Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

151 – Le Palais royal de La Rochelle au XVIIe siècle (2/2)

Après avoir visité les salles constituant le Présidial de La Rochelle, voyons celles composant la prison.

La prison

Les quatre tours du vieux château Vauclair, écrit Émile Couneau, servaient de geôle ou de prison royale. Quand le donjon est démoli, à la suite du siège de 1573, les prisonniers sont transférés dans la prison de l’Échevinage[1]. Grâce aux subsides accordés par le roi, une nouvelle prison est construite vers 1625 joignant le Palais royal.

Palais de justice de La Rochelle (Facebook)

Source : Palais de justice de La Rochelle (Facebook)

Porte d’entrée de la prison.

Au rez-de-chaussée, par la porte d’entrée de la prison, on franchit un guichet pour aller soit à la cour des prisons, soit à la salle commune où mangent les prisonniers et l’on distribue les vivres. De là, on communique à la prison des personnes distinguées, à la cuisine et à la chambre du geôlier.

Plan du rez-de-chaussée de la prison. (Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62b)

Plan du rez-de-chaussée de la prison.
(Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62b)

Couloir d’entrée des prisons au rez-de-chaussée du corps principal. (Source : Inventaire topographique de la vieille ville de La Rochelle. 1990)

Couloir d’entrée des prisons au rez-de-chaussée du corps principal.
(Source : Inventaire topographique de la vieille ville de La Rochelle. 1990)

De la cour des prisons, un long corridor donne accès à la chambre des criminels, au cellier du geôlier, à la grande prison et au grand cachot. Par un grand escalier, soit on descend aux cachots souterrains ou on monte aux prisons hautes du premier étage : les prisons particulières et la chambre pour les collecteurs prisonniers.

Plan du premier étage de la prison. (Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62a)

Plan du premier étage de la prison.
(Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62a)

Les registres d’écrou (arrivée d’un prisonnier) de la prison de La Rochelle n’ont pas été conservés pour cette période. Ils auraient révélé si quelques de nos ancêtres y ont séjourné, comme ce fut le cas pour Paul Chalifou (1647) et François Peron (1664).

Les « prisons » de La Rochelle, refaites au début du XIXe siècle, sont démolies et remplacées par des bureaux le siècle suivant.

Quelques travaux entre 1644 et 1662

Trente ans après son inauguration, divers travaux doivent être effectuées au Palais royal de La Rochelle. Ainsi, en 1644[2], on procède par affichage public au bail au rabais « des réparations nécessaires à faire au palais royal » pour être faites par l’adjudicataire dans un délai d’un mois.

Bail au rabais

En fait d’ouvrages ou de fournitures, on va au rabais, au lieu d’aller aux enchères, et où l’on diminue le prix proposé par un autre jusqu’à ce qu’il ne s’en trouve point qui le veuillent prendre pour un moindre prix. On adjuge le bail à celui qui offre de faire l’ouvrage, ou de faire les fournitures pour les plus bas prix.

Cette sorte de bail se pratique ordinairement quand il s’agit d’ouvrages concernant la construction ou réparation d’édifices, ou autres ouvrages publics.

Pour procéder à un tel bail, on propose publiquement par des placards et affiches l’ouvrage dont il est question, le lieu et le temps que ceux qui voudront l’entreprendre doivent faire leurs offres.

Source : Claude Joseph de Ferrières, Dictionnaire de droit et de pratique, veuve Brunet, 1769, p. 157.

Les réparations sont mises à prix :

  • par Gilles Nesson, charpentier de gros œuvres, à 150lt;
  • par Bastien Avril, maître charpentier, à 147lt;
  • encore par Nesson, à 145lt.

Elles sont adjugées à Gilles Nesson pour la somme de 145lt. Ce dernier est chargé de reprendre les « vieilles dépouilles » (vieux matériaux) qui se trouveront sur les lieux et de remettre la « massonne » (maçonnerie) dans le même état qu’elle est sans rien détériorer.

En janvier 1645[3], Nesson se présente devant le lieutenant général pour être payé des réparations qu’il a fait au plancher de la Grande salle du Palais, conformément au bail au rabais du 23 mai 1644. Il est ordonné qu’il soit payé sur les deniers provenant de de la recette des amendes du Présidial. En novembre 1646[4], Nesson revient à la charge… en vain… devant le Présidial pour obtenir son dû !

Comme il n’y a aucun denier dans la recette des amendes du Présidial, le 19 février 1648[5], Nesson demande au juges de la Police d’être payé sur les deniers d’octroi administrés par eux, car il s’agit d’un ouvrage « qui redonde au bien public ». À la suite de sa requête, le 25 juin suivant, on ordonne que Nesson soit payé de la somme de 145lt par Tissier, receveur des deniers d’octroi de La Rochelle, soit quatre ans après avoir effectué les travaux !

Nous avons aussi retracé un devis émanant des juges de la Police, conservé aux archives municipales de La Rochelle, concernant « des réparations utiles et nécessaires qui sont à faire présentement pour la nécessité publique, au Palais royal de La Rochelle ». A-t-on donné suite à ce devis du 28 juillet 1649[6] ? Quoiqu’il en soit, nous le sortons de l’ombre pour le faire entrer dans la lumière… au bénéfice des lecteurs.

Ce devis se divise en trois éléments : la maçonne (maçonnerie), la charpente et la couverture.

Concernant la maçonnerie, il faut lever la galerie qui est au dessus du greffe de sept pieds et sur une longueur de trente-six pieds et y mettre un entablement de pierre de taille; élever les murailles derrières le Palais d’environ trois pieds à un bout et de six à sept pieds de l’autre; relever une cheminée et un tuyau de garde-robe de hauteur convenable; détruire les murs gâtés; etc.

Concernant la charpente, il faut mettre une sablière[7] sur le mur portant les chevrons et empannons[8] de la croupe qui est au-dessus de la salle d’audience; mettre une filière[9] de la même longueur et grosseur que la sablière pour brandir les chevrons et empannons du même côté; remplacer les chevrons et empannons pourris de la couverture; défaire et refaire à neuf la couverture de la galerie au-dessus du greffe; mettre de bonnes filières pour porter les chevrons, prêts à mettre des planches, pour porter la tuile ou l’ardoise en bon bois de chêne; etc.

Concernant la couverture, recouvrir et réparer la couverture de la grand nef du Palais où il y a des gouttières; ressouder les chenaux qui sont sur la couverture et mettre du plomb partout où il en faudra; recouvrir la chambre du Conseil; etc.

Extrait. Devis des réparations à faire au Palais royal de La Rochelle. 28 juillet 1649. (Source : AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice)

Extrait. Devis des réparations à faire au Palais royal de La Rochelle. 28 juillet 1649.
(Source : AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice)

Le 27 octobre 1651[10], on adjuge à Noël Gouineau, maître piqueur d’ardoise, les réparations à faire tant au Palais royal qu’aux clochers de Saint-Barthelémy, Saint-Sauveur et de la Grosse horloge, conformément au bail au rabais dressé par les juges de la Police. Les travaux terminés, le 23 décembre suivant, Gouineau se présente devant le Présidial et demande que ses travaux soient examinés afin d’être payé. Six jours plus tard, Jacques Thévenet et Pierre Vrignaud visitent les lieux et certifient que les réparations ont été bien et dument faites et que le bail au rabais a été exécuté selon sa forme et teneur.

Enfin, le 16 novembre 1662[11], un marché de maçonnerie est à nouveau exécuté, cette fois par Étienne Poupeau et Claude Briaud, maîtres maçons et tailleurs de pierre, pour bâtir sur la chambre des huissiers et le grand escalier du Palais, une chambre haute remplissant un espace vide vers les prisons. Ils reçoivent immédiatement la somme de 300lt sur les 600lt totalisant le marché de maçonnerie.

La façade du bâtiment sera du même alignement qu’est la chambre des huissiers qui sera élevée à la hauteur de la chambre du Conseil. Le corps du bâtiment sera élevé d’un demi parpaing[12] sur la rampe de l’escalier pour y faire passer les solives et planches. À l’endroit du premier plafond de l’escalier, il sera fait une élévation d’un pan de bois, briques et plâtre au-dessous de l’arceau qui porte la voute de l’escalier.

La porte sera élargie et faite dans la même proportion que celle qui entre au tambour de la chambre du Conseil et de l’audience sur laquelle, les entrepreneurs feront un écusson pareil à la porte du tambour.

Dessin annexé au marché de maçonnerie du 16 novembre 1662. (Source : AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2319)

Dessin annexé au marché de maçonnerie du 16 novembre 1662.
(Source : AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2319)

Le 26 avril 1660, Poupeau et Briaud reconnaissent avoir reçu la somme de 200lt sur les 300lt qui restent à payer. Les autres 100lt suivront…

La reconstruction du Palais de justice

Un peu plus d’un siècle et demi après la fondation du Palais royal, on décide de le remplacer. Cependant, tout ne disparaît pas car le remplacement porte surtout sur la façade, la nouvelle étant plaquée sur l’ensemble du bâtiment.

C’est le 22 décembre 1783 que sont mis en adjudication, en exécution de l’arrêt du conseil du 18 septembre précédant, les ouvrages nécessaires pour la reconstruction et agrandissement des palais et prisons de La Rochelle, sur les plans et devis dressés par M. Duchesne, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées de la généralité[13].

Le 12 novembre 1789, jour de sa rentrée solennelle, le Présidial y tient sa première audience.

L’édifice qui porte fièrement l’inscription Temple de la Justice, écrit le père Coutant[14], est une très heureuse combinaison du système des arcades et de l’ordonnance des pilastres corinthiens. L’architecture et la frise sont superbes et l’ensemble est un bel exemple du retour à l’antique, poursuit-il.

Le 24 décembre 1792, on adjuge les travaux pour enlever des armes et écussons qui existent au fronton de la colonnade du nouveau palais et qui « devaient disparaître comme les pouvoirs odieux dont ils retraçaient l’existence[15]. »

Les vacances du Présidial

On aurait peut-être tort d’accuser nos ancêtres d’esprit de chicane,

car ils laissaient à leurs magistrats d’assez longs loisirs.

J.-B.-E. Jourdan

Plaideur

Plaideur

La reprise des travaux du Présidial, le lendemain de la fête de Saint-Martin, s’effectue deux mois après ses grandes vacances. Grandes, parce qu’il y a aussi ses petites vacances : dix-sept jours du 21 décembre jusqu’au lendemain des Rois; puis dix-huit jours aux fêtes de Pâques (depuis le jeudi saint jusqu’au lendemain du dimanche après la Quasimodo); enfin vingt-cinq jours (de la fête de la Madeleine à celle de l’Assomption) pour permettre aux magistrats d’aller faire leurs moissons; sans compter une quarantaine de fêtes trop pieusement chômées. C’était bien près de la moitié de l’année !

Source : J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861, p. 149.

 


[1] Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 328.
[2] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice. 23 mai 1644.
[3] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice. 7 janvier 1645.
[4] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice. 29 novembre 1646.
[5] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de Justice. 19 février et 25 juin 1648.
[6] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice. 28 juillet 1649.
[7] Longue pièce de bois entaillée par endroits pour y mettre des soliveaux, ou creusée tout du long pour y faire tenir des planches, et en former une cloison.
[8] Chevron de croupe, qui tient aux arêtiers par le haut, et par le bas aux plates-formes.
[9] Pièce de bois qui sert aux couvertures des bâtiments, et sur laquelle portent les chevrons.
[10] AM17. DDARCHANC69. Travaux au Palais de justice. 23 et 29 décembre 1651.
[11] AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2319. 16 novembre 1662.
[12] Pierre ou moellon qui tient toute l’épaisseur d’un mur, et dont on voit une face de chaque côté du mur.
[13] J.B.E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861, p. 148.
[14] Père B. Coutant, La Rochelle, les rues Grosse Horloge, Chef-de-Ville, du Palais, Chaudrier, Admyrault, de l’Escale, Fromentin, St-Léonard, La Rochelle, s.é., cahier no 2, s.d., p. 23.
[15] M.A. de Quatrefages, La Rochelle et ses environs, La Rochelle, 1866, p. 161.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

1 réponse

  1. Vraiment intéressant! Merci!

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