Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

154 – Le Fort Louis à La Rochelle au XVIIe siècle

Pour mettre fin aux rébellions huguenotes, le traité de Montpellier est signé le 18 octobre 1622 entre Louis XIII et les forces protestantes. Ces dernières obtiennent des conditions avantageuses par la capitulation de Montpellier : le maintien et l’exécution de l’édit de Nantes, La Rochelle et Montauban sont accordés aux calvinistes comme places de sûreté, et… tous les forts nouvellement construits de part et d’autre « seraient » rasés ainsi que tous ceux qui existent dans les îles de Ré et d’Oléron[1].

Ainsi, La Rochelle garde ses fortifications et ses privilèges, mais le Fort Louis, qui devait être démoli, subsiste avec tout un régiment en garnison et ce, en dépit des plaintes répétées de la ville.

Plan du Fort Louis

construit en dehors des murs de La Rochelle pendant le siège de 1621-1622.

A : place du fort F : Porte des Deux Moulins
B : arsenal G : chemin de Marans
C : corps de garde H : chemin de Surgères
D : pieux, autour du fort I : Porte Neuve
E : canal K : bastion de l’Évangile
Source : AD17. Le Fort-Louys. 1-P.fecit. Gravure sur cuivre. 5 F; La Rochelle 118 (XVIIe siècle)

Rappelons que dès la fin de juin 1622, l’armée royale établit un blocus presque complet autour de La Rochelle. Le régiment de Champagne y est dépêché sous le commandement de Pierre de la Mothe-Arnaud. Pour empêcher les communications entre les Anglais et la ville rebelle, Arnaud fait construire le fort de Lamothe[2], bientôt nommé le Fort Louis en l’honneur du roi. Il est situé à l’ouest, à une demi-lieue des remparts et non loin de la côte. L’artillerie rochelaise tente d’interrompre les travaux[3]… en vain !

Le grand intérêt de la paix pour les Rochelais, écrit Delayant[4], c’est la destruction du Fort Louis. Ils en ont eu la promesse, mais une promesse verbale. En attendant, il reste sous le commandement d’Arnaud, un ennemi acharné.

N’en déplaise aux Rochelais, les soldats du régiment de Champagne s’emploient avec plus d’ardeur qu’auparavant aux travaux du fort. Arnaud fait régner dans son régiment une telle discipline qu’il exerce avec tant de soin que sa renommée s’étend par toute la France; le roi y envoie même un officier de ses gardes pour apprendre l’art de la guerre sous un tel maître qui n’est plus connu que sous le nom d’Arnaud du Fort[5].

Une gigantesque ligne de circonvallation[6] est établie reliant le Fort Louis à huit autres forts entre lesquels sont multipliés les bastions et les redoutes.

Plan de la ville de La Rochelle et nouvelles fortifications. 1628. [estampe].

Annet de Lavioze, graveur.

1 : Fort Louis 6 : Fort Saint-Nicolas
2 : Fort du Saint-Esprit 7 : Fort de Bongraine
3 : Fort de Lafond 8 : Fort de Coureilles
4 : Fort de Cougnes 9 : Fort d’Orléans
5 : Fort de la Moulinette A : Port de La Rochelle
Source : Bibliothèque nationale de France, département Espampes et photographie, Réserve FOL-QB-201 (25).

Le Fort Louis étant achevé, Arnaud veut l’entourer d’une palissade. Il fait venir par mer, de Marans, une grande quantité de pieux[7]. Les Rochelais les saisissent mais sont forcés de céder et rendre les pieux à la suite des ravages causés par ce commandant dans les environs.

À sa mort en 1624, Arnaud est remplacé par Jean du Caylard de Saint-Bonnet, marquis de Toiras, qui devient aussi hostile aux Rochelais et aussi odieux que son prédécesseur.

Malgré des plaintes continuelles, la promesse et l’assurance du rasement du Fort Louis n’est que palabre. La Rochelle doit s’accommoder tant bien que mal de ce voisinage fâcheux. Un de leurs anciens amis, le connétable de Lesdiguières, leur dit clairement qu’il fallait « que La Rochelle prit le fort ou le fort La Rochelle ».

Paix trompeuse, paix fragile. Le roi ne fait pas raser, comme promis, le Fort Louis dont les canons menacent la capitale du protestantisme[8].

Au début du mois de septembre 1627, les hommes de guet, sur les remparts et en haut des tours, constatent que les royaux élèvent deux forts, l’un à Bongraine, l’autre à la Moulinette, et qu’ils travaillent jour et nuit. Ils voient aussi qu’un ouvrage est commencé entre le Fort Louis et la porte des Deux Moulins[9].

Extrait. Plan du « Siège et Blocus » de La Rochelle en 1627-1627.
(Source : Masse, Claude. Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, Éditions Rupella, 1979, feuille 10)

C’en est trop ! Averti aussitôt, écrit Liliane Crété[10], le maire donne l’ordre de tirer, sans attendre d’en référer à son conseil. Le 10 septembre, Mathieu Tessereau, conseiller au présidial, est de garde à la batterie de la Verrière. Il fait allumer la mèche d’une des pièces, nommée la Grosse-Barbotte. À ce premier coup de canon tiré sur le Fort Louis, fait écho celui du clocher de Saint-Sauveur. Il y a riposte !

Le lendemain, le corps de ville publie un manifeste justifiant l’entrée en guerre et de son adjonction avec l’Angleterre. C’est la troisième et dernière rébellion de La Rochelle protestante : le Grand Siège de 1627-1628.

En juin 1629, la paix d’Alès s’impose à La Rochelle : la mairie est supprimée, la ville perd ses privilèges et Richelieu fait raser les fortifications, à l’exception des tours et remparts du front de mer. Le Fort Louis est-il démoli des suites ?

Le Fort Louis était situé à l’emplacement du parc Franck-Delmas actuel,
légué à la ville de La Rochelle par la famille d’armateurs Delmas en 1961.
(Source : Google Earth)

 


[1] M. D. Massiou, Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis, Saintes, A. Charrier, tome 5, 1846, p. 296-297.
[2] Dr Kemmerer, « Les Campani, milice de l’île de Ré », Revue de la Saintonge et de l’Aunis, Paris, A. Picard, volume XI, 1891, p. 49
[3] Léopold Delayant, Histoire des Rochelais, La Rochelle, A. Siret, deuxième volume, 1870, p. 22.
[4] Ibid., p. 29.
[5] Dr Kemmerer, op. cit., p. 49.
[6] Tranchée avec palissade et parapet que font les assiégeants pour se garantir des attaques et pour couper les communications de la place avec le dehors.
[7] Massiou, op. cit., p. 303.
[8] Jacques Vichot, Les gravures des sièges de Ré & de La Rochelle (1625-1628), Paris, Association des amis du musée de la Marine, 1971, s.p.
[9] Liliane Crété, La vie quotidienne à La Rochelle au temps du Grand Siège 1627-1628, Paris, Éditions Hachette, 1987, p. 116-117.
[10] Ibid., p. 117.

 

 

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

1 réponse

  1. Merci BEAUCOUP, M. Perron!
    André Potvin

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