Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

141 – Les deux églises Saint-Barthelémy de La Rochelle (3/3)

« Il était une fois un clocher, qui avait perdu son église. La tour gothique tient le coup et assume très bien sa vie de célibataire. »

Le Petit Futé[1].

Le clocher de Saint-Barthelémy est le seul vestige qui a survécut à la démolition de son église par les protestants en 1568.

Achevé à la fin du XVe siècle[2], le clocher est de style gothique et accolé au chevet de la cathédrale Saint-Louis. cathedrale_saint_louis2

Tour Saint-Barthelémy (Source : J.-B.-E. Jourdan, La Rochelle historique et monumentale, La Rochelle, Rumeur des Âges, 1984, p. 97)

Tour Saint-Barthelémy
(Source : J.-B.-E. Jourdan, La Rochelle historique et monumentale, La Rochelle, Rumeur des Âges, 1984, p. 97)

Cet édifice quadrangulaire repose sur quatre contreforts carrés très-saillants placés aux quatre angles, explique M. D. Massiou[3]. « Chaque contrefort est terminé au sommet par un pignon triangulaire garni de crochets et couronné d’une statue de saint ou d’apôtre. Au-dessus des quatre contreforts règne un cordon en saillie qui partage l’édifice en deux étages[4]. »

Les étages inférieur et supérieur du clocher de Saint-Barthelémy
L’étage inférieur, construit dans un temps où la foi catholique guidait encore le ciseau de l’artiste[…] L’étage supérieur, né au commencement du schisme religieux. En bas, les figures sont pudiquement vêtues de longues tuniques et posées dans l’attitude de la méditation. C’est l’art chrétien dans toute sa chasteté. En haut apparaissent, pour la première fois, des figures nues dont la pose n’a rien de contemplatif, et qui montrent sans scrupule des formes que l’antiquité païenne avait déifiées, mais qui eussent effarouché la sévère austérité du moyen-âge. Et puis, ces figures immodestes sont demeurées debout sur leurs piédestaux, tandis que partout les chastes images des apôtres et des saints ont été arrachées de leurs niches, ou tout au moins décapitées par les iconoclastes du XVIe siècle.
M. D. Massiou, Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis, Paris, E. Panier, 1838, p. 169.
 feuille55
Élévation du clocher. Coupe de profil.
Source : Claude Masse, Recueil des plans de La Rochelle, La Rochelle, éditions Rupella, 1979, feuille 55.

Les faces est et sud de l’étage supérieur renferment chacune trois fenêtres, longues et étroites, se terminant par un trèfle encadré dans une ogive à lancettes, dont l’unique volute, décorée de fleurons et de crochets, repose sur deux colonnettes cylindriques très menues[5].

Détails du clocher. (Source : Iconoclasm Clocher Saint Barthelemy south side La Rochelle. Wikimedia Commons, la médiathèque libre)

Détails du clocher.
(Source : Iconoclasm Clocher Saint Barthelemy south side La Rochelle. Wikimedia Commons, la médiathèque libre)

Les deux fenêtres latérales sont murées et renfermaient des statues, les unes nues, les autres habillées, reposant sur des piédestaux prismatiques en forme de colonne : on voit encore une de ces figures à la façade de l’est. Les fenêtres du milieu sont ouvertes et coupées par trois auvents en ardoises. Une fenêtre semblable est pratiquée dans chacune des faces du nord et de l’est[6].

La décoration de l’édifice est constituée de statues, de gargouilles et de moulures à motifs floraux. Les hautes niches abritent encore une statue d’Ève, de Saint-Jacques et de Saint-Yves sur les contreforts. Plusieurs anges forment les consoles[7].

Partie supérieure du clocher de Saint-Barthelémy. 1989. (Source : Collection Guy Perron)

Partie supérieure du clocher de Saint-Barthelémy. 1989.
(Source : Collection Guy Perron)

L’édifice est couronné d’une plate-forme, autour de laquelle règne une balustrade formée de nervures prismatiques, encadrant les quatre-feuilles. Sur cette plate-forme repose une lanterne qui est inachevée et couverte d’un toit pyramidal obtus en ardoises[8]. « Mais à peine commençait-elle à poindre, qu’éclatèrent les dissidences religieuses : arrêtée brusquement dans sa marche ascensionnelle, elle est restée au point où le calvinisme la trouva[9].

L’horloge du clocher de Saint-Barthelémy est refaite aux frais de la ville au coût de 1 600 livres. Elle entre en fonction le 10 août 1702[10] ».

Le clocher renferme les trois cloches de la Cathédrale :

  • Marie-Ursule, fondue en 1816 ;
  • Louise, fondue en 1818 ;
  • Louise-Marie-Aimé, fondue en 1887.

 

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Couloir nord d’accès au clocher, au deuxième niveau. Escalier nord d’accès au deuxième niveau du clocher, vu depuis le haut. Balustrade du clocher.
Source : Inventaire général du patrimoine culturel. France. ADAGP. Auteurs photo : Alain Maulny et Christian Rome.

Faits historiques

Le 14 octobre 1628, pendant le Grand Siège, un boulet de canon est tirer du clocher de Saint-Barthelémy et vient frapper à leurs pieds Richelieu et Lord Lindsey, qui étaient en conférence au Fort-Louis. Ils ont été couverts de poussière[11] !

En octobre 1651, craignant d’être incommodé par le canon que l’on pourrait placer sur les clochers de Saint-Barthelémy et de Saint-Sauveur, du Daugnon en fait rompre les voûtes supérieures, les planchers et charpente et aussi les escaliers[12].

La cloche du Temple de la Villeneuve, qui sert depuis 1630 à convoquer le peuple pour les exercices des réformés, est vendue par les directeurs de l’hôpital général à la paroisse Saint-Barthelémy après la démolition du temple en 1685. Transportée dans le clocher de l’église, elle y resta jusque dans les derniers temps, où elle est refondue lorsqu’on modifia la sonnerie des cloches de la Cathédrale[13].

 


[1] Collectif, La Rochelle-Île de Ré 2012-2013, Paris, Les nouvelles Éditions de l’Université, collection « Le Petit Futé », 2012, p. 110.
[2] Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 243.
[3] M. D. Massiou, Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis, Paris, E. Pannier, 1838, p. 166.
[4] Loc. cit.
[5] M. A. de Quatrefages, La Rochelle et ses environs, La Rochelle, 1866, p. 218.
[6] M. D. Massiou, op. cit., p. 167.
[7] Cathédrale Saint-Louis de La Rochelle. Wikipédia.
[8] M. A. de Quatrefages, op. cit., p. 218.
[9] M. D. Massiou, op. cit., p. 170.
[10] J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861I, p. 284.
[11] J.-B.-E. Jourdan, op. cit., p. 383.
[12] J.-B.-E. Jourdan, op. cit., p. 376.
[13] Émile Couneau, op. cit., p. 309.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

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