Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

125 – Les quatre mariages de Jean Langlois, notaire rochelais méconnu

Jean Langlois est un notaire important à La Rochelle au 17e siècle. Il signe « J. Langloys ». À l’instar de ses compatriotes notaires protestants (Jean Cherbonnier et Jean Savarit), ses minutes ont disparu. Il semble avoir pratiqué le notariat au moins un demi-siècle, car il est déjà notaire en 1626 et est encore vivant en 1689 !

Signature de Jean Langlois

Signature de Jean Langlois

Fils de Jean Langlois, maître apothicaire, et d’Élizabeth Texier, Jean Langlois naît vers 1604 probablement à La Rochelle, car ses parents y résident.

Orphelin, il est pris en charge par son oncle et sa tante, ses curateurs : Élie de la Gaignerie, notaire royal, et Marie Texier. Le neveu imite l’oncle et se lance dans la pratique du notariat.

Au cours de mes recherches, ici et là, j’ai glané quelques documents émanant des archives notariales et judiciaires rochelaises attestant quelques faits et gestes du notaire Langlois.

Revivons les quatre mariages de Jean Langlois, notaire rochelais méconnu.

Premier mariage : Jean Langlois et Renée-Marie Joslain

Le mercredi 6 mai 1626[1], dans l’après-midi, le notaire royal Jean Langlois et quelques membres de sa famille se rendent sur la rue Saint-Nicolas où réside Renée-Marie Joslain, sa future épouse, fille de défunt Abraham Joslain, notaire royal, et de Marie Designy. La famille Joslain compte quelques notaires parmi ses membres.

Signature de Renée-Marie Joslain

Signature de Renée-Marie Joslain

Les parties ont demandé au notaire Jacques Cousseau de rédiger les conditions du mariage qui s’accomplira entre eux dans les « solennités de l’église réformée ».

Du côté du « préparlé », sont présents Élie de la Gaignerie, notaire royal, et Marie Texier, son épouse, ses oncle et tante; Jacques David et Philippe Prévost, marchand, ses cousins remués de germain paternels; Pierre Mathar, sieur de Saint-Mathurin, conseiller du roi, et Jacob Guibert, l’un des pairs de La Rochelle, ses cousins remués de germain maternels.

Du coté de la « mariée », sont présents Jean Joslain, notaire royal, son frère; Jean Joslain, notaire royal, son oncle; J. Guerry, notaire royal, et Jean Babin, maître chirurgien, ses cousins remués de germain.

En résumé, le contrat de mariage stipule :

  • que Jean et Renée-Marie seront communs en tous biens meubles et acquêts immeubles qu’ils feront et acquerront durant leur mariage;
  • que Jean promet de prendre Renée-Marie avec tous et chacun ses droits et biens meubles qu’elle a de présent et pourront lui appartenir par la suite;
  • qu’avenant le décès de Jean, Renée-Marie aura le choix de s’en tenir à la communauté ou d’y renoncer. Au premier cas, elle aura et prendra une moitié des biens communs; au second cas, elle répétera la somme qu’elle justifiera par acquit;
  • que Renée-Marie aura l’oclage[2] de la communauté du tiers en montant suivant l’usage de la ville, qui est de chacun 1 000lt à 1 500lt, dont Jean a fait don pour son oclage et gain de noces. Renée-Marie en sera payée par préférence à tous autres créanciers sur tous les biens de la communauté;
  • que Renée-Marie sera nourrie, logée et hébergée;
  • que Renée-Marie prendra pour son préciput toutes ses robes, bagues, joyaux et autres ornements de sa personne de quelque valeur qu’ils puissent être;
  • que pour la bonne amitié et affection qu’ils portent à Jean, leur neveu, Élie de la Gaignerie et Marie Texier, son épouse, l’acquitte de toute nourriture, pension, fournitures d’habits et dépenses faites pour lui depuis le temps de leur administration (curatelle) jusqu’à ce jour;
  • que, de son côté, Jean acquitte ses oncle et tante de toute reddition de comptes et renonce à tous les droits qu’il pourrait prétendre sur la terre et seigneurie du Treuil et ses appartenances;
  • que Jean n’est pas encore majeur de 25 ans.
Signatures apposées au bas du contrat de mariage entre Jean Langlois et Renée-Marie Joslain. 6 mai 1626. (Source : AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 67v. 6 mai 1626)

Signatures apposées au bas du contrat de mariage entre Jean Langlois et Renée-Marie Joslain. 6 mai 1626.
(Source : AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 67v. 6 mai 1626)

Le mariage Langlois-Joslain est assurément célébré dans un Temple protestant, mais l’enregistrement de cet événement n’a pas été retracé.

Le 30 novembre suivant[3], Jean déclare avoir reçu de Renée-Marie la somme de 400lt tant en meubles qu’en argent. La semaine suivante[4], Renée-Marie se rend chez le notaire Cousseau pour faire rédiger son testament. Ainsi, elle fait donation à son époux du tiers de son « domaine ancien tant paternel, maternel que collatéraux ». Langlois aura aussi l’option de jouir en totalité de ce domaine sa vie durant par forme d’usufruit.

Le lendemain du testament[5], malgré l’absence de son épouse, Jean Langlois cède à Louis Feron, laboureur de Mortagne-la-Vieille :

  • un masureau avec un pigeonnier, puit et jardin en arrière situés au bourg de Mortagne-la-Vieille; d’un bout au chemin qui va à Thairé et d’autre bout au jardin de la garenne de la ferme de Mortagne-la-Vieille;
  • un petit pré contenant un journal et demi[6], entouré de fossés, situé à Thairé.

Le 4 février 1630, en marge du contrat de mariage, maintenant âgé de 26 ans passé, Jean Langlois reconnaît avoir eu connaissance tant des recettes que dépenses dépendant de la gestion et administration de ses biens (curatelle). Ainsi, il acquitte sa tante, veuve de la Gaignerie, de l’état de compte et des pièces justificatives qu’elle lui présente.

De l’union Langlois – Joslain va naître une fille : Anne (1627). Cette union est de courte durée, car Renée-Marie décède peu après, probablement pendant le Grand Siège de 1627-1628.

Généalogie mixte. Jean Langlois et Renée-Marie Joslain. (Source : Collection Guy Perron)

Généalogie mixte. Jean Langlois et Renée-Marie Joslain.
(Source : Collection Guy Perron)

Deuxième mariage : Jean Langlois et Jeanne de Saint-Giron

Veuf, le notaire Langlois se remarie avec Jeanne de Saint-Giron, veuve de Pierre Guibert.

Tous deux passent leur contrat de mariage devant le notaire Jacques Cousseau dans la maison de la future épouse, dans l’après-midi du 4 août 1631[7]. Elle sera nourrie, logée et entretenue avec une servante aux dépens de leur communauté.

Signature de Jeanne de Saint-Giron

Signature de Jeanne de Saint-Giron

Il est spécifié que « d’autant [que] lors du mariage de ladite proparlée et dudit feu Guibert, son premier mari, est issu Pierre Guibert, âgé de vingt ans ou environ ». Elle promet à son fils la somme de 400lt, provenant des droits mobiliers sur son défunt père, lorsqu’il sera majeur ou se mariera.

Cet étrange mariage n’a pas été retracé dans les registres pastoraux rochelais. Nous croyons qu’il a été annulé, car Jean va se remarier quelques semaines plus tard !

La réponse à cette possible annulation viendrait de la sépulture de Jeanne de Saint-Giron, veuve de Pierre Guibert, décédée à l’âge de 84 ans, le 20 août 1670, et enterrée deux jours plus tard dans le cimetière protestant. Son fils Pierre assiste à l’enterrement de même que Jean Langlois, notaire royal, « son cousin ».

Acte de sépulture de Jeanne de Saint-Giron. 22 août 1670. (Source : AD17 en ligne. I 181-197. La Rochelle. Baptême. Mariages. Sépultures. 1668-1684. Temple de la Villeneuve. Vue 288/1493)

Acte de sépulture de Jeanne de Saint-Giron. 22 août 1670.
(Source : AD17 en ligne. I 181-197. La Rochelle. Baptême. Mariages. Sépultures. 1668-1684. Temple de la Villeneuve. Vue 288/1493)

Selon cette sépulture, Jeanne avait 45 ans lors du contrat de mariage, alors que Jean était âgé de 27 ans. Serait-ce un lien de « cousinage » ou la différence d’âge qui aurait causé l’annulation du mariage à la fin de l’été 1631? Cette sépulture nous apprend aussi que Jeanne ne s’est jamais remariée…

Généalogie mixte. Jean Langlois et Jeanne de Saint-Giron. (Source : Collection Guy Perron)

Généalogie mixte. Jean Langlois et Jeanne de Saint-Giron.
(Source : Collection Guy Perron)

Troisième mariage : Jean Langlois et Suzanne Bertin

Quelques semaines plus tard, il s’unit à Suzanne Bertin, fille du marchand rochelais Guillaume Bertin et d’Élizabeth Blanchard.

Signature de Suzanne Bertin

Signature de Suzanne Bertin

C’est encore le notaire Cousseau qui rédige les conditions du mariage, le 30 octobre 1631[8], dans la maison de la famille Bertin. Suzanne sera nourrie, logée et entretenue avec une servante aux dépens de la future communauté.

Le mariage est célébré le 30 décembre suivant dans le Temple de la Villeneuve.

Acte de mariage de Jean Langlois et de Suzanne Bertin. décembre 1631. (Source : Ad17 en ligne. I169. La Rochelle. Baptêmes. Mariages. Réceptions. Temple de la Villeneuve. 1630-1632. Vue 69/87)

Acte de mariage de Jean Langlois et de Suzanne Bertin. décembre 1631.
(Source : AD17 en ligne. I169. La Rochelle. Baptêmes. Mariages. Réceptions. Temple de la Villeneuve. 1630-1632. Vue 69/87)

Encore une fois, l’union est de courte durée (trois ans), car Suzanne meurt le 30 novembre 1634, soit un mois après la naissance de son troisième enfant ! Est-ce à la suite de l’accouchement ? Âgée de 26 ans, elle est enterrée dans le cimetière protestant.

De l’union Langlois – Bertin vont naître : Suzanne (1632), Marie (1633) et Jacques (1634).

Généalogie mixte. Jean Langlois et Suzanne Bertin. (Source : Collection Guy Perron)

Généalogie mixte. Jean Langlois et Suzanne Bertin.
(Source : Collection Guy Perron)

Quatrième mariage : Jean Langlois et Marthe Guilhen

En 1635, le notaire Langlois est à son quatrième mariage en moins de dix ans !

Contrairement aux trois premiers, le contrat de mariage de Jean Langlois et de Marthe Guilhen n’a pas été retracé. Considérant la date de naissance de leur premier enfant (janvier 1636), le mariage du nouveau couple se situerait dès les premiers mois de 1635.

Fille de Jean Guilhen, maître écrivain et instructeur de la jeunesse, et de Marie Collo, Marthe est baptisée le 17 janvier 1610 (née le 11) au Grand Temple de La Rochelle.

Acte de baptême de Marthe Guilhen. 17 janvier 1610. (Source : AD17 en ligne. I 159. La Rochelle. Baptêmes. Grand Temple. 1610-1622. Vue 5/169 )

Acte de baptême de Marthe Guilhen. 17 janvier 1610.
(Source : AD17 en ligne. I 159. La Rochelle. Baptêmes. Grand Temple. 1610-1622. Vue 5/169 )

Le 3 juin 1636[9], soit un an près son mariage, voulant y faire sa demeure et au désir du bail qui lui a été fait, Jean Langlois requiert la présence du notaire Pierre Moreau pour faire l’état des réparations à entreprendre d’une maison située au coin de la Grande rue (rue des Merciers) et de la rue de la Ferté. Ces réparations sont jugées très urgentes et nécessaires pour la rendre habitable. En 1639[10], comme les travaux n’ont pas été effectués… on procède à une autre visite des lieux à la demande des juges de la police de La Rochelle !

En fin de compte, des travaux sont entrepris, mais voilà que la maison de Langlois a de gros problèmes dans l’évacuation des immondices provenant de sa « garde-robe »[11]. Mais ça, c’est une autre histoire…

Du couple Langlois – Guilhen vont naître dix enfants (4 filles, 6 garçons) : Anonyme (1636), Anonyme (1638), Jean (1640), Pierre (1641), Louis (1644), Marthe (1645), Élizabeth (1647), Anonyme (1650), Daniel (1651) et Germain (1655).

Généalogie mixte. Jean Langlois et Marthe Guilhen. (Source : Collection Guy Perron)

Généalogie mixte. Jean Langlois et Marthe Guilhen.
(Source : Collection Guy Perron)

∞ ∞ ∞

Comme on peut le constater, il ne faut pas se limiter aux registres de l’état civil pour retracer un mariage. Sur les quatre mariages énoncés ci-haut, un seul figure dans les registres pastoraux rochelais.

Plus souvent qu’autrement, particulièrement chez les protestants, les actes notariés apportent des éléments filiatifs complémentaires, comme le contrat de mariage.

Les contrats de mariage de Jean Langlois nous apportent des données généalogiques très intéressantes sur les familles Joslain, de Saint-Giron, Bertin et Langlois de La Rochelle.

Extrait. Contrat de mariage entre Jean Langlois et Renée-Marie Joslain. 6 mai 1626. (Source : AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 67r. 6 mai 1626)

Extrait. Contrat de mariage entre Jean Langlois et Renée-Marie Joslain. 6 mai 1626.
(Source : AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 67r. 6 mai 1626)

 


[1] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 66v et 67. 6 mai 1626.
[2] Gain nuptial.
[3] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 66v et 67. 30 novembre 1626.
[4] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 110. 4 décembre 1626.
[5] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 223, fol. 112v et 113r. 5 décembre 1626.
[6] Mesure de terre qu’on peut labourer en un jour.
[7] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 226, fol. 108v et 119. 4 août 1631.
[8] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 226, fol. 163 et 164r. 30 octobre 1631.
[9] AD17. Notaire Pierre Moreau. Liasse 3 E 59/209, pièce 30. 3 juin 1636.
[10] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 284. 5 février 1639.
[11] Lieu d’aisance.

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Catégories :France, GÉNÉALOGIE, La Rochelle, Thairé d'Aunis

1 réponse

  1. La maison de Jean Langlois est située à l’angle des rues actuelles des Merciers et de la Grille. La rue de La Grille n’existait pas, il s’agissait d’une venelle très étroite fermée par une grille le soir. La Grande Rue allait donc jusqu’à la rue des Gentilshommes. A angle droit était la rue de La Ferté.
    Le père Coutant, dans ses cahiers, situe la maison du notaire Jean Langlois rue des Gentilshommes, adossée à l’Hôtel de ville et donnant sur la venelle.

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