Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

119 – Fallacieuse biographie de Louise Gargotin, fille du roi de 1663

Produit par la Société d’histoire des Filles du Roy, le coffret des célébrations 1663-2013 « Hommage aux Mères de la Nation » comprend deux DVD, un CD et un livret de 147 pages (incluant les biographies des Filles du Roy de 1663).

Historien de la famille Perron dit Suire, j’entreprends la lecture de cette nouvelle biographie attribuée à Louise Gargotin à la page 22 du livret. Premier jet de lecture pour le plaisir, second jet pour comprendre le texte et un dernier pour conclure… à une fallacieuse biographie de « Ma Mère de la Nation » !

(Source : Louise Gargotin dans « Hommages aux Mères de la Nation », SHFR, p. 22)

(Source : Louise Gargotin dans « Hommages aux Mères de la Nation », SHFR, p. 22)

Qui a écrit ce texte ? Difficile de le savoir puisqu’il s’agit d’un collectif de rédactrices !

Dans une conjecture inappropriée, l’auteure interprète les faits à sa manière de façon à victimiser faussement Louise Gargotin. À cet effet, elle utilise les termes misère, apitoyer, malheur, pétrin, pauvre famille, etc. pour illustrer arbitrairement le vécu de cette Fille du Roy. Sans compter les expressions « Je n’en peux plus! », « Mais qui voudra de nous », « Bien sûr que je t’en veux », etc. Ça n’a pas sa place dans un tel projet !

Cette biographie est fallacieuse pour ces raisons (voir pastilles ci-haut) :

1 FAUX ! Daniel Perron dit Suire est né le 25 novembre 1638 et décédé le 22 février 1678 à l’âge de 39 ans et 3 mois[1].

2 FAUX ! Louise ne s’est pas « retrouvée » avec six enfants sur les bras, mais cinq : Antoine, Marie, Marie-Madeleine, Jean et Anne. Un sixième enfant, François, est décédé à l’âge de cinq semaines en 1666.

3 FAUX ! À la mort de son époux, Louise ne s’est pas « retrouvée » avec des créanciers aux talons. La dette de la famille Perron s’élevait à 215 livres seulement[2]. L’auteure a omis de mentionner que Louise se réservait 800 livres de douaire préfix[3] alors que la moyenne à l’époque était de 300 livres !

4 FAUX ! L’acte de possession est bel et bien réglé. La terre de L’Ange-Gardien a été adjugée à Daniel Perron dit Suire en 1664 par jugement du Conseil souverain[4], puis en 1674 par sentence de la Prévôté de Québec[5].

5 FAUX ! L’auteure présuppose que les dettes du paternel incombent à son fils Daniel. Les créanciers « à la succession vacante de François Peron » disparaissent en 1675, puis reviennent, sans conséquence, en 1681, soit trois ans après le décès du fils[6].

6 FAUX ! Qualifié de « travaillant à L’Ange-Gardien[7] » pour le compte d’un particulier, Charles-Louis Alain s’établit sur la terre des Perron dès son mariage avec Louise.

7 FAUX ! La famille Perron a vécu sur la terre de L’Ange-Gardien de 1664 à 1707[8].

8 FAUX ! Les enfants Perron n’ont pas cherché à « déposséder » leur mère de la terre de leur père, car Louise a eu la jouissance de la moitié des héritages pendant toute sa vie[9].

9 Présomption superflue de l’auteure.

C’est un travail d’investigation qui manque de rigueur, de sérieux, une interprétation vicieuse de l’auteure. Pourtant, différents textes relatant les étapes de la vie de Louise sont disponibles sur le web :

  • Louise Gargotin (1637-1704), Fille du Roy en 1663
  • L’origine thairesienne de Louise Gargotin (1637-1704)
  • L’union de Louise Gargotin et de Daniel Perron dit Suire en février 1664
  • L’établissement de la famille Perron-Gargotin à L’Ange-Gardien
  • Le remariage de Louise Gargotin

Le scénario de l’auteure tend à démontrer que Daniel et les enfants Perron sont responsables du « malheur » de Louise eu égard aux faits réels. Aucune impartialité, un « chauvinisme » pratiqué dans un cadre dramatique donné à une Fille du Roy de 1663.

Comment la SHFR a-t-elle pu laisser publier ce torchon biographique si médisant et tissé de mensonges envers Daniel Perron et irrespectueux envers Louise Gargotin et sa descendance ?

 


[1] C’est François Peron, père de Daniel, qui est décédé à l’âge de 50 ans.
[2] BAnQ. Inventaire des biens de feu Daniel-François Perron dit Le Suire et Louise Gargotin. Notaire Paul Vachon. 9 février 1679.
[3] BAnQ. Contrat de mariage entre Daniel Suire et Louise Gargotin. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664.
[4] BAnQ. Jugements et délibérations du Conseil souverain, vol. 1, p. 157. 4 avril 1664.
[5] BAnQ. Registres de la Prévôté de Québec, vol. 7, fol. 21. 6 mars 1674.
[6] Guy Perron, François Peron (1615-1665), marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur de La Rochelle, Sainte-Julie, éditions du Subrécargue, 1998.
[7] BAnQ. Contrat de mariage entre Charles-Louis Alain et Louise Gargotin. Notaire Paul Vachon. 28 décembre 1678.
[8] Guy Perron, Daniel Perron dit Suire (1638-1678), une existence dans l’ombre du père, Laval, s. é., 1990.
[9] ASQ. Séminaire, 20 :7.

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Catégories :Canada, Filles du Roy, HISTOIRE, L'Ange-Gardien, LIEUX, Nouvelle-France

15 réponses

  1. Merci Guy de remettre les «pendules à l’heure». Je ne crois pas que Louise ait eu une vie si difficile avec Daniel qu’elle aimait certainement. À bientôt!

  2. Je me demande si c’est par ignorance ou intérêt que cette auteure raconte ces faussetés.

    Merci Guy, toujours très intéressant

  3. Ce n’est certainement pas moi ni toute autre personne, qu’elle soit historienne ou généalogiste généraliste, qui aurait pu déceler et corriger ces nombreuses erreurs dans le cas de cette biographie de Louise Gargotin (l’une des mes ancêtres également), mais bien, toi, Guy Perron, le spécialiste ultime des Perron et familles. Heureux que ce fut fait par toi. 🙂

    D’autre part, après cette lecture, je me demande maintenant combien d’autres textes tout aussi erronés y a-t-il dans cet ouvrage sur les Filles du Roy que j’ai acquis en toute bonne foi?!… 😦
    Dommage que les textes ne soient pas signés quand même… 😦

    On pourrait peut-être aussi mettre en cause le style littéraire adopté dans ces biographies, soit ce qui se rapproche du roman ou même du théâtre. Faudrait-il maintenant faire réviser ces biographies et probablement l’ensemble de l’ouvrage par des historiens et des généalogistes chevronnés?…

  4. Merci de rectifier le tir! Décevant de lire de tels calomnies. Bravo Guy.

  5. Merci Guy de rectifier de tels calomnies.

  6. Il est très important de vérifier les sources, présentement à l’écriture d’un roman historique, beaucoup de travail … on essaie autant que possible même si c’est un roman de rester fidèle à l’époque et aux personnages qui sont nommés .

  7. I read French very well but do not write it well.
    Two comments, in particular, that you make, Guy Perron, point out the general misunderstanding and ignorance of the terms of a marriage contract for women.

    3 FAUX ! À la mort de son époux, Louise ne s’est pas « retrouvée » avec des créanciers aux talons. À sa mort, la dette de la famille Perron s’élevait à 215 livres seulement[2]. L’auteure a omis de mentionner que Louise se réservait 800 livres de douaire préfix[3] alors que la moyenne à l’époque était de 300 livres !
    [3] BAnQ. Contrat de mariage entre Daniel Suire et Louise Gargotin. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664.

    8 FAUX ! Les enfants Perron n’ont pas cherché à « déposséder » leur mère de la terre de leur père, car Louise a eu la jouissance de la moitié des héritages pendant toute sa vie[9].
    [9] ASQ. Séminaire, 20 :7.

    I have written a description of The Marriage Contract under the Coutume de Paris for my readers who know only English.

    « Marriage Contract in New France according to La Coutume de Paris / The Custom of Paris, » on the left side of the page at the url below. There is also a translation of a marriage contract.

    http://habitantheritage.org/french-canadian_resources/french-canadian_culture_heritage_and_traditions

  8. Formidable ! Je vois que M. Thomas B. a fait des émules en terre québécoise. Tu as parfaitement réagi et bien disséqué le texte. Que de confusions entre le père et le fils. L’auteur a dû passer trop souvent sur l’allée et lire, comme je le fais 3 fois par jour, Peron 1615-1665 sans voir le prénom.

  9. Beau travail d’érudition.

  10. Bravo M. Perron ! Tout d’abord un immense Bravo pour cet article. Vous n’avez pas peur des mts et je vous en félicite.
    Depuis ma retraite, je m’intéresse à la généalogie. J’ai pour principe: si je n’ai pas de preuve directe (un acte, un contrat notarié, etc… ), je ne spécule pas. Combien d’erreurs retrouvons-nous dans des écrits historiques et/ou généalogiques… même dans des documents écrits par des auteurs connus. À titre d’exemple, le document traitant de l’arrivée des soldats de C-S et disponible au Château Ramesay, comporte beaucoup d’erreurs, sans compter une bibliographie on ne peut plus sommaire et qui fait en sorte qu’un chercheur ne peut consulter les sources, un travail définitivement bâclé… (Le Régiment de Carignan-Salières-Les Premières Troupes Françaises de la Nouvelle-France 1665-1668, publié aux Éditions Histoire Québec)

  11. merci de remettre les pendules a l,heure,les Perron sont mes ancêtres ainsi que Louise Gargottin

  12. BRAVO Guy ! ce texte qui a été écrit n’a rien de bien sérieux et c’est vraiment honteux de salir nos ancêtres par intérêt ! Merci beaucoup .

  13. Bonjour Daniel j’ ai par hasard arriver sur ton blog je te lis avec passion il me faut te dire que je fais encore de la peinture à 85 ans j’ ai une exposition le 23 avril à Sherbrooke merci pour tout
    Lina Perron

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