Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

132 – L’expédition de la flûte Le Saint-Vincent pour Terre-Neuve en 1663

En consultant les documents du greffe de l’Amirauté de La Rochelle, j’ai relevé 13 navires qui ont été expédiés pour la pêcherie du poisson vert ou du poisson sec en 1663.expédition_blogue

L’expédition de la flûte Le Saint-Vincent (300 tx), de La Rochelle, est le sujet du présent article.

Cette flûte est la propriété des marchands rochelais Pierre Allaire et Michel Lévesque en compagnie (2/3) et du marchand parisien Vincent Héron (1/3).

Selon l’enquête de 1664, ce bâtiment (nommé plus tard La Balle de papier) a été construit en 1644 en Hollande. La hauteur entre les deux ponts qu’il porte est de 3 à 3 ½ pieds. Il est armé de quatorze pièces de canon. Son usage est la pêche au poisson sec[1].

Les préparatifs

La flûte Le Saint-Vincent est avitaillée et munie de toutes les choses nécessaires pour la pêche du poisson en février 1663.

Pour payer les réparations effectuées sur le navire et son avitaillement, ainsi que des avances faites au maître et à son équipage, Allaire et Lévesque empruntent la somme de 1 600 livres, le 26 février[2], de Claude Gueston, conseiller du roi à Paris, trésorier de France en la généralité de Caen.

Le remboursement de la somme principale et les intérêts (23 %) devront être faits dans le mois après le retour du navire, à La Rochelle, à Gédéon Bion, David Briand et Paul Bion en compagnie. Ces derniers ont reçu une procuration de Gueston, le 7 novembre 1663[3], devant les notaires Guichard et Moufle à Paris.

L’équipage est composé de 47 hommes (dont 21 maîtres de chaloupe, 9 arimeurs et 9 garçons), sous la conduite du capitaine Isaïe Couturier. Ils sont :

– Jean Dullac, pilote, de La Tremblade;
– Pierre Soulleau, contremaître, de La Tremblade;
– François Rancieu, charpentier, de La Tremblade;
– Jean De Gaine, chirurgien;
– Élizée Pinochon, marinier, de La Tremblade;
– Ézéchiel Chevallier, de La Tremblade;
– Gourdon, de La Tremblade;
– Jacques Tobye, de La Tremblade;
– Lapance, de La Tremblade;
Les maîtres de chaloupe :
– Élie Guillant, de La Tremblade;
– Jacques Postret, de La Tremblade;
– Jacques Crox, de La Tremblade;
– Pierre Prunos, de La Tremblade;
– Jacques Pare, de La Tremblade;
– Étienne Mairble, de La Tremblade;
– Jacques Maistre, de La Tremblade;
– Jean Naudin, de La Tremblade;
– Jacques Vrignaud, de La Tremblade;
– Élie Coullandos, de La Tremblade;
– Jean Vignaud, de La Tremblade;
– Eleve Pargos, de La Tremblade;
– François Bounin, de La Tremblade;
– Jean Baudit, de La Tremblade;
– Michel Naudier, de La Tremblade;
– Jean Maurien, de La Tremblade;
– Isaac Giraud, de La Tremblade;
– Nicolas Petit, de La Tremblade;
– Élie Jardos, de La Tremblade;
– Pierre Tarnier, de Saint-Palais;
Les arimeurs :
– Élie Guille, de La Tremblade;
– Jean Fougeron, de La Tremblade;
– Abraham Voisin, d’Avallon;
– Élie Decous, d’Estolle (?);
– Étienne Reparon, de La Tremblade;
– Michel Depont, de Oumeau;
– Jean Rollan, de La Tremblade;
– Pierre Girandos, de La Tremblade;
– Pierre Drouillard, de La Tremblade;
Les garçons :
– Jean Couturier, de La Tremblade;
– Jean Vaicque, garçon;
– Boisson, garçon;
– Claue Los, garçon;
– Jean Bacle, garçon;
– Jean, de La Rochelle, garçon;
– Gasnier, de La fores, garçon;
– Pierre Naudin, garçon;
– Raymond Flis, garçon.
Rôle d’équipage de la flûte Le Saint-Vincent (300 tx) pour Terre-Neuve. 1663. (Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5664, fol. 204 (anciennement pièce 137)

Rôle d’équipage de la flûte Le Saint-Vincent (300 tx) pour Terre-Neuve. 1663.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5664, fol. 204 (anciennement pièce 137)

Le départ

La flotte de 1663 pour Terre-Neuve et la pêche est composée d’au moins 13 navires connus dont 11 partent de La Rochelle. Ils sont :

  • La Catherine (100 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Chaillé);
  • L’Eau courante (60 tx), de La Rochelle (capitaine André Perrotteau);
  • Le Jardin de Hollande (300 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Guillon de Leaubertière), frété par le roi;
  • Le Moulin d’Or (200 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Jamain);
  • La Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (200 tx), de La Rochelle (capitaine Jean Mogon);
  • La Paix (200 tx), de La Rochelle (capitaine Élie Sibron);
  • Le Philippe (160 tx), de La Rochelle (capitaine Pierre Gentet);
  • Le Phoenix (200 tx), de La Rochelle (capitaine Guillaume Heurtin);
  • Le Pierre (50 tx), de La Rochelle (capitaine Jacques Thomas);
  • La Sainte-Anne (80 tx), de Bayonne (capitaine Domingo Deheriac), frété par Fabrice Debruix et autres;
  • Le Saint-Jean, de Bordeaux;
  • Le Saint-Joseph (300 tx), de La Rochelle (capitaine Michel Camus);
  • Le Saint-Vincent (300 tx), de La Rochelle (capitaine Isaïe Couturier);

La flûte quitte La Rochelle le 7 mars et arrive le 16 avril « aux îles de Saint-Pierre en Terre-Neuve ».

Cap du Chapeau Rouge

Plan de la côte sud-est de Terre-Neuve avec Saint-Pierre-et-Miquelon. 1773. A : île de Saint-Pierre. B : Cap et montagne du Chapeau Rouge. En mortaise : Le cap et la montagne du Chapeau Rouge dans le havre de Saint-Laurent. (Source : Service hydrographique de la marine consacrée au sud de Terre-Neuve. http://gallica.bnf.fr)

Plan de la côte sud-est de Terre-Neuve avec Saint-Pierre-et-Miquelon. 1773. A : île de Saint-Pierre. B : Cap et montagne du Chapeau Rouge. En mortaise : Le cap et la montagne du Chapeau Rouge dans le havre de Saint-Laurent.
(Source : Service hydrographique de la marine consacrée au sud de Terre-Neuve. http://gallica.bnf.fr)

Le cap de Chapeau Rouge. (Source : www.nlgeotourism.com)

Le cap de Chapeau Rouge.
(Source : http://www.nlgeotourism.com)

L’équipage du Saint-Vincent travaille à la pêche jusqu’au 25 avril lorsque le mauvais temps surprend deux de leurs chaloupes qui venaient du havre de Saint-Laurent (ou Chapeau Rouge[4]). Les deux chaloupes « coulent à fond » avec trois hommes à bord chacune.

L’équipage perd un autre de ses hommes qui est emporté hors de sa chaloupe par un coup de mer.

Le retour

La flûte Le Saint-Vincent quitte Terre-Neuve le 28 septembre suivant. Elle arrive le vendredi 19 octobre dans la rade de L’Aiguillon où elle y demeure à cause de mauvais temps.

La flûte arrive à La Rochelle dans la nuit du dimanche au lundi, 22 octobre.

Trois jours plus tard, trois membres de l’équipage se présentent devant l’Amirauté de La Rochelle pour faire état des événements survenus pendant le voyage de pêche du Saint-Vincent.

Ainsi, Isaïe Couturier (capitaine), Ézéchiel Chevalier (maître de charrons) et Élizée Pinochon (maître valet) déclarent que la perte de sept hommes en mer est la cause qu’ils n’ont pu faire une « grande pêche » !

Extrait. Rapport de trois mariniers concernant le voyage de pêche de la flûte Le Saint-Vincent à Terre-Neuve. 25 octobre 1663. (Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5664, pièce 203)

Extrait. Rapport de trois mariniers concernant le voyage de pêche de la flûte Le Saint-Vincent à Terre-Neuve. 25 octobre 1663.
(Source : AD17. Fonds Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B5664, pièce 203)

Le 1er mars 1664, Bion, Briand et Bion en compagnie acquittent Allaire et Lévesque de l’obligation du 26 février 1663.

La pêche à la morue à Terre-Neuve

Au XVIIe siècle, les catholiques romains se privent de viande pendant plus de cinq mois par année. Le total annuel des jours où l’on interdit la consommation de viande dépasse les cent soixante. Le poisson devient alors, par goût ou par obligation, le mets principal des repas. La morue est, sans contredit, le poisson qui se prête le mieux à toutes les sauces et celui dont la conservation est la moins compliquée.

La morue, un poisson de la même famille que le merlan ou l’aiglefin, se trouve en abondance sur les Bancs, le long des côtes de Terre-Neuve et dans le golfe Saint-Laurent. Sur les différents marchés, la morue se présente de deux façons :

– Salée, elle porte le nom de morue verte (ou blanche). Sa pêche (dite errante) se fait sur les Bancs de Terre-Neuve;

– Salée et séchée, elle est connue comme de la morue sèche (ou merluche). Sa pêche (dite sédentaire) se fait le long des côtes et dans le golfe Saint-Laurent.

Source : Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Sillery, Éditions du Septentrion, tome 1 : Des origines à 1791, 1995, p. 73-74.

 


[1] Il est mentionné, dans l’enquête de 1664, que cette flûte a été achetée par Colbert du Terron. Elle peut servir qu’au négoce (commerce) et non à la guerre.
[2] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 307. 26 février 1663.
[3] Ibid.
[4] Le nom de Chapeau Rouge tient son origine d’un rocher appelé « Chapeau Rouge » et situé à l’ouest de l’entrée de la baie de Plaisance. Celui-ci ne laissait voir au-dessus de la mer que son extrémité (un peu comme un iceberg) et constituait un danger pour les navires qui risquaient de s’y fracasser.

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Catégories :Expéditions de navires, France, La Rochelle, Terre-Neuve

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