Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

142 – Germain Cothonneau, marchand de La Rochelle, signe l’exhérédation de son fils aîné en 1651

La famille de Germain Cothonneau (1600-1658) est originaire de Saint-Martin-de-Ré. C’est peut-être dans cette île qu’il épouse Esther Boutault vers 1630. Six enfants vont naître de cette union : Abraham, Germain, Jacques, Jean, Esther et Michel.

En secondes noces, avec six enfants mineurs à sa charge, il épouse Louise Diserote[1] possiblement à La Rochelle car leur premier enfant y nait en 1648. De cette union vont naître six enfants : Germain, Isaac, Jacob, Louise (2) et Pierre.

Familles Cothonneau-Boutault et Cothonneau-Diserote. (Source : Collection Guy Perron)

Familles Cothonneau-Boutault et Cothonneau-Diserote.
(Source : Collection Guy Perron)

À La Rochelle, le marchand Germain Cothonneau fait de bonnes affaires. De plus, on le retrouve à quelques reprises devant le Présidial.

Comme tous bons parents, Germain et Louise doivent nourrir, entretenir et élever leurs enfants.

Au fil des ans, Germain Cothonneau fils reçoit un nombre infini de bienfaits « perpétuellement » acquis du paternel. Que ce soit dans la maison familiale ou en pays étrangers, il est entretenu aux frais de son père durant de longues années.

Germain père accepte « bien volontiers » de faire de telles dépenses pour le perfectionnement de son fils aîné, même si ça lui cause de « l’incommodité aux autres affaires » de sa famille.

Vers la fin de l’année 1651, Germain fils recherche les occasions de déplaire à son père notamment depuis son retour d’un voyage en Hollande. Se plaignant de cette situation, Germain père est obligé de lui faire « quelques corrections paternelles[2] ».

Furieux, vers les huit à neuf heures du soir en ce mercredi 20 décembre dans la maison familiale, Germain fils (19 ans) lève la main sur son père (51 ans) ! Il saisit son bras droit et le meurtri horriblement, et ensuite le frappe d’une pelle du foyer… qui lui cause une large contusion sur la poitrine.

Voulant secourir son époux, Louise s’écrie ! Et le fils de dire à sa belle-mère, en jurant et blasphémant, qu’il lui « couperait la gorge » !

Trois jours après ce « si noir attentat », Germain Cothonneau père se rend chez le notaire rochelais Vespasien Lefebvre et le requiert de rédiger son testament[3]. Testament s’il en est un, car aucunes dernières volontés énoncées, ni de nomination d’exécuteur testamentaire, ni de legs, ni de clauses d’inhumation …

Extrait. Testament de Germain Cothonneau, marchand de La rochelle. 23 décembre 1651. (Source : AD17. Notaire Vespasien Lefebvre. Registre 3 E 2167. 23 décembre 1651)

Extrait. Testament de Germain Cothonneau, marchand de La rochelle. 23 décembre 1651.
(Source : AD17. Notaire Vespasien Lefebvre. Registre 3 E 2167. 23 décembre 1651)

Ce testament illustre la foudre d’un père justement irrité contre son enfant et qui le déshérite pour le punir. Ce fils qui lui doit porter honneur et le remercier non seulement par le droit de naissance mais lui faire des reconnaissances toutes particulières et surtout, lui servir de support dans le déclin de ses jours.

Ayant violé « les droits les plus saints et sacrés », le fils Cothonneau s’est rendu ingrat et indigne tant des grâces qu’il a reçu du paternel que de celles qu’il en pouvait espérer.

Pour toutes ces causes, Germain Cothonneau père déclare ceci :

« Je l’exhérède et veut que pour jamais il demeure privé de la portion des biens que c’étant dans ladite exhérédation il eut peu prétendre en ma future succession. »

Et de cette portion de biens…

« Je fais don à mes autres dits enfants afin de les obliger d’autant plus au respect et obéissance qu’ils me doivent. »

CAUSES ADMISES POUR L’EXHÉRÉDATION DES ENFANTS
1 – Lorsque l’enfant a mis la main sur son père ou autre ascendant;
2 – Si l’enfant a fait quelque injure grave à son ascendant;
3 – Si l’enfant a formé quelque accusation ou action criminelle contre son père;
4 – Si l’enfant s’associe avec des gens qui mènent une mauvaise vie;
5 – Si l’enfant a attenté sur la vie de son père par poison ou autrement;
6 – Si l’enfant a commis un inceste avec sa mère;
7 – Si l’enfant s’est rendu dénonciateur de son père ou autre ascendant;
8 – Si l’enfant mâle a refusé de se porter caution pour délivrer son père de prison;
9 – Si l’enfant empêche l’ascendant de tester;
10 – Si le fils, contre la volonté de son père, s’est associé avec des mimes ou bateleurs et autres gens de théâtre;
11 – Si la fille mineure, que son père a voulu marier et doter convenablement, a refusé ce qu’on lui proposait pour mener une vie désordonnée;
12 – Si l’enfant néglige d’avoir soin de son père, mère, ou autres ascendants, devenus furieux;
13 – Si l’enfant néglige de racheter ses ascendants détenus prisonniers;
14 – Les ascendants orthodoxes peuvent déshériter leurs enfants et autres descendants qui sont hérétiques.
Source : Denis Diderot, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société de gens de lettres, chez les Sociétés typographiques, 1781, p. 538-539.

En 1656, Germain fils désire épouser Élizabeth Nombret, fille de feu Pierre Nombre, vivant marchand boulanger, et de Jeanne Desloges, de La Rochelle. Étant mineur (24 ans), il doit requérir le consentement[4] de son père… qui l’a exhérédé cinq ans plus tôt !

Selon les usages de l’époque[5], Germain fils doit suivre la procédure des sommations respectueuses. Ainsi, il présente une requête au juge, au domicile de ses parents, pour qu’il lui soit permis de faire des sommation respectueuses à Germain et Louise, ses père et belle-mère, pour consentir à son mariage qu’il se propose de contracter avec la demoiselle Nombret. En conséquence de la permission que le juge met au bas de la requête, Germain fils se transporte les 1er et 5 juin 1656, au domicile paternel avec le notaire Étienne Morry et témoins. De là, le notaire dresse un acte appelé « sommation respectueuse ».

Cinq ans plus tard, le fils est-il revenu dans les bonnes grâces du père ? On peut le croire.

Dans l’après-midi du 15 juillet 1656[6], le notaire rochelais Étienne Morry rédige le contrat de mariage Cothonneau-Nombret dans la maison de Jeanne Desloges, située près du canton de la Caille.

 1656_extrait_cm_cothgonneau_nombret
Savoir Led[it] Cothonneau proparlé par locthoritté dud[it] Cothonneau _
pere en vertu du consantement & octhoritté par Luy accordé _
par La Requisition Somma[ti]on & Interpellation quy luy ont _
este faictes a la Requeste dud[it] Cothonneau proparlé par _
mesme no[tai]re que ces presantes Les premier & Cinquiesme _
Jours des presans moys & an, Et Encore Icelluy dit _
Extrait. Contrat de mariage entre Germain Cothonnau fils et Élizabeth Nombret. 15 juillet 1656.
(Source : AD17. Notaire Étienne Morry. Registre 3 E 1372)

Dans ce contrat, il est mentionné qu’à la suite de réquisition, sommation et interpellation faites par le futur époux à son père, ce dernier lui a accordé son consentement par son autorité paternelle.

Deux ans plus tard, le 4 novembre 1658, Germain Cothonneau père est inhumé dans le cimetière protestant à La Rochelle à l’âge de 58 ans. Il laisse un patrimoine intéressant :

  • une petite maison (avec un four) située sur la rue Saint-Jean-du-Perrot vis-à-vis l’église Saint-Jean-du-Perrot;
  • une grande maison située sur la rue Saint-Jean-du-Perrot (aussi vis-à-vis l’église), comprenant une boutique, une chambre, une antichambre et un galetas regardant sur la rue; un chambre au-dessus de la salle et un galetas au-dessus regardant vers les deux cours, un cellier dans lequel il y a un coy[7] qui conduit l’eau à la mer et une pompe;
  • une maison située sur la rue de l’Escale (aujourd’hui Réaumur) avec une salle basse, une petite chambre haute au-dessus, deux galeries, un pigeonnier, une petite cave au-dessous, une grange, une petite écurie, deux jardins et un puit.

En 1662 et 1663, des transactions, des partages et un arrêt de comptes sont intervenus entre Louise Diserote et les enfants du premier lit de Germain Cothonneau « pour nourrir paix et amitiés » entre eux.

L’aîné de la famille n’y est plus, car il a été inhumé dans le cimetière protestant le 13 mai 1661 à l’âge de 29 ans. Son épouse, Élizabeth, le suivra le 18 décembre suivant, peu après le décès de deux de leurs quatre enfants : Élizabeth et Daniel (novembre 1661).

Descendance de Germain Cothonneau et d’Élizabeth Nombret. (Source : Collection Guy Perron)

Descendance de Germain Cothonneau et d’Élizabeth Nombret.
(Source : Collection Guy Perron)

Seul survivant de la famille Cothonneau-Nombret, Germain se marie le 7 septembre 1678 dans le temple de la Villeneuve à La Rochelle, avec Marie Billon, fille de Jean Billon et d’Anne Bruand. Ce couple va immigrer en Caroline du sud vers 1687. Avec leurs enfants Germain, Pierre et Esther, Germain (devenu Jérémie) et Marie font partie de la liste des Français et Suisses réfugiés en Caroline qui souhaitent d’être naturalisés Anglais[8]. Leur fils Pierre anglicisera son nom en Peter Cuttino.


[1] Fille d’Isaac Diserote et de Louise Hamelot.
[2] Le père a la garde, le gouvernement et un droit de correction modérée sur la personne de ses enfants pendant leur minorité. Édith Deleury et al. « De la puissance paternelle à l’autorité parentale : une institution en voie de trouver sa vraie finalité », dans Les Cahiers de droit, vol. 15, no 4, 1974, p. 803.
[3] AD17. Notaire Vespasien Lefebvre. Registre 3 E 2167. 23 décembre 1651.
[4] Le consentement du père était nécessaire jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de la majorité matrimoniale. Édith Deleury, op. cit., p. 804.
[5] Robert Joseph Pothier, Traités sur différentes matières de droit civil, J. De Bure père, 1773, p. 282.
[6] AD17. Notaire Étienne Morry. Registre 3 E 1372. 15 juillet 1656.
[7] Conduit couvert pour l’écoulement de l’égout des maisons.
[8] Daniel Ravenel, Liste Des Frânçois Et Suisses : From an Old Manuscript List of French ans Swiss Protestants, Settled in Charleston, ont the Santee, and at Orange Quarter, in Carolina, who Desired Naturalization, Prepared Probably about 1695-6, Wm. G. Mazyck, 1868, p. 25.

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Catégories :France, GÉNÉALOGIE, La Rochelle

1 réponse

  1. Réf. : « CAUSES ADMISES POUR L’EXHÉRÉDATION DES ENFANTS »
    Oh ! On ne riait pas à cette époque ! Je vais montrer ça à mes enfants – qui sont sensationnels avec moi – pour les faire rire un peu !

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