Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

36 – L’enlèvement des ordures à La Rochelle au XVIIe siècle

En consultant les registres de police, disponibles aux archives municipales de la Ville de La Rochelle, on constate que presqu’à chaque audience de la police un bon nombre d’habitants sont mis à l’amende pour avoir contrevenu au règlement municipal sur l’enlèvement des immondices et bourriers (ordures) devant leur maison et pavé. Qu’en est-il de cette règlementation ?

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Registres des audiences de la police conservés dans les archives municipales de la Ville de La Rochelle. (Source : Collection Guy Perron)

Registres des audiences de la police conservés dans les archives municipales de la Ville de La Rochelle.
(Source : Collection Guy Perron)

Il faut remonter en 1477. Un privilège du roi Louis XI donnait pouvoir et permission aux maire, échevins et pairs (auxquels appartient la police de la ville) d’imposer sur chaque maison trois deniers par semaine « pour emploier à l’entretenement des charriots requis et nécessaires pour oster et charroyer les immondices de la ville et tenir les rües nettes »[1].

Un titre de 1588 constata que toutes les places de la ville étaient tellement encombrées de fumiers et bourriers, « qu’une infection d’air en estoit fort à craindre, et que, pour nettoyer ces places, feut travaillé quasi toute l’année, avec nombre de tombereaux[2]. »

Tombereau. (Source : L’Encyclopédie Larousse en ligne)

Tombereau.
(Source : L’Encyclopédie Larousse en ligne)

La même année, à Bordeaux, parut un règlement pour le temps de peste : il y est enjoint à chacun de tenir les rues et devant des maisons nettes, en ôtant les immondices, bourriers et fumiers et les faisant transporter aux lieux à ce destinés. Il devait être fait tous les soirs, de six en six maisons, un feu pour purifier l’air, chacun ayant au préalable lavé le devant de sa maison avec un seau d’eau. Enfin, il était fait défense de jeter par les fenêtres, des ordures, urines et autres eaux infectes et de jeter par les rues des chats, chiens et autres bêtes mortes[3].

Revenons à La Rochelle. Pour empêcher que les bourriers ne se jettent plus dans les places publiques, on rétablit les anciens règlements et on met en adjudication le service de tombereaux. Ainsi, l’adjudicataire est autorisé à percevoir de chaque propriétaire une allocation proportionnelle à l’étendue de son pavé.

Puis, en 1642, on revient encore au système d’entretien du pavé par les particuliers ! Un règlement de police enjoint « à tous manans et habitans de nettoyer les rues chascun en droit soy, les mercredy et samedy de chaque semaine, et de porter les immondices ès lieux destinés et marqués par les balises, à peine de 30 liv. d’amende[4]. » Malheureusement, je n’ai pas trouvé ce règlement de 1642 dans les archives municipales rochelaises.

À titre d’exemples, voici quelques causes concernant la propreté et la salubrité des pavés et rues de La Rochelle au XVIIième siècle. Ainsi, des habitants sont condamnés à payer l’amende pour…

… avoir déchargé une chaudière dans la rue

Le 26 août 1634, Luc Peron, marchand teinturier, demeurant sur la rue Gargoulleau, est condamné à l’amende pour avoir déchargé sa chaudière et laisser couler les eaux de teinture par la rue et qui ont coulé vers la Grand Rue le jour de marché[5].

… avoir écoulé de l’eau de vie dans la rue

En mars 1635 débute un procès contre Derrick Freyhoff, marchand vinaigrier flamand, accusé d’écouler de l’eau de vie dans la rue contre les défenses et règlements de la police. Les procureurs de police prennent les dépositions de quelques témoins qui affirment avoir vu écouler des eaux venant du logis de Freyhoff et que ces eaux fumaient et sentaient l’eau de vie et le vin. En fin de compte, le 21 avril suivant, Freyhoff est condamné de ne jeter ni faire écouler par la rue aucune sorte de vin sous peine de 10 livres d’amende[6].

… avoir nourri des pigeons

Le 16 avril 1636, Josué Guibert, écuyer, demande que le notaire royal Jean Langlois (minutes disparues) soit condamné à ôter des pigeons qu’il nourrit dans sa maison et qu’il lui paie les dommages faits par lesdits pigeons. Les procureurs de police exigent que les lieux soient visités par des experts nommés d’office. Trois jours plus tard, les parties sont mises hors de cour[7].

… avoir jeté des bourriers aux lieux défendus

Le 18 janvier 1637, le notaire royal Jean Cherbonnier (minutes disparues) est condamné à 16 sols d’amende pour avoir fait jeter des bourriers par sa servante aux lieux défendus contre l’état, règlements et ordonnance de la police et défense à lui de ne plus user à l’avenir de telle voie sous peine de 10 livres d’amende. Sauf son recours contre sa servante[8].

… combler un fossé

Le 10 juillet 1641, les procureurs de la police demandent au marchand Abraham Mouchard de faire combler un fossé qu’il a fait faire dans le chemin et qui incommode le public[9].

… ne pas avoir nettoyé leur pavé

Le 14 janvier 1634, le marchand Derrick Freyhoff est condamné à 10 sols d’amende pour ne pas avoir nettoyé son pavé. Il est tenu de tenir son pavé net et de faire jeter les immondices aux lieux désignés par les balises[10].

Anne Lardeau, veuve Gargot, à l’audience de police du 21 mars 1637. (Source : AM17. Audiences de la police. FFARCHANC17, fol. 31v)

Anne Lardeau, veuve de feu Hilaire Gargot, à l’audience de police du 21 mars 1637.
(Source : AM17. Audiences de la police. FFARCHANC17, fol. 31v)

Le 21 mars 1637, renvoyée hors de cour, Anne Lardeau, veuve de feu Hilaire Gargot[11], est tenue de nettoyer les pavés le mercredi et le samedi de chaque semaine et faire jeter les bourriers et immondices aux lieux désignés à peine de 10 livres d’amende[12].

Le 13 avril 1650, le notaire royal Jean Langlois (minutes disparues) est assigné par les procureurs de la police pour avoir ouvert son étude dimanche dernier, et pour ne pas avoir nettoyé son pavé et y laisser des bourriers contrevenant ainsi aux règlements de police[13].

Le 24 avril 1660, François Peron, marchand, Isaac Caillou, menuisier, et Gabriel Regnault, maître cordonniers, sont condamnés à payer 10 sols d’amende chacun pour la contravention commise par eux aux règlements et ordonnance de police et n’avoir nettoyé leurs pavés jeudi dernier[14].

… avoir jeté de l’eau par la fenêtre

Le 22 mai 1655, le marchand Antoine Grignon est assigné par les procureurs de la police pour avoir permis de jeter de l’eau par la fenêtre de sa maison mercredi dernier sans avertir par trois fois conformément aux règlements. Il est condamné à 20 sols d’amende[15].

* * *

En 1690, la Ville de La Rochelle adjuge au sieur Merlet la fourniture de trois tombereaux pour l’enlèvement des bourriers pour 1 040 livres. Selon le devis, Merlet est tenu de passer trois fois par semaine (mardi, jeudi et samedi) pour ôter et emporter les immondices des maisons et pavés des habitants[16].

Ordonnance de voirie. 1691. Ville de La Rochelle. (Source : AM17. Voirie. DDARCHANC66)

Ordonnance de voirie. 1691. Ville de La Rochelle.
(Source : AM17. Voirie. DDARCHANC66)

 


[1] J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, premier volume, 1861, p. 351.
[2] J.-B.-E. Jourdan, ibid., p. 351-352.
[3] Ville de Bordeaux, Aperçu historique, sol, population, industrie, commerce, administration, Bordeaux, Librairie Feret & Fils, tome deuxième, 1892, p. 277.
[4] J.-B.-E. Jourdan, op.cit., p. 352.
[5] AM17. Audiences de police. FFARCHANC13, fol. 176v (26 août 1634).
[6] AM17. Audiences de police. FFARCHANC14, fol. 43r, 47v, 79v (Mars-avril 1635).
[7] AM17. Audiences de police. FFARCHANC15, fol. 118v, 119v, 121v (16 avril 1636).
[8] AM17. Audiences de police. FFARCHANC16, fol. 122v, 123r (18 janvier 1637).
[9] AM17. Audiences de police. FFARCHANC19 (10 juillet 1641).
[10] AM17. Audiences de police. FFARCHANC13, fol. 15v (14 janvier 1634).
[11] Parents de Nicolas Gargot de La Rochette, dit Jambe de Bois, capitaine du navire L’Aigle d’Or, transportant les Filles du Roy pour Québec en 1663.
[12] AM17. Audiences de police. FFARCHANC17, fol. 31v (21 mars 1637).
[13] AM17. Audiences de police. FFARCHANC30, fol. 92r (13 avril 1650).
[14] AM17. Audiences de police. FFARCHANC38, fol. 43r (24 avril 1660).
[15] AM17. Audiences de police. FFARCHANC34, fol. 70 (22 mai 1655).
[16] AM17. Voirie. DDARCHANC66. Procès-verbal entre le sieur De Livron, major de la place qui a fait mettre en prison le tambour qui accompagnait le sergent chargé des publications (1er juillet 1690).

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Catégories :France, La Rochelle

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