Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

50 – Hommage à Mademoiselle Suzanne Bonniot

Pour souligner le 50ième article de ce blogue, je désire rendre hommage à une personne qui, pendant neuf ans, a occupé une grande place dans ma quête du savoir et du comprendre… de la famille Peron de La Rochelle au XVIIième siècle : Mademoiselle Suzanne Bonniot.

Seule et unique rencontre entre Suzanne Bonniot et Guy Perron. La Rochelle. 6 octobre 1990. (Source : Collection Guy Perron)

Seule et unique rencontre entre Suzanne Bonniot et Guy Perron. La Rochelle. 6 octobre 1990.
(Source : Collection Guy Perron)

C’était en juin 1981. Comme une bouteille à la mer, j’avais expédié une demande de recherches au Temple protestant de La Rochelle.

C’est Mademoiselle Olga de Saint-Affrique, une sommité de l’histoire du protestantisme rochelais, qui a donné suite à ma lettre. Le 21 octobre suivant, Mlle Bonniot m’écrivait :

Mlle de Saint-Affrique m’a bien transmis votre demande du 22 juin dernier, confirmée par votre lettre du 2 septembre et vous voudrez bien m’excuser d’y répondre aujourd’hui seulement. Comme vous le supposiez, les recherches nécessaires pour retrouver les actes concernant vos ancêtres sont longues et compliquées, malgré les renseignements[1] que vous avez pu me donner : à certaines époques, les protestants rochelais ont eu trois lieux de cultes simultanés et les registres de baptêmes, mariages et sépultures sont le plus souvent dépourvus de tables.
Extrait. Lettre de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 21 octobre 1981.
(Source : Collection Guy Perron)

Retraitée, Mlle Bonniot a été bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de La Rochelle. Cette profession l’a amenée à faire beaucoup de recherches historiques ou généalogiques pour de multiples correspondants désirant obtenir des renseignements sur la ville de La Rochelle ou sur leurs ancêtres.

À ce moment-là, Mlle Bonniot ne se doutait guère qu’elle entreprenait une correspondance outre-mer de neuf années avec un descendant passionné et curieux de ses origines rochelaises !

Avant tout, elle me mettait en garde sur les aléas de la recherche aux archives :

Mai 1982 La plupart [des minutes de notaires] sont conservées aux Archives départementales, mais le dépôt n’en est pas obligatoire : certaines se sont perdues, d’autres sont restées dans les études et les successeurs des notaires d’autrefois ne les ont pas toujours gardées avec soin. Aucun index n’existe pour faciliter les recherches et il faut se reporter aux documents originaux pour retrouver les actes. Les registres ont quelquefois (et quelquefois seulement) des tables sommaires, qui n’existent jamais pour les liasses où les pièces doivent être examinées une à une.  
Extrait. Lettre de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 10 mai 1982.
(Source : Collection Guy Perron)

À plusieurs reprises, au fil des ans, Mlle Bonniot a cru que cette correspondance pourrait tirer à sa fin. Ce n’était pas connaître le généalogiste, l’historien de famille qui sommeillait en moi !

Voici le fil de quelques échanges en ce sens :

Décembre 1981 J’espère que ce travail vous donnera les satisfactions que vous en attendiez : j’ai trouvé moi-même beaucoup d’intérêt à le mener à bien, mais j’ai dû y passer beaucoup de temps, à cause du recours indispensable aux documents originaux, souvent mal classés ou de lecture difficile.
Juin 1982 Je reprends point par point votre lettre pour essayer de répondre à vos questions sans en oublier aucune. […] Mais vous possédez […] des précisions que j’ignore : voyez-vous là quelques indices qui me mettraient sur la voie de nouvelles recherches ?
Juillet 1982 Vous avez en mains à peu près tout ce qu’on peut espérer trouver ici sur votre famille. Il reste encore des points obscurs, mais le dossier, en définitive, est bien fourni.
Février 1983 Je ne demande pas mieux que de continuer à travailler pour vous si vous le désirez, mais j’ai scrupule à vous entraîner dans des recherches vaines et onéreuses. […] Mais, encore une fois, je suis toute prête à repartir en chasse si vous pouvez m’indiquer une nouvelle piste !
Octobre 1984 Je crains d’ailleurs d’avoir à peu près épuisé les sources d’information rochelaises.
Février 1985 Ne croyez pas que je sois lasse de travailler sur les Peron. […] Mais si vous êtes d’accord pour continuer dans ces conditions, continuons !
Janvier 1986 Je ne vois pas trop de quel côté pourront s’orienter de nouvelles recherches, je suis prête à travailler encore pour vous selon vos directives.
Juillet 1986 Comme vous, je pense que nous touchons maintenant au bout des recherches qui nous ont tant occupés depuis bientôt cinq ans. Cette constatation n’exclut pas la possibilité de quelques découvertes encore, mais le temps des dépouillements systématiques me semble clos.
Octobre 1986 Je rends surtout hommage à votre remarquable ténacité, qui m’a plus d’une fois poussée en avant alors que je pensais n’avoir plus rien à découvrir.
Août 1987 Pour ce qui est d’éventuelles recherches futures et malgré le regret que j’aurai à quitter François Peron, je crois qu’il n’y a vraiment plus grand’chose à espérer de nouveau. Cette fois, nous avons vraiment fait le tour de tous les documents susceptibles de nous renseigner.
Août 1988 J’admire votre ténacité, toujours en quête de documents nouveaux sur vos ancêtres.
Mai 1989 Je suis très heureuse de voir le parti que vous avez tiré des découvertes que j’ai faites, poussées et soutenues constamment par votre ténacité et votre souci d’aller au fond des choses. Je suis flattée des compliments que vous m’adressez, mais je n’aurais jamais été aussi loin dans mes recherches si vous ne m’aviez pas communiqué un peu de votre enthousiasme et de votre ardeur.
Septembre 1989 Avec le regret de voir s’interrompre notre longue correspondance et ces recherches sur François Peron qui m’ont donné parfois bien de la peine mais qui m’ont passionnée !
Extraits. Correspondance de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 1981-1989.
(Source : Collection Guy Perron)

Des contraintes externes sont apparues… hors de notre contrôle :

Juillet 1985 J’apprenais la décision des Archives départementales de ne plus faire désormais de photocopies des registres notariés ou autres : cette mesure a été jugée nécessaire vu l’état des documents, rendu plus précaire par une consultation fréquente et par les manipulations plus ou moins hasardeuses auxquelles on les soumet sur la photocopieuse, mais c’est une quasi-catastrophe pour les chercheurs éloignés de La Rochelle et je me félicite de votre acharnement au travail qui vous a permis de constituer un dossier ma foi assez volumineux et intéressant qui serait aujourd’hui impossible.
Extrait. Lettre de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 22 juillet 1985.
(Source : Collection Guy Perron)

Il faut préciser qu’à cette époque (mai 1985), Mlle Bonniot m’avait expédié un total de 85 photocopies d’actes notariés, sans compter des dizaines de transcriptions d’actes de l’état civil ! Quelques mois plus tard, elle ne perdait pas espoir que, pour moi, les Archives consentaient encore à faire quelques photocopies de documents importants… si de nouveaux étaient découverts !

Deux grandes découvertes, inattendues, m’ont procuré de grandes émotions lorsque retracées par Mlle Bonniot : l’acte de baptême de Daniel Perron dit Suire et le cachet de cire de François Peron. En voici l’évolution :

Octobre 1981 Pour cette fois, j’ai fait porter mon effort essentiellement sur la recherche des actes de baptêmes, mariages et sépultures que vous me demandiez. Ceux qui concernent Daniel Perron et Louise Gargotin m’échappent encore.
Mars 1982 Malgré un examen attentif du fonds Cherbonnier, je n’ai trouvé malheureusement aucun document légitimant Daniel Peron-Suire. Une pièce aurait-elle disparu ? J’en doute.
Juin 1982 Enfin, last but not least, la question du cachet de François Peron. Je n’ai pas d’appareil photographique suffisamment précis pour en faire un cliché. Il faudrait demander à un spécialiste et encore sans pouvoir être assuré d’un bon résultat, car ce cachet est en mauvais état et peu net.
Juin 1985 Pour la photographie du cachet de cire de François Peron, vos désirs vont être enfin exaucés : M. Bernard, à qui j’avais rafraîchi la mémoire ces jours-ci, vient d’aller aux Archives pour photographier le précieux objet !
Juillet 1986  1986_bapteme_daniel
Août 1988 Je vous envoie […] la photographie – exécutée gratuitement par un de mes amis – de l’acte de baptême de Daniel Suire (26 décembre 1638). Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais peut-être serez-vous heureux de la posséder.
Extraits. Correspondance de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 1981-1988.
(Source : Collection Guy Perron)

Quelle découverte que l’acte de baptême de Daniel Perron dit Suire… après cinq années de recherches !

Mlle Bonniot n’a pas seulement effectué des recherches aux Archives départementales, mais aussi à la Bibliothèque municipale et aux Archives municipales de La Rochelle. Elle n’a pas seulement recherché dans les registres de l’état civil et les minutes des notaires, mais aussi dans le fonds de l’Amirauté et les divers tribunaux de l’époque (Juridiction consulaire, Présidial). Ouf !

À la suite de mes analyses des nombreux documents reçus et de mes directives de recherches, elle fit quelques constats, entre autres :

Juin 1984 Je crois que je suis presque aussi passionnée que vous par ces recherches, mais j’avoue que j’admire votre belle persévérance qui n’est pas toujours récompensée.
Mai 1985 Permettez-moi de vous exprimer mon admiration et mes félicitations pour votre ténacité et la méthode que vous apportez dans l’utilisation des documents que je vous fournis. Et je ne dis rien de votre déchiffrage des vieux textes, qui ne semblent plus avoir de secrets pour vous !
Extraits. Lettre de Suzanne Bonniot à Guy Perron. 1984-1985.
(Source : Collection Guy Perron)

Cette riche correspondance (1981-1990) est composée de 33 lettres reçues de Mlle Bonniot qui a effectué un total de 155 heures de recherches facturées. À celles-là, ajoutons de nombreuses heures accordées gracieusement à m’expliquer tel contexte historique, à me définir tel terme ancien, à me suggérer tel achat ou lecture de livre, à me tenir à l’affût des événements rochelais (expositions), etc.

signature_bonniot

Suzanne Bonniot est décédée le 3 février 2010 à La Rochelle, à l’âge de 95 ans.

Mademoiselle Bonniot restera toujours une lumière

sur mon chemin généalogique et historique

menant aux faits et gestes de la famille Peron de La Rochelle.

Merci !

 

 


[1] Les seuls renseignements que je pouvais lui donner alors provenaient de Émigration rochelaise en Nouvelle-France, du Père Archange Godbout (Montréal, Éditions Élysée, 1980, 278p.).

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Catégories :Famille Peron - Perron, France, La Rochelle

2 réponses

  1. Bravo Mlle Bonniot !

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