Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

55 – Les engagés levés par Jacques Pichon et Josué Bettreau pour le Canada en 1657

À partir de 1655, à la place de la Compagnie de la Nouvelle-France, les enrôlements sont faits par plusieurs marchands rochelais qui ont obtenu permission de la Compagnie d’équiper un navire à leur compte pour Québec. Ils sont : Jacques Pépin, Arnaud Péré, Antoine Grignon, Pierre Gaigneur, Jacques Massé et François Peron. Ils y mènent vivres et marchandises, passagers et engagés[1].

Recrutement - Le blogue de Guy Perron

En 1657, deux nouveaux joueurs s’inscrivent sur l’échiquier des engagements : Jacques Pichon et Josué Bestreau, marchands de La Rochelle. À cet effet, ils forment une société, le 19 février 1657, avec une mise de fonds de 4 000 livres « pour trafiquer et négocier » à Québec[2].

Le jeudi 15 mars suivant[3], Pichon et Bestreau font venir les trois engagés qu’ils ont recruté dans l’étude du notaire protestant Abel Cherbonnier, sur la rue Château-Gaillard, pour convenir de leurs conditions d’engagement.

Voici le contrat-type d’engagement entre les engagistes (Jacques Pichon et Josué Bestreau) et l’engagé (homme de travail) en 1657.

Contrat-type d’engagement entre les engagistes (Jacques Pichon et Josué Bettreau) et l’engagé (homme de travail) en 1657.

(graphie contemporaine)

Personnellement établi [prénom, nom] natif de [localisation] en ce gouvernement âgé de [nombre] ans ou environ. Lequel a volontairement promis et promet à Jaques Pichon et Josué Bettreau, marchands demeurant en cette ville de La Rochelle, associés pour le voyage de Québec, pays de Canada. Pour ce, personnellement établi, stipulant et acceptant de passer avec eux audit Québec en le navire nommé La Vierge et là étant, demeurer à la direction, service, fidelité et obéissance desdits Pichon et Bestreau ou de tel autre qu’il leur plaira le temps de trois années prochaines et consécutives sans pouvoir pendant ledit temps s’engager à autre que de leur consentement. Commenceront lesdites trois années à courir du jour qu’ils mettront pied à terre audit Québec, moyennant qu’ils paieront en premier lieu son passage et nourriture allant audit Québec y étant sera nourri à leur dépens ledit temps et luy payeront chacun an pour ses gages [nombre] livres tournois à la fin de chacune année. Le nourriront jusqu’à ce qu’il s’embarque. Et si la coutume du pays est de payer le passage de son retour, le payeront. Lui ont avancé sur ses gages la somme de [nombre] livres. Et à ce que dessus entretenir sans y contrevenir à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Lesdites parties ont obligé respectivement tous leurs biens &. Et outre ledit [nom] sa personne à tenir prison &. Renonçant &. Promis et juré &. Jugé et condamné &. Fait à La Rochelle, étude dudit notaire après-midi, ce quinzième mars mil six cents cinquante-sept. Présents Jean barbot et Louis Ouvrard, clercs, demeurant en ladite Rochelle. Ledit [nom] a declaré ne savoir signer de ce requis.
(Suivent les conditions de chaque engagé)

Le premier « homme de travail » à s’engager est Jean Charon (16 ans), natif de Brouage. Il est suivi de François Maudet (20 ans), natif de Poléon (aujourd’hui Saint-Georges-du-Bois) puis de Jérôme Bilodeau (21 ans), natif  de Saint-Maixent.

Tableau des engagés levés par Jacques Pichon et Josué Bettreau en 1657. (Source : Collection Guy Perron)

Tableau des engagés levés par Jacques Pichon et Josué Bettreau en 1657.
(Source : Collection Guy Perron)

Il est à noter que ces engagés reçoivent un bien maigre salaire annuel, alors que la moyenne est de 75 livres par année avec une avance de 35 livres.

Les trois engagés promettent d’aller à Québec où ils doivent demeurer à la direction, service, fidélité et obéissance de leurs engagistes, ou autres, pour trois ans. Ces derniers s’embarquent aussi pour la colonie.

De plus, Pichon et Bestreau paieront à Charon, Maudet et Bilodeau leur passage et nourriture pour aller à Québec et là, ils seront nourris à leurs dépens le temps requis.

Le contrat d’engagement précise que si la coutume du pays est de payer le passage du retour des engagés en France, après leurs trois années, les engagistes le feront.

Promesse de ceux qui sont obligés pour le Canada à Jacques Pichon et Josué Bettreau. 15 mars 1657. (Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièces 88, 89 et 90).

Promesse de ceux qui sont obligés pour le Canada à Jacques Pichon et Josué Bettreau. 15 mars 1657.
(Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 88).

C’est ainsi que les engagistes (Jacques Pichon et Josué Bestreau) et les engagés (Jean Charon, François Maudet et Jérôme Bilodeau) s’embarquent à bord de la flûte La Vierge (150 tx), propriété de Fabien Marot, à destination de Québec. Ils arrivent dans la soirée du dimanche 27 mai 1657.

Que sont-ils devenus ?

CHAR(R)ON, Jean

(1635-     )

Fils du maître apothicaire Jacques Charron et de Guillemette Guillot, Jean Char(r)on est baptisé le 15 octobre 1635 dans l’église de Brouage (Saintonge). Il s’engage à 21 ans (et non 16), le 15 mars 1657, pour aller travailler durant trois ans à raison de 30 livres par an (avance de 19 livres 5 sols). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle à bord de La Vierge à destination de Québec où il arrive le 27 mai. Semble repartir pour de bon en France, en 1660, après ses trois années d’engagement.
 Contrat dd'engagement de Jean Charon
Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 88 (15 mars 1657).
 Acye de baptême de Jean Charon

Acte de baptême de Jean Char(r)on. 15 octobre 1635.

Source : AD17. Non coté. Brouage. Paroissial. Baptêmes. 1634-1644. Vue 13/126.

Note : Un acte de baptême d’un autre Jean Char(r)on a été retracé à Brouage, le 12 avril 1632, fils de Jean Char(r)on et d’Anne Foucher. (Source : AD17. Non coté. Brouage. Paroissial. Baptêmes. 1616-1634. Vue 195/242).

 

MAUDET, François

(1637-    )

Originaire de Poléon, commune de Saint-Georges-du-Bois, canton de Surgères (Aunis), il s’engage à 20 ans, le 15 mars 1657, pour aller travailler durant trois ans à raison de 40 livres par an (avance de 36 livres 5 sols). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle à bord de La Vierge à destination de Québec où il arrive le 27 mai. Confirmé le 3 février 1660 à Château-Richer. En 1667, à 27 ans, il est domestique de Michel Roullois à Château-Richer. Semble repartir pour de bon en France après 1667.
 ?Contrat d'engagement de François Maudet
Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 89 (15 mars 1657).
Note : Des recherches dans les registres des baptêmes de Saint-Georges-du-Bois ont confirmé la présence de deux à trois familles Maudet et de plusieurs baptêmes Maudet, mais aucun baptême au nom de François entre 1632 et 1642.

 

BILODEAU, Jérôme

(1636-    )

Fils de Jérôme Bilodeau et de Marie Grandillart, il est originaire de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Il s’engage à 21 ans, le 15 mars 1657, pour aller travailler durant trois ans à raison de 30 livres par an (avance de 41 livres 6 sols). Ne signe pas. Il quitte La Rochelle à bord de La Vierge à destination de Québec où il arrive le 27 mai. Il épouse dans la chapelle de Sillery, le 4 février 1664, Jeanne Repoche (fille du Roi en 1663), fille de François Repoche et de Marie Bernard, de La Rochelle (Sainte-Marguerite). En 1667, le couple a 4 arpents en valeur à la côte Sainte-Ignace (Sillery).
 Contrat d'engagement de Jérôme Bilodeau
Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 90 (15 mars 1657).
Note : Des recherches dans les registres des baptêmes de Saint-Maixent, entre 1633 et 1641, ont été vaines.

En 1657, les associés Jacques Pichon et Josué Bestreau en sont à leur seule et unique expérience dans l’enrôlement d’engagés.

Le 4 avril 1663[4], Josué Bestreau et son père Jacques règlent leurs comptes avec la veuve Pichon qui leur doit 4 006 livres alors qu’eux lui doivent 2 700 livres.

 


[1] Gabriel Debien, « Engagés pour le Canada au XVIIe siècle vus de La Rochelle », RHAF, vol. VI, no 2 (septembre 1952), p. 190.
[2] J. F. Bosher, Négociants et navires du commerce avec le Canada de 1660 à 1760 : dictionnaire biographique, Ottawa, Ministère des Approvisionnements et Services Canada, 1992, p. 44.
[3] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 1128, pièces 88, 89 et 98 (15 mars 1657).
[4] J. F. Bosher, op. cit.

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Catégories :Engagés, Filles du Roy, France, GÉNÉALOGIE, La Rochelle, Québec

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