Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

159 – L’emprisonnement de Paul Chalifou (1612-c1678) en 1647 à La Rochelle

Il y a 370 ans, le 1er mai 1647, alors qu’il est incarcéré dans les prisons de la conciergerie du Palais royal de La Rochelle, Paul Chalifou proteste contre des sergents qui veulent l’emmener à l’Hôtel de la Monnaie. Qu’en est-il de cet emprisonnement ?

Rappelons que Paul Chalifou est issu d’une famille protestante de Périgny, près de La Rochelle. Fils de Mathurin Chalifou et de Marie Gabory, il est baptisé le 30 décembre 1612 (né le 26) dans la salle Saint-Yon. Son parrain est l’avocat Michel Brunet et sa marraine Françoise Cochon.

Acte de baptême de Paul Chalifou. 30 décembre 1612.
(Source : AD17 en ligne. I 162 (I26). La Rochelle. Temple Saint-Yon. Baptêmes et mariages. 1612-1616. Vue 31/138)

Il se converti au catholicisme à une date inconnue (probablement après le Grand Siège de 1627-1628), puisqu’il épouse dans la chapelle Sainte-Marguerite, le 10 avril 1644, Marie Jeannet[1]. Dans l’acte de mariage, il est mentionné que les futurs époux ont passé leur contrat de mariage devant le notaire rochelais Pierre Teuleron[2]. Son beau-frère Élie Bourbeau est présent.

Acte de mariage de Paul Chalifou et de Marie Jeannet. 10 avril 1644.
(Source : AD17 en ligne. GG376. La Rochelle. Église Sainte-Marguerite. Mariages. 1636-1666. Vue 73/309)

Le 10e Avril ont esté espousez Paul chalifou m[aîtr]e_
charpentier natif [de] perigny a p[rése]nt de cette paroisse dune part & _
marie Jeannet de cette mesme paroisse dautre part par c[on]trat _
passé pardevant T[e]ulleron notaire Les tesmoins Elie Bourbaut _
nicolas fouquault, Estienne Boisseau pierre Soulet Robert _
folibé et autres. _
Signé : prevost pretre de Lor[atoi]re de Jesus, n foucault (paraphe), pierre Soullart, helie Bourbaut, Robert folbe.

De cette union va naître qu’un seul enfant, Marie, puisque la mère va mourir quelques jours plus tard, possiblement des suites de l’accouchement.

Le 5 juin 1645, Marie Chalifou est baptisée dans la chapelle Sainte-Marguerite. Son parrain est Michel Brunet qui, en un an, est passé d’avocat à « sieur de Rompsay, conseiller du roi au siège présidial de La Rochelle ». La marraine est Jeanne Girard.

Acte de baptême de Marie Chalifou. 5 juin 1645.
(Source : AD17 en ligne. GG374. La Rochelle. Église Sainte-Marguerite. Baptêmes. 1639-1654. Vue 112/284)

Trois jours après le baptême de sa fille unique, la jeune maman Marie est inhumée à l’âge de 19 ans.

Acte de sépulture de Marie Jeannet. 8 juin 1645.
(Source : AD17 en ligne. GG377. La Rochelle. Église Sainte-Marguerite. Sépultures. 1636-1665. Vue 107/362)

Qu’advient-il de Paul Chalifou, maître charpentier, par la suite ?

On sait peu de choses, sinon cette sommation du 1er mai 1647. Cette journée-là, les sergents Blondel, Dupont et Correge se présentent dans les prisons de la conciergerie du Palais royal, à La Rochelle, pour « extraire » le détenu Paul Chalifou et le conduire à la Monnaie. En présence du notaire Jean Michelon, Chalifou proteste, somme et demande qu’on lui montre l’ordonnance ou l’arrêt qui l’incrimine.

Chalifou somme aussi Jean Dupont, concierge des prisons, de lui montrer ce document et, si tel est le cas, pourquoi il ne lui a pas fait savoir ! Il proteste et le tient responsable, à tout événement, de son « enlèvement » par les trois sergents.

Les sergents sortent des prisons sans faire aucune réponse, sinon qu’ils ont un arrêt de la cour des Monnaies de Paris et un jugement de la Monnaie de La Rochelle. À quoi Chalifou leur dit que l’arrêt n’ordonne aucunement « qu’il sera extrait des présentes prisons ».

Le concierge des prisons répond qu’il lui a été fait commandement de la part des fermiers de la Monnaie de conduire le prisonnier Chalifou à l’Hôtel de la Monnaie « aux fins du confrontement ». Il requiert copie de sa sommation pour lui répondre plus particulièrement.

Extrait. Sommation de Paul Chalifou à des sergents. 1er mai 1647.
(Source : AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2318)

Pour la rédaction de la sommation de Chalifou, le notaire Michelon appelle pour témoins Élie Bourbeau (beau-frère de Paul), charpentier de gros œuvres, Jean Rutault, tailleur d’habits, et les prisonniers Jean Bouchereau, sergent royal, et Louis Texier, laboureur d’Aigrefeuille.

Comme les archives de la Monnaie de La Rochelle ne sont conservées qu’à partir de 1679[3], il est impossible de retracer cet arrêt pour connaître le délit ayant mené à l’emprisonnement de Paul Chalifou.

Au criminel, la juridiction de la Monnaie jugeait le billonnage (altération d’espèces), le petit billonnage (refus d’une pièce pour sa valeur) et la fabrication, exposition et distribution de fausse monnaie, crime de lèse-majesté au second chef.

Autres délits jugés par la Monnaie :

  • fabrication de bonne monnaie sans permission royale;
  • matières fausses;
  • fabrication en dehors des Hôtels des Monnaies;
  • falsification de l’effigie ou de l’inscription;
  • exposition et distribution de fausse monnaie;
  • rognure ou altération des espèces pour en affaiblir le titre;
  • monnaie plus faible ou de moindre titre;
  • réformation en fraude pour son propre compte;
  • fonte de la monnaie pour d’autres usages.

Quoiqu’il en soit, Paul Chalifou est libéré puisqu’il s’embarque (veuf et sans enfant) dans un navire, quelques semaines plus tard, à destination de la Nouvelle-France. On le retrouve à Québec, le 15 septembre suivant, s’engageant à construire la maison de François de Chavigny sur l’île d’Orléans[4].

 Hôtel de la Monnaie de La Rochelle

La Rochelle est l’une des principales villes à avoir le privilège « de battre monnaie » pour le roi de France. Le lieu de frappe de la monnaie, ou atelier monétaire, est appelé « Hôtel de la Monnaie ». Trois ateliers monétaires se sont succédé dans la ville :

1er atelier : Cours des Grolle (XIVe siècle)
2e atelier : place de Verdun (vers 1389 – 1689)
3e atelier : rue de la Monnaie, près de la tour de la Lanterne (1689-1790)

En 1647, l’Hôtel de la Monnaie était situé sur la place du Château (aujourd’hui place de Verdun), près de la chapelle Sainte-Anne. Il fut démoli en 1689 pour agrandir la place.

Localisation de l’Hôtel de la Monnaie sur la place du Château.
(Source : Bibliothèque de l’Inspection du génie, ms 504 (alias fo 131g), folio 76, fig. 11. Publié dans La Cathédrale de La Rochelle, Poitiers, Ministère de la Culture (Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France) coll. « Images du Patrimoine », 1985, p. 2)

Les premières activités reconnues de l’atelier s’installe dans l’ancienne grande salle du Château Vauclair démantelé correspondent à celle de la fonderie, où quatre fours ont été retrouvés. Les fours de la seconde phase construits vers le milieu du XVe siècle sont imposants et signalent une importante activité. La destruction de la fonderie peu d’années avant 1520 marque la reconstruction de l’atelier et la création à son emplacement d’une cour au nord et d’une salle de traitement des espèces monétaires au sud.

Au début du XVIIe siècle, une nouvelle partition de l’atelier entraîne la création d’une salle dévolue à la frappe manuelle, mécanisée en 1646 par l’installation d’un balancier.

(Source : Pierre Mille et Florian Téreygeol, L’atelier monétaire royal de La Rochelle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, 240 p.)

 


[1] Elle serait originaire de Forges (Aunis), née vers 1626. Les registres paroissiaux de Forges ne commencent qu’en 1634 (AD17 en ligne).
[2] Le contrat de mariage est passé devant le notaire Pierre Teuleron, le 20 février 1644.
[3] M. Meschinet de Richemond, Inventaire sommaires des Archives départementales de la Charente-Inférieure antérieures à 1790, La Rochelle, imprimerie Eugène Martin, 1900, p. 218.
[4] Marché de construction d’une maison au lieu appelé l’île d’Orléans, entre Paul Chalifou et Jacques Coquerel, de Québec, et François de Chavigny. 15 septembre 1647. BAnQ. Notaire Claude Lecoustre.

Publicités

Catégories :ARCHIVES (Dépouillement), Canada, France, GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, La Rochelle, Nouvelle-France, Québec

9 réponses

  1. Magnifique ! Merci pour ce beau travail sur mon ancêtre Paul Chalifou ! Je partage….

    • Jocelyne, c’est aussi mon ancêtre ! Toi et moi on était amies virtuelles, on est aussi cousines alors ! Je suis accro à la Fromagerie Chalifoux à Sorel depuis mon enfance qui a gagné quelques prix. Ah ! leur bon fromage en grains ! Je fais suivre à mes enfants qui aiment aussi ce bon fromage de chez nous. Ils connaîtront mieux leur ancêtre.

  2. Merci M. Perron pour ces images d’actes et ces détails sur la vie en France de mon ancêtre Chalifou.

  3. Il s’agit probablement de Paul Chalifou marié le 28 septembre 1648 à Jacquette Archambault, âgée de 16 ans au moment du mariage, fille de mon ancêtre et pionnier Jacques Archambault arrivé en 1645 avec 6 de ses 7 enfants…

  4. Variantes actuelles très fréquentes au Canada : Chalifoux, Chalifour. Complément d’information ici : http://www.fichierorigine.com/app/recherche/detail.php?numero=240774

  5. Complément sur Jacquette Archambault, épouse de Paul Chalifou citée ci-dessus. Données à valider ? http://www.fichierorigine.com/app/recherche/detail.php?numero=240072

    Complément sur son père Jacques Archambault cité ci-dessus : Données à valider ? http://lequebecunehistoiredefamille.com/capsule/archambault/genealogie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s