Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

79 – L’élection des inspecteurs tailleurs d’habits à La Rochelle en 1643

Comme bon nombre de métiers, celui de tailleurs d’habits est régie par une communauté (ou corporation) : elle rédige et adopte les règlements qui servent à organiser l’apprentissage, qui définissent le déroulement du travail, le temps de travail, la façon de travailler, etc.dessin_tailleur

Le tailleur d’habits est un artisan qui taille, coud, fait et vend des vêtements. À La Rochelle, il est associé au chaussetier.

Depuis des siècles, de génération en génération, chaque métier transmet les règlements en usage dans sa communauté. Même s’ils nous sont inconnus, les statuts et règlements de la communauté des tailleurs d’habits de La Rochelle devaient être calqués sur ceux des métiers et corporations de la ville de Paris (voir article 27).

Les maître tailleurs d’habits forme une aristocratie privilégie : seuls, ils ont le droit de tenir boutique, seuls, ils peuvent travailler à leur compte et instruire des apprentis, seuls ils ont voix à l’assemblée annuelle de la communauté et, seuls ils participent à son administration[1].

À chaque année, et à chaque installation de juges et magistrats de la police de La Rochelle, les maîtres tailleurs d’habits rochelais sont tenus de faire et prêter serment, les mains levées, de bien et fidèlement, loyalement et diligemment exercer leur métier de « tailleur d’habits et chaussetiers » sans y commettre aucun abus, fraude et malversations et ce, conformément à leurs statuts et règlements. Par la suite, ils procèdent entre eux à la manière accoutumée (i.e. élu à la pluralité des voix) à la nomination de quatre maîtres regardes du métier de tailleur d’habits et chaussetiers pour l’année en cours afin de gérer les affaires de la communauté qui compte 51 membres (1643).

de_a_coudreLes nominations des maîtres regardes (ou inspecteurs) de tous les corps de métiers rochelais sont enregistrées annuellement dans les registres de la police de La Rochelle, conservés aux archives municipales. C’est une source intarissable d’informations pour quiconque désire découvrir la vie professionnelle d’un ancêtre artisan (boucher, cordier, cordonnier, fourbisseur d’épée, pâtissier, teinturier, tonnelier, etc.) tant au niveau technique (réception, nomination) que juridique (procès).

En 1643, la nomination des maîtres regardes du métier de tailleur d’habits et chaussetiers de La Rochelle est particulière puisqu’on a retracé le procès-verbal d’élection, document justificatif qui ne figure pas dans les registres de la police.

Le 13 janvier 1643, 48 maîtres tailleurs d’habits et chaussetiers rochelais sont assemblés pour procéder à la nomination des quatre maîtres regardes (ou inspecteurs) pour l’année en cours. Assistent aussi à cette assemblée, le procureur général de la cour des salines[2] (au désir de l’arrêt de la Chambre souveraine des salines) et le notaire Jean  Michelon qui procède à la rédaction du procès-verbal d’élection (conservé dans la liasse 3E2318 du notaire).

Extrait. Procès-verbal d’élection des maîtres regardes du métier de tailleur d’habits et chaussetiers. 13 janvier 1643. (Source : Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2318)

Extrait. Procès-verbal d’élection des maîtres regardes du métier de tailleur d’habits et chaussetiers. 13 janvier 1643.
(Source : AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2318)

Matricule (liste) de tous les maîtres tailleurs d’habits et chaussetiers de La Rochelle

Assemblée annuelle du 13 janvier 1643

(français contemporain)

Pierre Boutault
malade Nicolas Mahault
Jean Hoppé
Ozée Belin
malade Guillaume Festy
Jean Regnaudeau
Paul Rigollet
Jean Caillé
Julien Febvre
Abraham Brodu
Jean Chopy
Nicolas Cautillon
Jean Chevalier
Jean Bélanger |
Georges Belin | | | | | |
Jean Bourasseau |
Simon Narp | | | | |
Noël Charrier |
Pierre Laurens | |
Joachim Durand
malade Simon Grindorge | |
Jean Dubois | |
Jean Hotier |
Guillaume Quil | | | | | | | | | | | | | | | 15
Pierre Buet | | | | | | |
Gilles Goducheau | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 21
Jacques Delaleu | | | | | | | |
Lucas Enfran | | | | | | | | |
Arnault Baston
Jean Ballan | | | | | | | | | |
Jean Marquet |
Jean de Cougnac | |
Pierre Gendru
Claude Guillemin | |
Jacques Marquart | |
Pierre Leurault
Jean Narp | | | |
Pierre Desouches | | | | | | | | | | | | | | 14
Charles Gaschet |
Antoine Billaud | | | | | | |
Jean Brizart
Nicolas Courtin | | | | | | | | | | |
Jacques Mothay | | | | | | | | | | | | | | 14
Gabriel Jouet | | | | | | | | | | | | |
Pierre Dupeyret
Michel Dalençon
Paul Godeau
Gilles Michel | | | | | | | | | | |
Mathurin Luneau |
Jacques Cosset |
Jean Rodaye |
(Source : AD17. Notaire Jean Michelon. Liasse 3 E 2318. 13 janvier 1643)

À la pluralité des voix, Guillaume Quil (15 voix), Gilles Goducheau (21 voix), Pierre Desouches (14 voix) et Jacques Mothay (14 voix) exerceront la charge de maître regardes (ou inspecteurs) du métier de tailleur d’habits et chaussetier pour l’année 1643 avec le même pouvoir que les autres maîtres regardes des années précédentes et « selon ce qui est porté par les statuts du dit métier ».ciseaux

Les quatre maîtres regardes nommés pour l’année en cours sont tenus de :

  • vaquer aux visites nécessaires tant des maisons, boutiques qu’ateliers;
  • rechercher les moyens d’éviter le tort causé au public par ignorance de coupe;
  • examiner le défaut du vêtement. S’il provient d’ignorance ou de négligence de sa part, le tailleur d’habit doit payer, en sus de l’amende, une indemnité à la personne;
  • etc.

Dans le procès-verbal d’élection, il est précisé que les deux plus anciens maîtres tailleurs d’habits et chaussetiers, ou autres selon leur absence ou maladie, et de quelque religion qu’ils soient, pourront visiter les quatre nouveaux maîtres regardes pendant l’année ! Cela confirme le rôle des anciens au sein de la communauté.


Relations avec la Nouvelle-France

Dans ce procès-verbal d’élection, deux maîtres tailleurs d’habits, présents à l’assemblée annuelle de 1643, ne se doutent guère que leur descendance essaimera… en Nouvelle-France !

Le 10 mai 1658, Charles Narp, fils de Simon Narp (ci-haut mentionné), tailleur d’habits, et de Jacquette Baron, s’engage auprès de Pierre Sadot et Henri Desmoulins. Ainsi, il promet de s’embarquer à bord du navire Le Prince Guillaume (200 tx) pour aller travailler à Québec pendant trois ans.

Simon Narp est-il apparenté avec Philibert Narp [dit Laplume], passager à bord du navire La Notre-Dame-des-Neiges à destination de l’Acadie en 1656 ?

Maître tailleur d’habits, Gilles Michel épouse à Niort (1644) Barbe Émard, fille de Jean Émard et Marie Bineau. De cette union va naître Étienne Michel [dit Olivier Michel dit Letardif en considération de son beau-père]. Veuve, Barbe Émard se remarie le 21 mai 1648 à La Rochelle (église Saint-Barthelémy) avec Olivier Letardif, commandant de navire, interprète, commis général de la Compagnie des Cents-Associés, puis commis de la Compagnie de la Nouvelle-France, etc.


[1] Armand  Rébillon, « Recherches sur les anciennes corporations ouvrières et marchandes de la ville de Rennes », dans Annales de Bretagne, tome 18, numéro 3, 1902,  p. 415.
[2] La cour souveraine des Salins du Ponant est établie à La Rochelle par un édit de décembre 1639 pour connaître des procès qui concernent le sel et les marais salants. Elle est supprimée par un édit du roi en septembre 1643.

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Catégories :France, La Rochelle

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