Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

150 – Le Palais royal de La Rochelle au XVIIe siècle (1/2)

Bâti par Henri IV en 1604 et inauguré en 1614, reconstruit en 1781 et terminé en 1789, le Palais de justice (ancien Palais royal) est, au dire de l’historien Massiou, le plus beau monument d’architecture classique que possède La Rochelle.

Élévation du palais de justice au XVIIIe siècle. (Source : Inventaire topographique de la vieille ville de La Rochelle. 1990)

Élévation du palais de justice au XVIIIe siècle.
(Source : Inventaire topographique de la vieille ville de La Rochelle. 1990)

Après avoir considéré les événements qui ont mené à la construction, puis à l’incendie du Grand Temple (voir articles 64 et 65), à l’édification des première et seconde églises Saint-Barthelémy de La Rochelle (voir articles 139, 140 et 141), voici ceux entourant la construction du Palais royal (composé du Présidial et de la prison).

L’origine du Présidial

Aux premiers temps de la commune rochelaise, le maire et les échevins sont à peu près seuls nantis de tous les pouvoirs qui leur constituent droit de haute et basse justice sur leurs concitoyens[1]. À noter que chaque fois que le pouvoir royal institue une juridiction nouvelle en dehors de l’Échevinage (Mairie), celui-ci proteste énergiquement contre une mesure qu’il considère comme une atteinte portée à ses prérogatives, explique Émile Couneau.

En 1372, lorsque Charles V sépare l’Aunis de la Saintonge, il crée un tribunal de la Sénéchaussée à La Rochelle, qui doit connaître des causes criminelles. Le sénéchal, gouverneur de la province dont le siège est à Saintes, se déplace à certaines époques de l’année pour tenir ses assises à La Rochelle. Entouré de prud’hommes, il siège alors dans le château Vauclair et plus ordinairement sous un ormeau planté à la porte du château[2].

Le château Vauclair. Construit vers 1130, dès l’édification de la première enceinte. (Source : Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 2)

Le château Vauclair. Construit vers 1130, dès l’édification de la première enceinte.
(Source : Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 2)

Après avoir chassé les Anglais et rasé cette forteresse qui menace leurs libertés, les Rochelais font construire un nouvel édifice pour les audiences de la juridiction royale. On choisit un emplacement situé entre la rue Chaudrier et celle de la Juiverie (Admyrauld) qui, sans doute, appartient au roi puisqu’il est désigné sur un registre du XVe siècle sous le nom de Verger du Roy[3]. Cet ancien palais s’appelait l’Houstel ou l’Audytoire du Roy.

Au grand mécontentement du corps de ville, le présidial est créé par un édit du mois de mars 1551 et tient d’abord ses séances dans l’auditoire royal. Les jugements sont prononcés en dernier ressort que dans les causes inférieures à 250 livres, relevées à 2000 livres au fil des ans. Cette juridiction s’étend sur 87 paroisses autour de La Rochelle dont le nombre va diminuer avec l’érection du tribunal de Rochefort[4].

En souvenir de l’affection et du dévouement que lui ont toujours montré les Rochelais, Henri IV fait construire à ses frais un nouveau palais en 1604 sur l’emplacement de l’antique auditoire du roi[5] et du Palais de justice actuel. Cette partie de la rue Chaudrier prit naturellement la désignation de rue du Palais. Son inauguration a lieu le 9 juin 1614.

Grâce aux précieux dessins que l’ingénieur Claude Masse a laissés en 1718, il est possible d’imaginer à quoi pouvait ressembler ce magnifique bâtiment au XVIIe siècle.

L’hôtel du Présidial (dessin de Claude Masse) (Source : Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 319)

L’hôtel du Présidial (dessin de Claude Masse)
(Source : Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 319)

Architecture

La façade du Palais royal est moitié brique, moitié pierre. Le rez-de-chaussée, tout en pierre, comporte sept arcades formant porche, reposant sur des piliers dont les soubassements sont taillés en tête de diamant, écrit Émile Couneau[6]. Chacune d’elles sont séparées par des colonnes de style ionique. Au-dessus court une large plate-bande en brique. Six fenêtres, dont les montants sont en pierre de taille, s’ouvrent sur la rue du Palais. palais_panneau

Le panneau du milieu est occupé par un grand motif décoratif, au milieu duquel on voit, d’un côté les armes de France, et de l’autre les armes de Navarre. Deux statues servent de support à ce panneau central.

Au-dessous de ce grand panneau, on peut lire l’inscription suivante :

Du règne de Henri IVme du nom, roy de France et de Navarre,

cet édifice a été basty par Sa Magnificence. MDCIV.

Une corniche cintrée sert d’appui à deux statues dans la partie supérieure de ce motif principal : la Force et la Justice.

Façade et élévation du Palais royal (Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 61)

Façade et élévation du Palais royal
(Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 61)

L’espace entre chaque fenêtre est coupé par des colonnes corinthiennes à assises inégales, cadrant avec celles des montants des fenêtres. Enfin, un large bandeau, comme la frise du rez-de-chaussée, contient des pierres à facettes enchâssées dans la brique : à l’aplomb de chaque fenêtre, une large corniche à modillons forme le couronnement de l’édifice. Carcan au Palais royal de La Rochelle

Au-dessus de cette belle construction s’élève une haute toiture en ardoises, dont le faitage se termine, à chaque angle, par une grande fleur de lis dorée. À l’aplomb de la dernière fenêtre, côté sud, se trouve un élégant campanile, à six pans, recouvrant une horloge et sa cloche.

Entre chaque pilier du rez-de-chaussée est encastrée une chaîne terminée par un carcan, auquel sont attachés les gens condamnés à l’exposition publique. Livrés à la vue des passants, ces malheureux doivent supporter les railleries et les injures.

Visite de l’intérieur

Au rez-de-chaussée, les porches sont toujours visibles de nos jours. La porte d’entrée du Palais est au même endroit et donne accès au corridor actuel. À droite, c’est la salle de la police où s’assemble le peuple ainsi que le cabinet du greffe.

Plan du rez-de-chaussée du Palais royal (Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62b)

Plan du rez-de-chaussée du Palais royal
(Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62b)

Dans la cour, à gauche, se trouve le bureau de Messieurs les Élus et le parquet de Messieurs de l’Élection. Ce tribunal s’occupe de toutes les affaires concernant les tailles, les fermes royales, les octrois, etc. À côté, un petit escalier qui monte à la chambre criminelle, puis la salle des clercs et écrivains du greffe. Suit le cabinet du procureur du roi et à l’extrémité le Grand greffe (où sont les registres de la Ville) et, enfin, la chambre du concierge.

Plan du premier étage du Palais royal (Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62a)

Plan du premier étage du Palais royal
(Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 62a)

Du petit couloir voûté auquel mène le grand escalier, on pénètre en face dans la grande salle publique (aujourd’hui salle des Pas-Perdus).

De cette salle, on entre directement dans la salle ou chambre présidiale (salle d’audience) où la justice continue d’être rendue. On accède aussi à la chambre du Conseil où s’y trouve une belle cheminée en bois sculpté aux figures emblématiques. Un vaste corridor éclairé sur la cour mène à la chambre criminelle en passant par un escalier (pour descendre au greffe ou monter à la chambre batarde), les latrines et la chambre de la Question où l’on donne la torture. C’est dans la chambre criminelle que les magistrats prononcent souvent des condamnations à mort. Les condamnés, pour être conduits devant les juges, ou subir la torture, doivent passer par un petit escalier de pierre, démoli il y a quelques années pour l’agrandissement des archives.

C’est dans cette partie nord du Palais qu’est placée la chapelle du Présidial. À droite de l’autel, il y a la chambre des Traites, pour connaître des affaires concernant les fermes royales; à gauche, siège la chambre de l’Amirauté, chargée de juger les affaires maritimes.

De l’ancien Palais royal, selon Jourdan[7] , il reste encore quatre portes sculptées : deux sous la voûte d’entrée et deux autres au premier étage, dans l’espèce de vestibule qui précède le corridor de la chambre du Conseil. Elles ont les caractères de l’architecture du XVIIe siècle : fronton triangulaire brisé dont l’architrave repose sur des colonnes.

Porte du couloir de la salle des délibérations

Porte du couloir de la salle des délibérations au premier étage. Photographie de l’Album Cognacq, 1878.

Porte du passage longitudinal

Portes au sud et à l’est du passage longitudinal au premier étage du corps principal.

Source : Inventaire topographique de la vieille ville de La Rochelle. 1990.

Rentrée solennelle du Présidial

Le lendemain de la fête de Saint-Martin, le présidial inaugure la reprise de ses travaux par une messe du Saint-Esprit. Les magistrats ont leur prie-Dieu en dedans de la grille de la chapelle, les autres assistants se tiennent dans la Grande salle publique. Les membres du Tribunal se réunissent dans la chambre du Conseil avant de se rendre à la chapelle. Revêtus de la robe rouge, précédés des huissiers, ils viennent processionnellement occuper la place qui leur est désignée.

Rentrée solennelle du Présidial (eau forte).

Rentrée solennelle du Présidial (eau forte).

Après la cérémonie, le Tribunal revient dans la chambre du Conseil et là, dans l’ordre de sa dignité ou de sa réception, chacun prête serment, la main sur l’Évangile : de s’acquitter dignement et avec honneur des fonctions de sa charge. Ensuite, le greffier jure : de s’acquitter dignement de son emploi et de garder le secret de la Chambre.

L’audience solennelle s’ouvre alors. L’huissier annonce : la Cour, et les magistrats viennent occuper le siège qui leur est réservé; le procureur fait son discours d’entrée et requiert la Cour de recevoir le serment des avocats, procureurs, huissiers et sergents. Les avocats, appelés dans l’ordre de leur inscription au tableau, et les huissiers, jurent sur l’Évangile : de bien et fidèlement servir le roi, de garder et observer les ordonnances en ce qui concerne leur charge et de porter honneur et respect aux magistrats.

Enfin, après avoir condamné à l’amende les absents qui manquent à l’appel, le président déclare l’année judiciaire ouverte.

Source : Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 314.

 


[1] Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 315.
[2] M.A. de Quatrefages, La Rochelle et ses environs, La Rochelle, 1866, p. 165.
[3] J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861, p. 144.
[4] Émile Couneau, op. cit., p. 317.
[5] M.A. de Quatrefages, op. cit., p. 162.
[6] Émile Couneau, op. cit., p. 318-321.
[7] J.-B.-E. Jourdan, op. cit., p. 144.

Publicités

Catégories :HISTOIRE, La Rochelle

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s