Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

128 – L’habitation de François Peron en 1664

Après avoir localisé l’emplacement de la maison de François Peron sur la rue Saint-Yon, à La Rochelle, rentrons à l’intérieur et imaginons l’habitat du marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur protestant.

Sous le porche, il n’y a probablement pas d’enseigne, le marchand Peron ne vend pas au détail. Les pavés sont frais lavés[1]. Au rez-de-chaussée, il y a sa boutique au devant et à l’arrière une chambre basse logeant sa servante. De l’autre côté, les deux corps de logis (devant et derrière). Le logis de devant pouvait servir aussi de comptoir de boutique, alors que celui de derrière devait être « l’habitation » de Peron.

À l’étage, une ou deux chambres hautes dont l’une devait être celle du maître. Notons que le marchand a toujours au moins deux personnes qui habitent avec lui : tantôt son fils Daniel, tantôt sa servante Françoise De La Barre, tantôt son facteur Daniel Bouffard, tantôt un apprenti.

Plan des propriétés acquises par François Peron en 1645 et 1656. (Source : Collection Guy Perron)

Plan des propriétés acquises par François Peron en 1645 et 1656.
(Source : Collection Guy Perron)


Pénétrons dans la maison et visitons les différents espaces. D’abord dans le logis de Peron où devait se situer la cuisine (logis B), nous apercevons une panoplie d’articles tant en étain fin qu’en airain rangés dans deux vaisseliers (un de bois avec deux planches et un de pierre) :

  • vaisselle et coutellerie : 30 assiettes, 24 plats (grands, moyens et petits), une écuelle à oreille, trois cuillères à pot;
  • accessoires de cuisine : une saucière, deux buies (vases), deux salières, une aiguière[2], un beurrier, un vinaigrier, un moutardier, un verjustier, une fontaine[3], deux bassins (grand et petit), deux seaux de bois à trois bandes d’airain et à un seau à baril ferré, une chaudière de cuivre montée pesant 110 livres avec son rouet, deux tours, 2 couveroles et 2 chevalets moyens, une émouchette (tue-mouches), un friquet (écumoire);
  • outils de mesure : un quart, une pinte de champs, une pinte de ville et une chopine grande mesure, un quart à mettre du sel;
  • outils pour la cuisson : trois poêlons (grand, moyen et petit), deux poêles à frire, six chaudrons (2 grands, 2 moyens et 2 petits);

Il y a aussi une table carré de noyer qui se rallonge en rond, une cassotte (boîte de rangement), un garde-manger et un grand buffet de Flandres dans lequel sont disposées 24 serviettes ouvrées, 24 serviettes pleines, 24 serviettes communes, six nappes (ouvrées et pleines), deux nappes fines ouvrées et six essuie mains de bassin ouvrés.

Dans la fenêtre de la cuisine, une tringle de fer supporte deux rideaux de toile à demi-usés.

Salle à manger Saintongeaise, poutres peintes sous Henri IV. (Source : Pierron (Europ) 2059, 1970-1991. Clr, 15x10)

Salle à manger Saintongeaise, poutres peintes sous Henri IV.
(Source : Pierron (Europ) 2059, 1970-1991. Clr, 15×10)

Prenons la lanterne de fer blanc et allons dans le logis A. Nous apercevons une grande carte du « monde général » montée, un fauteuil garni de cariset[4] à motif de feuilles mortes avec des franges de laine, deux petites tables rondes de bois de sap, une grande armoire de Hollande fermant à deux clés, un vieux bahut rond, un tapis de table carré de Bergame avec franges, un grand tablier de bois avec deux tiroirs, six chaises de bois de noyer façonnées à figure, deux chaises de cuir et six chaises de paille, un miroir commun et un tapis de table et un devant de cheminée de cariset à motif de feuilles mortes avec des franges de laine.

Accessoires de foyer. (Source : www.wikiwand.com)

Accessoires de foyer.
(Source : http://www.wikiwand.com)

Un foyer sert autant pour la cuisine que pour le logis avec un contre-foyer de fer de chaque côté. Il est muni de tous les outils nécessaires : une crémaillère, deux pelles, une tenaille, une pincette, une fourchette, un racloir d’airain, une broche et une brochette de fer, un garde-feu de fer (grille), deux landiers[5], une paire de landiers d’airain à motif de pomme avec la garniture de cheminée du garde-feu d’airain aussi à motif de pomme et une barrique couverte à mettre la cendre.

Dans la boutique, il y a un grand coffre double de bois de sap à double serrure, un grand banc foncé avec son dossier et couvert, un tablier de boutique et ses deux cordons, deux grands coffres de bois de chêne en forme de table qui ont chacun quatre coffres séparés, deux boîtes de bois de sap peintes, un grand fleau[6] d’Hollande montée sur deux bois, ses balances ferrées avec une chaîne de fer, une paire de balance d’Hollande d’airain, un poids de 12 livres, un poids de 6 livres, deux poids de 4 livres et une pelle de 8 livres, un tour pour rouler des étoffes, douze grands rideaux de toile verte et leurs tringles de fer contenant 40 aunes.

Dans la chambre basse, nous retrouvons un lit et son traversin, un grand châlit de bois de noyer avec son armature de fer foncé, un ciel de lit à pont de Bergame[7] avec des franges, une paillasse de toile, trois couvertes (une jaune, deux blanches) et deux couchettes de bois de noyer à pied bas.

Chaque pièce du rez-de-chaussée semble bien éclairée, car il y a deux grands chandeliers d’airain et deux autres à queue.

À l’étage, dans la chambre du maître, il y a un lit et son traversin, un ciel de lit à rideau de cariset à motif de feuilles mortes avec des franges de laine, un châlit de bois de noyer avec son armature de fer foncé, un matelas de laine avec son chevet, une couverte de Bergame à mettre sur le matelas, une couchette avec la fourrure du chevet de Bergame avec des franges, deux grandes tables de bois de sap, les pieds tournés, fait en « menuiserie », quatre portraits (4 saisons) et sept portraits de femmes enchâssés en bois et un assez grand miroir.

C’est peut-être aussi dans la chambre du maître que se trouvent une bible, un grand flasque et ses deux fers, un mousqueton, une bandoulière double, deux pistolets d’arçon et leurs fourreaux, une épée et son baudrier.

En 1656, François Peron avait fait l’acquisition d’un logis (C) et un masureau. Différents article s’y retrouvent : un lit et son traversin, deux grandes couvertes de laine (jaune et blanche), une grande boîte couverte de cuire de vache de roussy[8] avec sa base à la hauteur de ceinture à clous dorés et son tapis de Bergame, un bahut couvert de cuir de vache de roussy à clous dorés, six tabourets de bois de noyer couvert de Bergame, seize chaises de bois de noyer couvertes de Bergame, un tablier de bois de sap, un fauteuil de bois de noyer garni de Bergame.

De plus, une presse de bois de chêne pour presser les draps, une épincette[9] de fer, huit barriques vides, six demi-barriques vides, une charretée et demie de fagots et bûches, un boisseau de vin et un picotin marqué, six vieilles caisses (grandes et moyennes), huit vieux morceaux de bois de sap et chêne, vingt bûches de vieux gros bois propre à faire des meubles et 100 livres de vieilles ferrures.

1664-07-21 - Vente de meubles - François Peron - Blais Sicault - 5Totalisant la somme de 1 340 livres 15 sols, ces meubles et marchandises ci-dessus sont vendus à Blais Sicault, sieur de Gourville, marchand de La Rochelle, pour libérer François Peron en partie d’une dette de 1 500 livres (1 200 livres de capital et 300 livres d’intérêts) qu’il devait à Michel Fontaine, marchand d’Orléans[10].

Aussitôt le contrat de vente signé, Sicault délaisse à Peron tous les « meubles meublans ustancilles & autres choses » qu’il vient d’acheter et ce, pour les trois années suivantes à raison de 75 livres par année.

Le geste de son ami Blais Sicault devait être apprécié par François Peron qui connaît des difficultés financières à la suite de l’insuccès des voyages aux Antilles de ses navires Le Taureau et L’Aigle Blanc.

Extrait. Vente de meubles et marchandises par François Peron à Blais Sicault. 21 juillet 1664. (Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 308)

Extrait. Vente de meubles et marchandises par François Peron à Blais Sicault. 21 juillet 1664.
(Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 308)


[1] Le 24 avril 1660, les procureurs de la police de La Rochelle condamnent François Peron à 10 sols d’amende pour ne pas avoir nettoyé ses pavés contrevenant aux règlements et ordonnances de la police. AM17. Audiences de police. FFARCHANC38, fol. 43r.
[2] Sorte de vase dans lequel on met de l’eau pour servir à table.
[3] Vaisseau de cuivre ou de quelque autre métal, où l’on garde de l’eau dans les maisons.
[4] Serge de laine.
[5] Gros chenet de fer servant à la cuisine.
[6] Pièce oblongue, pivotant autour d’un axe horizontal, aux extrémités de laquelle sont suspendus les plateaux d’une balance.
[7] Sorte de tapisserie très commune et de peu de valeur.
[8] Cuire de Russie.
[9] Petites pinces dont on se sert pour épincer le drap.
[10] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 308. 21 juillet 1664.

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Catégories :Famille Peron - Perron, La Rochelle

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