Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

161 – Les engagés levés par Jacques Mousnier pour Québec ou Montréal en 1659

Contrairement aux années passées, la levée d’engagés pour la Nouvelle-France en 1659 est l’affaire de plusieurs catégories de recruteurs[1].

Ils sont :

  • Jérôme Le Royer de La Dauversière agissant pour le prêtre Gabriel Souart (curé de Ville-Marie) et l’abbé Gabriel de Thubières de Queylus (grand-vicaire à Montréal de l’archevêque de Rouen);
  • le prêtre Guillaume Vignal agissant pour lui-même et les Ursulines de Québec;
  • Claude Robutel sieur de Saint-André (pour lui-même);
  • Michel Desorcis, marchands rochelais (pour lui-même).
  • Jacques Mousnier, marchand rochelais (pour lui-même);
  • François Peron, marchand rochelais (pour des particuliers)

À ces hommes, il faut ajouter deux femmes :

♦♦♦

La maison de Jacques Mousnier, à La Rochelle, est le lieu de rendez-vous des Montréalistes, car ce marchand est extrêmement lié aux associés de Montréal entre 1642 et 1659, écrit Gervais Carpin[2]. Elle sert ainsi de relais à toutes les opérations rochelaises de ces associés. Qu’on pense à Jérôme Le Royer de La Dauversière, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois, Judith Moreau et Claude Robutel de Saint-André qui logent chez lui, en 1659, et chez qui le notaire Demontreau se rend à plusieurs reprises pour rédiger les contrats d’engagement[3].

Le marchand Mousnier est l’armateur du navire Le Saint-André qui transporte la recrue de 1659, qu’il accompagne lui-même à Montréal et probablement pour y faire du commerce. Il s’improvise même recruteur !

À trois jours de l’embarquement, Jean Augrin est à La Rochelle et cherche un engagiste pour aller travailler en Nouvelle-France, mais tous les recruteurs ont complété leur levée d’engagés.

Le 26 juin, c’est dans l’étude du notaire Alexandre Demontreau que Jacques Mousnier fait venir le retardataire Augrin pour convenir de ses conditions d’engagement. Il en est de même pour le très tardif poitevin Jacques Millet qui signe son contrat d’engagement le 30 juin, alors que l’embarquement s’effectue depuis la veille !

Mousnier n’est pas un engagiste, mais peut-il ignorer deux volontaires qui se présentent à la dernière minute ? Quoiqu’il en soit, les deux engagés déclinent respectivement leurs prénom et nom, leur lieu d’origine et leur profession. Le notaire écrit le salaire annuel ainsi que l’avance accordée (30 à 32 livres). Les engagés apposent leur signature au bas du contrat.

Ils promettent d’aller travailler pendant trois ans à Montréal ou Québec au service de Mousnier, ou tel autre, soit de leur métier ou autres choses qui leur seront commandé de licite et honnête. En retour, Mousnier promet de payer les frais de leur voyage et les nourrir pendant le temps de leur engagement.

Voici le contrat d’engagement entre Jacques Mousnier et Jean Augrin en 1659.

Engagement Jean Augrin [à] Jacques Mousnier.

(graphie contemporaine)

Par-devant le notaire royal et garde-note héréditaire en la ville et gouvernement de La Rochelle soussigné. Fut présent en sa personne Jean Augrin, natif du bourg de Commer au Bas-Maine, étant de présent en cette ville. Lequel a promis et s’est obligé au sieur Jacques Mousnier, marchand demeurant en cette ville, à ce présent stipulant en personne de bien et fidèlement le servir au pays de Montréal ou Québec en la Nouvelle-France, pendant le temps de trois ans prochains et consécutifs qui commenceront du jour de son arrivée audit lieu, lui obéir ou à ceux qui de lui auront ordre en tout ce qui lui sera commandé de licite et honnête. Pendant lequel temps, ledit sieur Mousnier promet de le nourrir et héberger et de le faire passer audit pays. Et outre, promet de lui payer la somme de cinquante livres de gages pour chacune des dites trois années, payables audit pays à l’échéance de chacune d’icelles. Et néanmoins, lui a présentement payé par avance la somme de trente deux livres huit sols tournois en déduction de la première année dont il se contente et l’en quitte. Promettant &. Obligeant respectivement. Renonçant Jugé &. Fait et passé à ladite Rochelle, étude dudit notaire, le vingt-sixième jour de juin mille six cent cinquante-neuf, avant-midi. Présents Vincent Mocquet et Jean Malherbe, clercs, demeurant en cette dite ville témoins. Signatures.

Contrat d’engagement de Jean Augrin pour le Canada. 26 juin 1659.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E316, fol. 94r)

Qui sont ces engagés de 1659 ?

Jean Augrin Jacques Millet

Tableau des engagés levés par Jacques Mousnier en 1659.
(Source : Collection Guy Perron)

Origine des engagés levés par Jacques Mousnier en 1659.
(Source : Collection Guy Perron)

Un engagé est originaire du Maine et l’autre du Poitou.

Le 29 juin, les engagés embarquent à bord du navire Le Saint-André (300 tx). Ce dernier lève l’ancre, met les voiles puis quitte La Rochelle le 2 juillet.

Que sont-ils devenus ?

Un engagé n’a pas atteint Québec : Millet (nulle trace).

Un engagé retourne en France peu après son engagement : Augrin (après 1664).

 

AUGRIN, Jean

(     –       )

Originaire de Commer (Maine), Jean Augrin s’engage envers Jacques Mousnier, le 26 juin 1659, pour aller travailler à Montréal ou Québec à son service ou tel autre durant trois ans, à raison de 50 livres (avance de 32 livres huit sols). Il signe. Il quitte La Rochelle le 2 juillet à bord du navire Le Saint-André à destination de Québec où il arrive le 7 septembre suivant. Domestique des Sulpiciens. Le 21 novembre 1662, il promet défricher à Montréal. Il est présent à Montréal, le 28 novembre 1663, au mariage d’Antoine Brunet et de Françoise Moisan. Probablement repassé en France après cette date.

Extrait. Engagement de Jean Augrin. 26 juin 1659.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E316, fol. 94r)

Note : Des recherches dans les registres paroissiaux de Commer ont été vaines. (Source : AD53 en ligne)
Voir aussi : Archange Godbout, Les passagers du Saint-André. La Recrue de 1659, Montréal, Société généalogique canadienne-française, Cahiers généalogiques 2, 2009, p. 25.

 

MILLET, Jacques

(     –       )

Originaire de Boursegin, paroisse de Bourneau (Poitou), Jacques Millet s’engage envers Jacques Mousnier, le 30 juin 1659, pour aller travailler à Montréal ou Québec à son service ou tel autre durant trois ans à titre de défricheur et faiseur de tuiles, à raison de 60 livres par an (avance de 30 livres). Il signe. Il quitte La Rochelle le 2 juillet à bord du navire Le Saint-André à destination de Québec où il arrive le 7 septembre suivant. Nulle trace.

Extrait. Engagement de Jacques Millet. 30 juin 1659.
(Source : AD17. Notaire Alexandre Demontreau. Registre 3E316, fol. 96r)

Note : Les registres paroissiaux de Bourneau ne commencent qu’en 1692. (Source : AD85 en ligne)
Voir aussi : Archange Godbout, Les passagers du Saint-André. La Recrue de 1659, Montréal, Société généalogique canadienne-française, Cahiers généalogiques 2, 2009, p. 49.

 


[1] Gervais Carpin, Le Réseau du Canada, Sillery, Les éditions du Septentrion, 2001, p. 226.
[2] Ibid., p. 192.
[3] Ibid., p. 227.

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Catégories :Canada, Engagés, France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle, Montréal, Nouvelle-France, Québec

2 réponses

  1. Merci encore monsieur Perron relativement à vos nombreux articles.J’ aurais une demande d’ information.Il semblerait que les engagés (36 mois) avaient l’ interdiction durant leur contrat de
    se marier et/ou de devenir propriétaire d’ une terre.On ne voit jamais cette indication dans les
    contrats signés devant notaire.Qu’ en est-il à ce sujet.Merci à l’ avance pour le retour d’ information.
    Pierre Brousseau.

    • Les « engagés » traversaient l’océan gratuitement, mais devaient travailler 36 mois en Nouvelle-France pour rembourser leur voyage. Liés par contrat à leurs maîtres, ils étaient nourris et logés pour la durée de leur service. Ensuite, ils pouvaient retourner en France s’ils le désiraient.

      Je n’ai rien lu sur l’interdiction aux engagés de se marier ou d’obtenir une terre pendant leur contrat. D’ailleurs, Marcel Trudel (Histoire de la Nouvelle-France. La Seigneurie des Cent-Associés, II. La Société, p. 59) mentionne que 22 engagés étaient mariés à la signature de leur contrat.

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