Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

133 – Les engagés levés par François Peron et Michel Desorcis pour le Canada en 1659

Contrairement aux années passées, François Peron prépare l’expédition de ses deux navires (Le Petit-François, Le Taureau) non pas pour la Nouvelle-France, mais pour aller faire la pêche à la morue verte à Terre-Neuve.

Recrutement - Le blogue de Guy PerronEn 1659, à La Rochelle, les recruteurs habituels vers la Nouvelle-France ne sont presque plus les mêmes ! Outre les marchands rochelais Émanuel Leborgne, Michel Desorcis et François Peron, de nouveaux joueurs s’ajoutent : Jérôme Le Royer de La Dauversière, Jeanne Mance, Jacques Mousnier, Claude Robutel de Saint-André et Guillaume Vignal.

Comme en 1656, 1657 et 1658, François Peron rassemble en un rôle commun tous les engagés partant sur le même navire. Cette fois-ci, il est associé avec son procureur Michel Desorcis.

Même si le contenu de la liste de 1659 est sensiblement le même que celle de 1658, voyons ce que contient le « Roolle de Ceux Engagés pour canada À Peron & desorcis 1659»[1].

Rôle de ceux engagés pour le Canada à Peron et Desorcis 1659.

(graphie contemporaine)

Aujourd’hui vingt-septième de juin mille six cents cinquante-neuf et autres jours suivants, tous les ci-après nommés ont comparus par-devant moi Abel Cherbonnier, notaire royal en la ville et gouvernement de La Rochelle. Lesquels ont volontairement reconnu avoir demeuré d’accord avec François Peron et Michel Desorcis, marchands de cette dite ville, pour ce personnellement établis, stipulant et acceptant dès lors que lesdits Peron et Desorcis les requerront ou feront requérir s’embarquer en le navire Le Saint-André, du port de trois cents tonneaux ou environ, pour passer, sauf les fortunes de la mer[2] au lieu de Québec, pays de Canada, pour soit audit Québec que autres endroits dudit Canada demeurer au service, fidélité et obéissance soit dudit Desorcis qui passera comme eux audit Canada que autres selon qu’il leur sera prescrit par le rôle ci-après écrit pour travailler à tel travail qu’il leur sera ordonné pourvu qu’il soit civil et honnête le temps et cours de trois années prochaines, consécutives et sans intervalle qui commenceront du jour qu’ils mettront pied à terre audit Québec, ou aux autres endroits ci-après nommés, aux gages et salaires ci-après exprimés. Et encore à la charge qu’ils seront nourris durant lesdites trois années et qu’il ne leur sera rien demandé pour leur passage et dépense. Et à l’effet de ce que dessus sans y contrevenir à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Les parties ont obligé les unes aux autres tous leurs biens et droit raisons &. Fait à La Rochelle, étude du notaire, les jours et an susdits.

(Suivent les conditions de chaque engagé)

Ainsi, le 27 juin et jours suivants, les marchands Desorcis et Peron font venir les engagés qu’ils ont recruté dans l’étude du notaire Cherbonnier, sur la rue Château-Gaillard, pour convenir de leurs conditions d’engagement.Intitulé du rôle des engagés de 1659

Chaque engagé décline ses prénom et nom, son lieu d’origine, son âge et sa profession. Le notaire écrit le salaire annuel et l’avance qu’on lui accorde. Deux engagés signent.

Les deux premiers engagés s’enrôlent pour le compte de Michel Desorcis (Mathurin Regreny et Jacques Grimaux), les deux suivants par François Peron (Élie Charrier et Jean Mathieu). Enrôlé par Desorcis, Jean Brotier s’enregistre à la dernière minute, car son signalement est d’une graphie différente.

Ces engagés sont tenus de travailler pendant trois années à Québec, ou ailleurs, « à tel travail qui leur sera ordonné, pourvu qu’il soit civil et honnête ». Un seul, en présence de sa mère, Jean Brotier (18 ans), s’engage pour quatre ans, probablement à cause de son jeune âge.

Au total, 200 livres sont accordées en avance de salaire pour quatre engagés. De plus, pour éviter tout désistement éventuel, les engagés sont nourris jusqu’au jour de l’embarquement ! Peron semble avoir recruté ses deux engagés bien avant leur enrôlement puisque Charrier est nourri par lui depuis le 23 juin alors que Mathieu l’est depuis six semaines !

Les engagés seront nourris le temps de leur engagement (trois ans) et il ne leur sera demandé aucun frais pour leur passage et leur dépense (durant la traversée).

Élément intéressant, ce rôle mentionne le nom des personnes à qui les engagés seront tenus de travailler au Canada.

Extrait. « Roolle de Ceux Engagés pour canada À Peron & desorcis 1659» (Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 1128 (liasse Canada), fol. 118 (anciennement pièce 31. 27 juin 1659 et jours suivants)

Extrait. « Roolle de Ceux Engagés pour canada À Peron & desorcis 1659»
(Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 1128 (liasse Canada), fol. 118 (anciennement pièce 31). 27 juin 1659 et jours suivants.

Qui sont ces engagés de 1659 ?

Jean Brotier Jean Mathieu
Élie Charrier Mathurin Regreny
Jacques Grimaux
Tableau des engagés levés par François Peron et Michel Desorcis en 1659. (Source : Collection Guy Perron)

Tableau des engagés levés par François Peron et Michel Desorcis en 1659.
(Source : Collection Guy Perron)

Un engagé est originaire de l’Angoumois, 2 de l’Aunis et 2 du Poitou.

Origine des engagés levés par François Peron et Michel Desorcis en 1659. (Source : Collection Guy Perron)

Origine des engagés levés par François Peron et Michel Desorcis en 1659.
(Source : Collection Guy Perron)

Les engagés quittent La Rochelle le mercredi 2 juillet à bord du navire Le Saint-André (350 tx), propriété du marchand Jean Nezereau, à destination de Québec. Commandé par le capitaine Guillaume Poulet, le navire jette l’ancre devant Québec le dimanche 7 septembre suivant vers 19 heures, après une longue traversée de 67 jours. Vu l’heure avancée, le débarquement est remis au lendemain.

Que sont-ils devenus ?

Deux engagés (40 %) retournent en France dès leur engagement terminé ou peu après : Jean Brotier (1663) et Élie Charrier (1662).

Deux engagés (40 %) restent en Nouvelle-France, dont un a une descendance : Jacques Grimaux et Jean Mathieu.

Un engagé (10 %) décède peu de temps après son arrivée : Mathurin Regreny (1661).

À la suite du Traité de 1660[3], François Peron ne peut plus, en tant que marchand indépendant, envoyer des engagés, passagers ou marchandises à Québec.

Pour Peron, l’année 1659 marque la fin du recrutement d’engagés et l’expédition de ses navires pour le Canada. En quatre ans seulement, il a recruté 84 personnes (6 femmes et 78 hommes) qui quitteront La Rochelle à destination de Québec : 1655 (20), 1656 (31), 1657 (15), 1658 (16) et 1659 (2).

Marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur rochelais, François Peron s’intéresse désormais à une nouvelle destination : les îles de l’Amérique.

 


[1] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. 3 E 1128 (liasse Canada), fol. 118 (anciennement pièce 31). 27 juin 1659 et jours suivants.
[2] Perte ou dommage fortuitement occasionné à un navire ou à sa cargaison (ex. : guerre, naufrage, feu, etc).
[3] Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Fides, vol. III : La seigneurie des Cent-Associés, t. 1 : Les événements, 1979, p. 280-283.

Advertisements

Catégories :Canada, Engagés, GÉNÉALOGIE, La Rochelle, Québec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s