Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

134 – La maison-étude de Jean Langlois, notaire à La Rochelle au XVIIe siècle

Après avoir exposé les événements menant aux quatre mariages de Jean Langlois, analysons les lieux où il a vécu avec sa famille.

Signature de Jean Langlois, notaire royal. 1679.

Signature de Jean Langlois, notaire royal. 1679.

Il semble avoir pratiqué le notariat plus d’un demi-siècle, car il est déjà notaire en 1626 et est encore vivant en 1689 ! À l’instar de ses compatriotes notaires protestants (Jean Cherbonnier et Jean Savarit), ses minutes sont disparues.

C’est au plus tard le 25 décembre 1635 que la famille Langlois doit quitter une maison à location située sur la rue des Gentilshommes, car elle est vendue par ses propriétaires[1]. Elle fait partie d’un lot de quatre maisons qui appartiennent à la famille Guybert. Les autres locataires sont Jean Tesseau, tireur de laine, Jean Benoît (coin de rue) et la veuve de Jean Vidault (rue de la Grille). Ces maisons sont adossées à la maison de ville.

Emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois avant le 25 décembre 1635. Rue des Gentilshommes, La Rochelle. (Source : Google Street View)

Emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois avant le 25 décembre 1635. Rue des Gentilshommes, La Rochelle.
(Source : Google Street View)

Nous n’avons découvert aucun document attestant cette location de maison (A) par le notaire Langlois et depuis quand il y résidait. Quoiqu’il en soit, Jean Langlois doit se chercher une nouvelle maison.

Résidences de la famille Langlois. A : avant 1636. B : après 1636. (Source : Google Earth)

Résidences de la famille Langlois. A : avant 1636. B : après 1636.
(Source : Google Earth)

C’est juste de l’autre côté de la rue de la Ferté (B), à l’angle de la rue des Merciers, qu’il va la trouver pour y établir sa quatrième femme qui est sur le point d’accoucher.

Désirant en faire éventuellement sa demeure, Langlois préfère passer un bail de location en 1636 avec la propriétaire, Esther Cosmier, tant il y a des réparations urgentes et nécessaires à faire pour la rendre habitable[2] ! Sans ces réparations, il serait impossible à Langlois d’y demeurer « par le moyen des inconvénients qui pourraient arriver à lui ou à ceux de sa famille. »

Néanmoins, nous apprenons que cette maison comporte une boutique, une cave, une chambre haute, une petite chambre, une antichambre, une chambre devant, une chambre derrière et un galetas.

La liste des réparations à entreprendre démontre bien la vétusté des lieux depuis la boutique jusqu’au galetas :

  • boutique : porte qui donne sous les porches, coffres;
  • cave : escalier, porte sans serrure, verrou défait;
  • chambre haute : escalier, plancher, porte sans serrure ni verrou, colombage à griffonner, fenêtres sans fermetures et vitres du côté de la rue de la Ferté;
  • petite chambre : plancher, fermetures des fenêtres, châssis et vitres;
  • antichambre : « aucunement bonne »;
  • chambre devant : plancher, colombage à griffonner, fermetures des fenêtres, châssis et vitres;
  • chambre derrière : plancher, ajouter une porte au garde-robe, colombage à griffonner, fenêtre donnant jour et sans vitre;
  • galetas : à moitié sans plancher « il est dangereux de s’y casser un bras ou une jambe », lucarnes sans fermetures.

À la suite d’un jugement rendu par les juges de la police de La Rochelle, le 11 décembre 1638[3], Jean Langlois a trois mois (jusqu’au 11 mars 1639) pour faire faire ces réparations. C’est pourquoi, il fait appel à Jean Delavergne, maître maçon et tailleur de pierre, et Clément Sarrazin, maître charpentier de gros œuvre, pour visiter les lieux.

Le 5 février 1639[4], les experts constatent qu’il est nécessaire de démolir et refaire à neuf le pan de mur qui sépare la maison d’avec celle d’Urbain Parnageon. L’autre pan de mur, du côté d’Élizabeth Aubin, est à démolir car il est imbibé de l’eau qui provient des dalles qui y sortent. Sans de telles réparations, il est « du tout impossible que la maison puisse subsister qu’indubitablement tombera en totale ruine », écrit-on !1639. Marché Jean Langlois - Jean Delavergne

Trois jours plus tard[5], Langlois conclut un marché avec le maître maçon Delavergne. Ce dernier a jusqu’à la fin du mois de mars pour :

  • démolir et refaire à neuf le pan de mur qui fait la séparation avec la maison de Parnageon;
  • démolir les deux cheminées qui sont dans le pan de mur;
  • faire un arceau de pierre de taille au-dessous des porches;
  • enlever l’aiguière (lavabo) qui est dans le pan de mur du côté de Aubin;
  • etc.

Les travaux ont coûtés 120 livres, dont la moitié doit être payée par Parnageon étant donné que sa maison est mitoyenne avec celle de Langlois. Comme la date butoir exigée par la police est le 11 mars, Langlois exige par sommation la contribution de Parnageon qui tarde à payer sa part (60 livres)[6].

Une fois les réparations terminées, à la satisfaction probablement des procureurs de la police, le notaire Langlois est fin près pour acquérir la maison qu’il loue depuis trois ans et y installer son étude. Ainsi, le 10 mars 1639[7], Jean Langlois est à Marennes où demeure la propriétaire pour conclure des conditions d’achat devant le notaire Isaac Lambert.

Veuve de Pierre Arnaudin, vivant maître chirurgien de Marennes, Esther Cosmier « cède, transporte et arrente » à Jean Langlois : une maison à faîte et à planche, couverte d’ardoises, avec toutes ses appartenances de porches, issues, vues éclairées, agouts, égouts et communauté de murailles.

Emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois en 1636 (locataire), puis en 1639 (propriétaire). Rue des Merciers, La Rochelle. Les quatre maisons dans l’encadré rouge sont démolies en 1902.

Emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois en 1636 (locataire), puis en 1639 (propriétaire). Rue des Merciers, La Rochelle. Les quatre maisons dans l’encadré rouge sont démolies en 1902.

Cette maison est située :

  • sur la Grande Rue (rue des Merciers) et en fait l’un des coins;
  • d’un côté à la maison de la veuve et héritiers de feu Jacques Duvergier;
  • d’autre côté à la rue de la Ferté par laquelle l’on descend à la fontaine de Navarre;
  • du bout derrière à la maison d’Élizabeth Aubin, veuve de feu Pierre Samson;
  • les murs des maisons sont communs entre chacune d’elles.

À noter qu’une porte donne accès sur chaque artère (Grande Rue et rue de la Ferté).

Emplacement de la maison-étude de Jean Langlois (encadré rouge), démolie en 1902. Rue des Merciers, La Rochelle. (Source : www.mappy.com)

Emplacement de la maison-étude de Jean Langlois (encadré rouge), démolie en 1902. Rue des Merciers, La Rochelle.
(Source : http://www.mappy.com)

La maison de Jean Langlois n’existe plus aujourd’hui. Elle est démolie en 1902 avec trois autres maisons situées entre les rues Saint-Michel et le bureau de tabac : soit le numéro 2 de la rue des Merciers et les numéros 1, 3 et 5 de la rue de la Ferté[8].

L’acquisition de la maison est faite au prix de 50 livres de rente foncière annuelle ou la somme de 1 000 livres envers Esther Cosmier. Les autres charges sont de 20 sols de rente foncière annuelle envers la Commanderie du Temple de La Rochelle et les cens dus au roi. À cet effet, en 1641[9], il y a une quittance entre les Pères de l’Oratoire (pourquoi eux ?) et Langlois pour deux années d’arrérages de rente foncière, et une autre, en 1657[10], avec la Commanderie pour trois années de rente.

Extrait. Acte de vente d’Esther Cosmier à Jean Langlois. 10 mars 1639. (Source : AD17. Notaire Isaac Lambert. 3 E 20/199. 10 mars 1639)

Extrait. Acte de vente d’une maison d’Esther Cosmier à Jean Langlois. 10 mars 1639.
(Source : AD17. Notaire Isaac Lambert. 3 E 20/199)

Quelques années plus tard[11], le voisin de Langlois, Étienne Martin fait faire l’entretien et le nettoyage des garde-robes[12] qui se situent dans le mur mitoyen de leurs maisons. Mais voilà que les coûts sont plus élevés que prévus, car le tuyau est trop petit pour servir à deux familles de taille moyenne. Il semble que le tuyau de descente (ou de chute), qui sert à la maison de Langlois, est plus haut de 16 à 18 pieds que celui de Martin et ne peut supporter et contenir les immondices de telle sorte que le mur mitoyen pourrait s’endommager dans l’avenir.

Pour ce faire, à la demande de Martin, Langlois consent à apporter des corrections. Le tuyau de son garde-robe (lieu d’aisance) situé dans la chambre haute du second étage, qui descend avec le tuyau de Martin jusqu’au fonds des garde-robes communs, sera prolongé jusque dans sa cave. Il sera fait un arceau dans le mur commun pour faire descendre les immondices de son garde-robe jusque dans la voûte (fosse) dans laquelle des contrevents sont requis et nécessaires pour préserver le mur commun et ainsi empêcher la « communication des immondices » !

L’emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois vue de la fontaine de Navarre. Anciennement nommée « fontaine du carrefour de la Ferté », cette fontaine prend le nom de Navarre dans un acte 1594. Elle est rebâtie en 1670, puis démolie avec l’élargissement de la rue de la Ferté.

L’emplacement de la maison-étude du notaire Jean Langlois vue de la fontaine de Navarre. Anciennement nommée « fontaine du carrefour de la Ferté », cette fontaine prend le nom de Navarre dans un acte de 1594. Elle est rebâtie en 1670, puis démolie avec l’élargissement de la rue de la Ferté.

En 1650[13], le notaire Langlois est condamné à 5 sols d’amende par les procureurs de la police de La Rochelle pour ne pas avoir nettoyé son pavé et y avoir laissé des bourriers, contrevenant ainsi aux règlements municipaux. De plus, il a ouvert son étude un dimanche ! Quand ce n’est pas le jour de la fête des Rois[14] !

L’année suivante[15], le notaire est a nouveau condamné à trois livres d’amende si les barrières qu’il a fait mettre devant sa maison ne sont pas enlevées dans la semaine. N’appréciant guère cette décision, Jean Langlois est condamné à 10 livres d’amende pour l’irrévérence et l’insolence qu’il a démontrées après la prononciation du jugement. En 1661[16], il est encore condamné pour son manque de respect envers les juges de la police !

Le notaire Jean Langlois possède aussi une autre maison, sur la rue des Marionnettes (aujourd’hui des Mariettes), par laquelle on va de la rue Saint-Yon à la Grande Rue (rue des Merciers). Aucun document n’a été découvert à ce sujet, seul un marché d’entretien de la couverture de cette maison, en 1645[17], atteste ce patrimoine.

Comme on peut le constater, Jean Langlois nous a légué une belle trace de son existence familiale (quatre mariage, 14 enfants) et immobilière à défaut d’en connaître davantage sur sa pratique du notariat (minutes disparues).

Le notaire Langlois semble être encore vivant en 1689, car il figure comme propriétaire de sa maison située sur la Grande Rue dans le Papier terrier de la Commanderie magistrale du Temple de La Rochelle.

 Signalement de Jean Langlois. Papier terrier de la Commanderie du Temple. 1689.
Jean Langlois no[tai]re Royal En cette ville au lieu _
De ester Cosinier [sic] veuve De pierre arnaudin vivant maistre _
Chirurgien Demeurant A Marenne En xaintonge Pour _
RaiSon Dune maiSon à fete Et a planches sittuée En cette d[ite] _
Ville meSme Ruë & Parr[oisse], Confrontant &, Doit _
annuellem[en]t En chascune feste de noel a la Recepte _
De lad[ite] Commanderie vingt sols De Rente fontiere _
& perpetuelle cy                                       xx S[ols] de rente

Signalement de Jean Langlois comme débiteur de rentes foncières. Grande Rue, La Rochelle.

(Source : AM17. GG758. Papier terrier de la Commanderie du Temple. 1689)

 Cadastre de la maison de Jean Langlois dans le Papier terrier de la Commanderie du Temple. 1689.
Jean Langlois sa maiSon Confronte Du bout de devant vers Loccident a lad[ite] grande ruë _
Du bout de derriere vers Loriant a la maiSon de moize cherbonneau au lieu De marie Samson ve[uve] de _
Estienne martin du Coste du Septentrion a Celle Des herittiers de Jacq[ues] parnageon S[ieu]r Dutreuil _
Mesnard, & de lautre Coste vers Le midy a la ruë De l’a frette. _

Cadastre de la maison de Jean Langlois. Grande Rue, La Rochelle.

(Source : AM17. GG758. Papier terrier de la Commanderie du Temple. 1689)

 


[1] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3 E 1285, fol. 120r, 120v. 11 septembre 1635.
[2] AD17. Notaire Pierre Moreau. 3 E 59/209. 3 juin 1636.
[3] Le registre des audiences de la police de l’année 1638 se termine au mois de mai.
[4] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 284. 5 février 1639.
[5] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 1254. 8 février 1639.
[6] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 284. 15 février 1639.
[7] AD17. Notaire Isaac Lambert. 3 E 20/199. 10 mars 1639.
[8] Père B. Coutant, La Rochelle, au centre ville (deuxième partie), La Rochelle, s.é., cahier no 14, 1991, p. 119.
[9] AD17. Notaire Pierre Teuleron. 3 E 1291, fol. 57r. 22 avril 1641.
[10] AD17. Notaire Pierre Teuleron, 3 E 1298, fol. 158r. 7 février 1657.
[11] 11 AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 289. 9 janvier 1645.
[12] Lieu d’aisance. Habituellement, un siège (chaise percée) communique par un tuyau avec la fosse d’aisance qui sert de récipient.
[13] AM17. Audiences de la police. FFARCHANC30, fol. 92r. 13 avril 1650.
[14] AM17. Audiences de la police. FFARCHANC34, fol, 3v. 9 janvier 1655.
[15] AM17. Audiences de la police. FFARCHANC31, fol. 91v. 17 juin 1651.
[16] AM17. Audiences de la police. FFARCHANC39, fol. 198v. 7 décembre 1661.
[17] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 289. 7 mars 1645.

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Catégories :France, HISTOIRE, La Rochelle

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