Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

51 – Les engagés levés par François Peron pour le Canada en 1656

À La Rochelle, les engagements sont presque toujours individuels et il y a autant d’actes qu’il y a d’engagements[1] : c’est le cas pour la liste des engagés de 1655.

Recrutement - Le blogue de Guy PerronMais le notaire Cherbonnier fait exception pour les listes des engagés de François Peron des années 1656, 1657, 1658 et 1659. Il rassemble en un rôle commun tous les engagés partant sur le même navire. Malheureusement, le notaire n’a pas pris soin de mentionner le lieu d’origine de ceux qui partent en 1656.

Voyons l’accord et liste des engagés levés par François Peron pour le Canada en 1656[2].

Accord et liste de plusieurs obligés pour Canada 1656.

(graphie contemporaine)

Aujourd’hui onzième d’avril mille six cents cinquante-six, tous les ci-après nommés ont comparus par-devant Abel Cherbonnier, notaire royal en la ville et gouvernement de La Rochelle. Lesquels ont volontairement reconnu avoir demeuré d’accord avec François Peron, marchant de cette dite ville, pour ce personnellement établi, stipulant et acceptant dès lors que ledit Peron les requerra ou fera requérir de s’embarquer en le navire nommé Le Taureau audit Peron appartenant duquel est maître Élie Tadourneau pour passer, sauf les fortunes de la mer[3], au lieu de Québec, pays de Canada, pour soit audit Québec que autres endroits dudit Canada demeurer au service, fidélité et obéissance de ceux à qui celui qui aura les ordres dudit Peron leur ordonnera pour travailler ceux qui sont de métier de leur métier et eux et les autres qui ne savent de métier, à tel travail que bon semblera leur ordonner ceux à qui ils seront délaissés le temps et cours de trois années prochaines consécutives et sans intervalle qui commenceront du jour qu’ils mettront pied à terre audit Québec aux gages et salaires ci-après exprimés. Et encore à la charge qu’il leur sera fourni leur nourriture durant lesdites trois années et qu’il ne leur sera rien demandé pour leur passage et dépens; ce que ledit Peron leur a accordé. Et à l’effet de ce que dessus sans y contrevenir, ils ont obligé leurs biens présents et à venir et ont renoncé à toutes choses contraire à ces présentes. La teneur et effet desquels ils ont promis et juré tenir et garder inviolablement. Dont à ce faire, ils en ont de leurs consentement été jugés et condamnés par ledit notaire ô dues soubmissions. Fait à La Rochelle, étude du notaire, le jour et an susdit.

(Suivent les conditions de chaque engagé)

Le mardi 11 avril, le marchand-engagiste Peron fait venir les 31 engagés qu’il a recrutés dans l’étude du notaire Cherbonnier, sur la rue Château-Gaillard, pour convenir de leurs conditions d’engagement.

On ne sait pas dans quel ordre le notaire rédige les conditions individuelles des engagés. Ces derniers se présentent-ils ensemble, ou à divers moments dans la journée, pour prendre connaissance des conditions ? Et signer (si possible) leur contrat d’engagement qui leur permettra d’aller travailler « au lieu de Québec, pays de Canada » pendant trois ans.

Le premier sur la liste est un journalier de 40 ans, François Yvon. Il décline son prénom et nom, sa profession et son âge. Le notaire écrit le salaire annuel et l’avance qu’on lui accorde. Après avoir signé, c’est au tour du cordonnier, Charles Achapt, et ainsi de suite…

Les 31 engagés sont assurés qu’ils seront nourris le temps de leur engagement (trois ans) et qu’il ne leur sera demandé aucun frais pour leur passage et dépens (durant la traversée).

Accord et liste de plusieurs obligés pour Canada. 11 avril 1656. (Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 14.

Accord et liste de plusieurs obligés pour Canada. 11 avril 1656.
(Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 14).

Qui sont les engagés de 1656 ? Ce sont des émigrants qui s’engagent généralement pour trois ans (d’où leur nom de « trente-six mois ») au service d’un colon, d’une communauté ou société. Si en 1655 les engagés savent pour qui ils vont travailler, ce n’est pas le cas pour ceux de 1656. Le notaire précise qu’ils demeureront au service, fidélité et obéissance des employeurs à qui le représentant de Peron à Québec (Jean Gitton) leur ordonnera de travailler : ceux de métier de leur métier et ceux sans métier à tel travail que l’employeur jugera bon leur commander.

Ce même Jean Gitton aura pour tâche de se faire rembourser à Québec, au nom de Peron, les 1090 livres avancées en salaire aux engagés de l’année.

Ces 31 engagés sont :

Charles Achapt Louis Martineau
Antoine Boutelaud Pierre Mesnard
Jean Chaperon Jean Millet
Pierre Clément Nicolas Millet
Guillaume Combret Simon Mineau
Mathieu Dousset Jean Nadeau
Jean Fleurand Jean Panie
Jean Forgerat André Peuplat
Jacques Grassiot Jean Rabouin
Guillaume et Simon Grenet, cousins Denis Renbault
Louis Guérineau André Terrien
Jean Lafaurest Jacques Trut
Jean Laurent René Vien
Jacques Marchant Michel Vincent
Joachim Martin François Yvon
Tableau des engagés levés par François Peron en 1656. (Source : Collection Guy Perron)

Tableau des engagés levés par François Peron en 1656.
(Source : Collection Guy Perron)

Origine des engagés levés par François Peron en 1656. (Source : Collection Guy Perron)

Origine des engagés levés par François Peron en 1656.
(Source : Collection Guy Perron)

Même si le notaire a omis d’écrire le lieu d’origine de ces engagés, il nous est possible de les connaître, pour seize d’entre eux, grâce aux archives québécoises.

Neuf engagés sont originaires de l’Aunis, 1 de l’Angoumois, 1 de la Guyenne, 1 de la Normandie, 3 du Poitou et 1 de la Saintonge.

Aussi, sur les 31 engagés, cinq savent signer (16 %).

Les engagés quittent la rade de Saint-Martin-de-Ré le dimanche 30 avril à bord de la flûte Le Taureau (150 tx), propriété de François Peron (3/4) et d’Élie Tadourneau (1/4), à destination de Québec.

Que sont-ils devenus ?

Treize engagés retournent en France dès leur engagement terminé ou peu après : Achapt (1662), Boutelaud (1659), Combret (1659), Forgerat (1659), Grenet, G. (1663), Lafaurest (1659), Laurent (banni en 1657), Mineau (1660), Nadeau (1659), Panie (1659), Renbault (1660), Terrien (1669) et Vincent (1665).

Quinze engagés restent en Nouvelle-France, dont quelques-uns ont une descendance : Chaperon, Clément, Fleurand, Grassiot, Guérineau, Marchant, Martin, Martineau, Mesnard, Millet, N., Peuplat, Rabouin, Trut, Vien et Yvon.

Trois engagés décèdent peu de temps après leur arrivée : Dousset (1657), Grenet, S. (1660) et Millet, J. (1661).

 


[1] Gabriel Debien, « Engagés pour le Canada au XVIIe siècle vus de La Rochelle », RHAF, vol. VI, no 2 (septembre 1952), p. 216.
[2] AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 1128, pièce 14 (11 avril 1656).
[3] Perte ou dommage fortuitement occasionné à un navire ou à sa cargaison (ex. : guerre, naufrage, feu, etc.).

Publicités

Catégories :Engagés, Famille Peron - Perron, France, GÉNÉALOGIE, La Rochelle, Québec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s