Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

73 – La mort de l’ancêtre Daniel Perron dit Suire (1638-1678)

En 1677, la terre de L’Ange-Gardien compte huit arpents en valeur : une partie labourée à la charrue, une autre partie de terres nettes à la pioche, une autre en prairie et nature de fauche et le reste est complanté en hauts bois et fardoches. Les bêtes sont rares sur la ferme : une vache à poil roux tachetée de blanc (âgée de six ans), une taure (génisse) à poil châtain (âgée de deux ans), quatre poules et un coq.

La famille Perron-Gargotin vit dans une petite maison et les bâtiments de ferme sont l’étable et un hangar. Comme bon nombre d’habitants, les membres de la famille mènent une vie simple et sobre, jouissant d’une sécurité relative sans jamais manquer du nécessaire. La famille est plus riche en bien-fonds que d’argent monnayé !

Quoiqu’il en soit, le mardi 22 février 1678, le train-train quotidien est bouleversé par un triste événement : le décès du paternel, Daniel Perron dit Suire, à l’âge de 39 ans et 3 mois ! Il laisse dans le deuil son épouse, Louise Gargotin, et ses enfants Antoine (13 ans), Marie (10 ans), Madeleine (7 ans), Jean (5 ans) et Anne (2 ans).

La sépulture de Daniel n’a pas été enregistrée dans les registres paroissiaux de la Nouvelle-France, voire ceux de la paroisse de L’Ange-Gardien. L’origine huguenote de Daniel expliquerait-elle ce manquement ?

Heureusement, la date de son décès nous est révélée dans son inventaire après décès !

Extrait. Inventaire après décès de défunt Daniel Perron dit Suire. 11 février 1679. (Source : BAnQ. Notaire Paul Vachon)

Extrait. Inventaire après décès de défunt Daniel Perron dit Suire. 11 février 1679.
(Source : BAnQ. Notaire Paul Vachon)

[…]
EnSeignements demeurés apres le _
deceds dudit defunct daniel francois _
perron Estant en une petite maison _
Scize & Située en la ditte paroisse _
de lange gardien Sur leur Concession _
ou le dit defunct perron Seroit decedé _
le vingt deuxiesme de febvrier mil _
Six Cent soixante & dix huict an dernier _
[…].

Intitulé de l’inventaire après décès. (Source : BAnQ. Notaire Paul Vachon)

Intitulé de l’inventaire après décès.
(Source : BAnQ. Notaire Paul Vachon)

Le 11 février 1679, à la requête de Louise, veuve de défunt « daniel françois perron dit le Suire », le notaire Paul Vachon entreprend l’inventaire et description des biens, meubles, deniers comptants, vaisselles, titres et enseignement demeurés après le décès du paternel[1].

À la lecture de cet inventaire, on constate que la famille n’est pas très fortunée :

  • les habits du défunt ont été rompus et employés pour vêtir les enfants mineurs;
  • les couvre-lits, lits et autres choses, le tout usé, ne sont pas mis en inventaire pour leur peu de valeur;
  • les bâtiments sont qualifiés de méchante maison, méchante étable et méchant hangar, le tout estimé à 40 livres.

De plus, on retrouve dans la maison :

  • une crémaillère;
  • une marmite;
  • un gril;
  • trois chaudières (une moyenne et deux petites);
  • un poêlon à queue, de cuivre jaune;
  • quatre livres de vieil étain;
  • deux terrines;
  • haches et houe;
  • une petite pince à tirer du clou avec deux terrines;
  • un van à vanner le grain;
  • un chandelier de cuivre;
  • une traîne sauvage;
  • deux sas (ou tamis);
  • un coffre;
  • deux vieilles huches;
  • trois gamelles de bois;
  • une vieille paire de raquettes;
  • une « méchante » armoire de planches, sans être embouvetée.

Peu avant l’inventaire, le 23 janvier 1679, un acte de tutelle confirme que Louise est élue tutrice aux personnes et biens des mineurs, et que Jacques Marette dit Lépine est élu subrogé tuteur. La veuve est avantagée de 800 livres de douaire préfix tel que stipulé dans son contrat de mariage avec Daniel.

Les dettes actives sont de 5 livres seulement (dues par Jacques Barbeau, son voisin) alors que les dettes passives s’élèvent à 214 livres 12 sols réparties entre dix créanciers :

  • à Claude Charron[2], sieur de la Barre : 100 livres
  • à Bertrand Chenay, sieur de la Garenne : 37 livres
  • à François Sauvin, sieur de la Rose : 47 livres
  • à Pierre Normand dit Labrière : 7 livres
  • à Guillaume Quercy : 2 livres
  • à la seigneurie de Beaupré : 6 livres
  • à René Letartre : 3 livres 15 sols
  • à Jean Mathieu : 8 livres
  • à Étienne Jacob, huissier priseur : 3 livres 17 sols
  • à Martin Prévost : deux minots et un boisseau de blé français

Daniel Perron dit Suire possédait dans un coffre deux documents importants :

  • un mémoire « du reçu de ce qui est dû à Perron lorsqu’il était facteur et agissant pour les affaires de feu monsieur Peron, son père, bourgeois marchand de La Rochelle ». Le mémoire n’est pas daté, mais signé seulement Daniel François Perron.
  • un mémoire sans seing, ni date, concernant les affaires que le défunt Perron a mises pour les affaires de défunt Peron de la somme de 216 livres.

Lorsqu’il se voit adjuger la terre de L’Ange-Gardien pour 1 000 livres, le 6 mars 1674, Daniel doit prétendre 200 livres (restantes des 1 200 livres qu’il réclamait) sur les autres effets de la succession de son père. Or, ce mémoire de 216 livres devait être la pièce maîtresse de Perron, mais il n’a jamais pu la faire valoir puisqu’elle n’a pas été déposée au greffe comme pièce justificative.

Né hors mariage, de foi calviniste et portant le patronyme de sa mère, Daniel a voué sa vie à la recherche d’un idéal : recouvrer son identité. Ses nombreuses comparutions devant les tribunaux de l’époque pour obtenir la succession vacante de François Peron, son père, en font foi.

Bercé d’illusions, Daniel Perron dit Suire a vécu une existence dans l’ombre du père.

 


[1] BAnQ. Notaire Paul Vachon. 11 février 1679.
[2] Les 100 livres dues à Claude Charron forment-elles le restant à payer du bail passé avec lui le 16 juin 1668 pour la location de deux vaches ? On peut le croire.

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Catégories :Famille Peron - Perron, GÉNÉALOGIE, Québec

2 réponses

  1. Chronique intéressante

    Bravo

  2. Fièrement, de par le sang de ma mère, Marie Bella Béatrice Perron, je suis de la lignée de Daniel Perron dit Suire, 1er ancêtre à être arrivé en Nouvelle-France en provenance de Larochelle en France. Puis-je vous glisser des photos et des dates que ma mère conservait méticuleusement?

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