hachette, tome 4, 1875, p. 83)

 


[1] Les registres paroissiaux protestants de Saint-Martin-de-Ré n’ont été conservés qu’à partir de 1648. (Source : AD17 en ligne)
[2] AM17. IIARCHANC12. Domicilié à La Rochelle – Permission.
[3] Liliane Crété, La vie quotidienne à Rochelle au temps du Grand Siège 1627-1628, Paris, Éditions Hacjette, 1987, p. 280.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

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