Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

89 – L’expédition du navire Le Louis pour le Canada en 1629

Au printemps de 1629, la Compagnie de la Nouvelle-France (ou Compagnie des Cent-Associés) expédie à destination de Québec une flotte de quatre navires, commandée par Charles Daniel. Ces navires sont : Le Grand Saint-André et La Marguerite (appartenant à Daniel), le petit navire des Jésuites et Le Louis.expédition_blogue

Les préparatifs

Le 20 janvier 1629, devant le notaire Gouin à Brouage, Jean Tuffet, marchand de Bordeaux et l’un des directeurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, signe un contrat d’affrètement avec le maître Vincent Bonnenfant, d’Olonne, pour l’envoi du navire Le Louis (50 tx), du Château d’Oléron, « au grand fleuve Saint-Laurent jusqu’au lieu de Québec »[1].

Pour connaître la suite des événements, il faut recourir au rapport de voyage que fait Jacques Mercereau (37 ans) devant l’Amirauté de La Rochelle le 14 novembre 1633 !

À la requête de François Doreil, marchand du Château d’Oléron et propriétaire du navire Le Louis, Mercereau raconte qu’il était contremaître du navire lors de son expédition en 1629 « pour aller en Canada Québec et Tadoussac l’une des trois habitations des Français de la Nouvelle-France ». Malheureusement, le rapport ne contient aucunes dates pouvant situer les événements dans le temps.

Extrait. Rapport de voyage du navire Le Louis pour la Nouvelle-France. 14 novembre 1633. (Source : AD17. Fonds de l’Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5654, fol. 127, anciennement pièce 70)

Extrait. Rapport de voyage du navire Le Louis pour la Nouvelle-France. 14 novembre 1633.
(Source : AD17. Fonds de l’Amirauté de La Rochelle. Documents du greffe. B 5654, fol. 127, anciennement pièce 70)

Le départ

Le navire Le Louis (50 tx) est chargé de farines, de vins, de chaudières, de couteaux et autres marchandises lorsqu’il quitte le Château d’Oléron.

Passant à la rade de La Palice, près de La Rochelle, le lendemain de son départ, le navire est arrêté par le commandement du sieur Razilly qui se prépare avec 10 ou 12 navires pour aller au Canada. Selon Marcel Trudel[2], la flotte des Cent-Associés, commandée par Charles Daniel, était parti de Dieppe, le 22 avril, pour rejoindre à La Rochelle la flotte principale que devait commander Razilly pour aller secourir Champlain à Québec. Le navire Le Louis devait-il se joindre aux trois autres navires de Dieppe ?

Dans son rapport, Mercereau expose qu’au bout de trois semaines, le navire Le Louis a la permission de Razilly de continuer sa route. Cependant, l’histoire raconte que la flotte des Cent-Associés a perdu 40 jours à attendre Razilly pour apprendre ensuite qu’il était envoyé au Maroc !

Le grand banc de Terre-Neuve. Nouvelle-France. Partie de l’Acadie. (Source : Extrait. Carte du grand banc et battures des côtes et île de Terre-Neuve. Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE SH 18 PF 128 DIV 4 P 4)

Le grand banc de Terre-Neuve. Nouvelle-France. Partie de l’Acadie.
(Source : Extrait. Carte du grand banc et battures des côtes et île de Terre-Neuve. Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE SH 18 PF 128 DIV 4 P 4)

Arrivé près du grand banc de Terre-Neuve, Le Louis rencontre un grand navire anglais qui fait la pêche. C’est là que le contremaître et les autres mariniers du navire apprennent « que l’habitation de Québec où ils avaient intention de porter leurs dites marchandises était entre les mains des Anglais qui en auraient chassé les Français ». En effet, les frères Kirke étaient arrivés à la Pointe-Lévy, le 19 juillet, avec trois navires. Le lendemain, ils prenaient possession de l’Habitation au nom de l’Angleterre[3].

Samuel de Champlain livre la ville de Québec aux frères Kirke, au mois de juillet 1629. (Source : Prise de Québec par les frères Kirke. Place Royale d’aujourd’hui à hier : https://www.mcq.org/place-royale)

Samuel de Champlain livre la ville de Québec aux frères Kirke, au mois de juillet 1629.
(Source : Prise de Québec par les frères Kirke. Place Royale d’aujourd’hui à hier : https://www.mcq.org/place-royale)

Malgré tout, le contremaître décide de continuer sa route jusqu’à la rivière Saint-Jean. Après y avoir navigué sur une distance de vingt lieues, Le Louis rencontre un navire français de 45 tonneaux, commandé par le capitaine Daniel Millebeau. Ce navire était lui-aussi frété par Jean Tuffet pour porter des victuailles et autres marchandises à Québec.

À bord de son navire, Mercereau consulte le frère Gilbert, jésuite, et trois pilotes normands pour savoir ce qu’il était bon de faire. Tous lui conseillent de rebrousser chemin et de s’en retourner en France. Avant son départ, Mercereau s’est rappelé que Tuffet lui avait dit de faire brûler le navire si jamais il tombait entre les mains des Anglais. Sur cet avis, le contremaître ordonne au pilote du navire Le Louis « de mettre à l’autre bord » et prendre la route de France.

Le retour

À 200 lieues du cap Finisterre, deux navires anglais attaquent Le Louis. Quelques Anglais y prennent une barrique de vin de Bordeaux et une vingtaine de paires de souliers. Le navire est relâché, reprend sa route et arrive au Château d’Oléron huit jours après. Aussitôt informé de son arrivée, Jean Tuffet demande à François Doreil de faire décharger le navire et de mettre les marchandises dans sa maison.

Enfin, Jacques Mercereau précise dans son rapport qu’il a toujours reconnu François Doreil comme bourgeois et avitailleur du navire Le Louis et que les membres de l’équipage ont tous été payés de leur salaire.

Une question demeure : pourquoi avoir requis le déposition du contremaître du navire Le Louis, devant l’Amirauté de La Rochelle, en 1633, soit quatre ans après son expédition de 1629 ?

 


[1] Marcel Delafosse. « Séjour de Champlain à Brouage en 1630 » dans RHAF, vol. IX, numéro 4, 1956, p. 572.
[2] Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Fides, vol. III : La seigneurie des Cent-Associés, t. I : Les événements, 1979, p. 43.
[3] Ibid., p. 40.

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Catégories :Acadie, Canada, Expéditions de navires, France, HISTOIRE, La Rochelle, Nouvelle-France, Québec, Terre-Neuve

1 réponse

  1. Bonjour
    je suis une descendante de Charles Daniel, et nous avons dans la famille des documents signés de sa main (je n’en n’ai que des copies), datant de décembre 1629, dans lesquels Charles raconte et décrit une bataille à Fort Royal, lors de laquelle il reprend le contrôle de cet ile (ilot?, presqu’ile?) aux anglais. Un autre texte, anglais celui-ci, relate cette bataille, vue sous un autre angle.

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