Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

139 – Les deux églises Saint-Barthelémy de La Rochelle (1/3)

« Écrire l’histoire des églises de La Rochelle, alors que les monuments mêmes ont disparu, devient forcément une tâche difficile pour laquelle il n’existe que des textes épars enfouis dans les liasses d’archives. »

Émile Couneau[1]

Trois lieux de culte se sont succédé sur le terrain qu’occupe aujourd’hui la Cathédrale Saint-Louis (D) à La Rochelle[2] :

(Source : Collection Guy Perron)

(Source : Collection Guy Perron)

A – la première église Saint-Barthelémy (1152-1568);

B – le Grand Temple (culte protestant 1603-1628; culte catholique 1630-1686);

C – la seconde église Saint-Barthelémy (1668-1789).

Après avoir considéré les événements qui ont amené à la construction, puis à l’incendie du Grand Temple (voir articles 64 et 65), voici ceux entourant l’édification des première et seconde églises Saint-Barthelémy de La Rochelle.

Première église Saint-Barthelémy (1152-1568)

Au début du XIIe siècle, la population de La Rochelle augmente par le nombre d’étrangers venus de toutes parts s’y fixer. L’église Notre-Dame-de-Cougnes ne suffit plus aux fidèles. En 1152, Elbe de Mauléon et Geoffroy de Rochefort, représentants des droits d’Isambert de Châtelaillon, seigneurs de La Rochelle, font abandon d’un terrain qu’on appelait le champ de Guillaume de Syré, situé entre la porte du Petit-Comte (entrée ouest de la rue Aufrédy ou Porte Neuve) et le vieux port du château (place de Verdun), pour y édifier, sous l’invocation de saint Barthelémy, une seconde église dans l’enceinte même des nouvelles murailles de la ville[3].

L’entrée de l’église donnait sur la petite rue de l’Évêché (aujourd’hui rue Pernelle), face à l’hôpital Aufrédy.

L’entrée de l’église donnait sur la petite rue de l’Évêché (aujourd’hui rue Pernelle), face à l’hôpital Aufrédy.

Les moines de l’île d’Aix, fondateurs et patrons de Notre-Dame-de-Cougnes, se chargent de cette construction et confient à Pierre de Mougon, leur architecte, la direction des travaux. Malgré quelques entraves, l’église a pu être achevée. Elle est érigée en paroisse, en 1217, en même temps que l’église Saint-Sauveur, sa cadette.

C’est dans l’église Saint-Barthelémy qu’avait lieu, chaque année (jusqu’en 1568), le dimanche de la Quasimodo, l’élection des trois notables de la ville parmi lesquels le sénéchal de la province choisissait, au nom du roi, celui qui pendant un an devait être maire de La Rochelle[4].

Le 6 février 1558[5], un nommé David, aumônier du roi et de la reine de Navarre qui sont en visite à La Rochelle pour treize jours, est le premier à prêcher dans la chaire de Saint-Barthelémy en faveur de la religion réformée.

saint_barthelemy

Le chevet de la première église Saint-Barthelémy était orienté à l’est, de la rue de l’Évêché (aujourd’hui rue Pernelle) à la rue du Palais (aujourd’hui rue Chaudrier). En mortaise. Illustration de l’église dans un plan de La Rochelle (ca. 1620). Source : Extrait de la « Topographia Gallie de Caspar Merian ». Musée rochelais d’histoire protestante.

Le chevet de la première église Saint-Barthelémy était orienté à l’est, de la rue de l’Évêché (aujourd’hui rue Pernelle) à la rue du Palais (aujourd’hui rue Chaudrier).
En mortaise. Illustration de l’église dans un plan de La Rochelle (ca. 1620). (Source : Extrait de la « Topographia Gallie de Caspar Merian ». Musée rochelais d’histoire protestante)

Le nombre de protestants s’accroissant au fil du temps, les maisons des particuliers (ex.: Gargoulleau) et la salle Saint-Michel ne suffisent plus à les contenir pour leurs assemblées religieuses. On est à la recherche d’un lieu de culte plus vaste. Pour obvier à la situation, le gouverneur de La Rochelle, Jarnac, autorise les réformés à se servir des églises pour exercer leur culte.

À partir de 1560, la pratique du simultaneum permet aux catholiques et aux protestants de se partager les églises Saint-Barthelémy et Saint-Sauveur[6], sans aucune animosité… « quand les uns sortaient, les autres entraient[7] ».

Mais voilà, cette bonne entente ne dure pas ! En 1568, un coup d’état municipal entraîne la ruine du catholicisme rochelais… la ville se ralliant à la cause protestante. Il n’y a pas d’effusion de sang, mais les églises sont pillées par la populace et dépouillées de tous leurs biens[8].

Menacés par les armées du roi, et craignant de subir un siège, les Rochelais se mettent en état de défense. Il faut, au plus vite, substitué un nouveau mode de défense aux vieilles murailles du moyen-âge. C’est alors que les protestants vont démolir toutes les églises et les matériaux sont récupérés pour les fortifications. « Disparurent à tout jamais, écrit Couneau, tous les établissements religieux, monastères, couvents, sanctuaires, et ces merveilleuses églises […] avec leur portique de dentelle où s’abritaient les statues de saints aux figures naïves; leurs chevets ajourés; leurs hautes fenêtres gothiques, dont les verrières coloriées étaient enchâssées dans de légers meneaux de pierre; leurs toitures agrémentées d’ouvrages de ferronnerie courant sur la crête de leur faîtage[9]. »

Seuls les clochers de Saint-Barthelémy, de Saint-Sauveur, de Notre-Dame et du couvent de Sainte-Catherine sont conservées à des fins militaires, pour servir de tour d’observation, voire de plateforme pour canon[10].

Malheureusement, de la première église Saint-Barthelémy, il ne reste plus rien, si ce n’est peut-être quelques fûts de colonnettes, surmontées de chapiteaux bizarres et encastrés dans le pied du clocher[11].

Le serment du maire dans l'église Saint-Barthelémy. Le maire agenouillé, la main sur Les Évangiles, est Jean Mérichon en 1468. Racines Rochelaises (version coloriée).

Le serment du maire dans l’église Saint-Barthelémy.
Le maire agenouillé, la main sur Les Évangiles, est Jean Mérichon en 1468. Racines Rochelaises (version coloriée).

 


[1] Émile Couneau, La Rochelle disparue, La Rochelle, Masson & Cie, 1904, p. 235.
[2] M.A. de Quatrefages, La Rochelle et ses environs, La Rochelle, 1866, p. 214.
[3] J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861, p. 41.
[4] Émile Couneau, op. cit., 242.
[5] J.-B.-E. Jourdan, op. cit., p. 29.
[6] Collectif, La Rochelle, capitale atlantique, capitale huguenote, Paris, éditions du Patrimoine, 1998, p. 32.
[7] Louis Delmas, L’église réformée de La Rochelle. Étude historique, Toulouse, Société des livres religieux, 1870, p. 51.
[8] Marcel Delafosse et autres, Histoire de La Rochelle, Toulouse, Éditions Privat, « coll. Pays et villes de France », 1985, p. 89.
[9] Émile Couneau, op. cit., p. 236.
[10] J.-B.-E. Jourdan, op. cit., p. 33-34.
[11] Ibid., p. 42.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

1 réponse

  1. Merci de partager ces résultats de recherche si intéressants. Je vous lis avec beaucoup de satisfaction intellectuelle. Grâce à vous je peux mieux connaître le contexte de vie de mes ancêtres.

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