Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

29 – Trois générations de teinturiers Peron à La Rochelle (3/3)

TROISIÈME GÉNÉRATION : Luc Peron (1640-1664)

Au catéchisme du 18 juin 1662, le pasteur Jacques Guybert[1] unie la destinée de quelques couples dans le temple de la Villeneuve[2], dont celui de Luc Peron fils et de Suzanne Sautereuil.

Ledit jour [18e de juin 1662] au cathechisme ont este espousez par Mons[ieu]r Guibert
Francois Pelletier et Elisabeth Thomas
Jean Valleau et Judith Gauvaing
Estienne Richard et Madeleine Gauvaing
Isaac Colisson et Esther Buretel
Luc Peron et Susanne Sautereul
Signé : Guybert pasteur, J. Papin ancien

Le 29 avril auparavant, le jeune couple avait fait rédiger leur contrat de mariage devant Ménard, notaire en la Châtellenie de Laleu. Malheureusement, le minutier de ce notaire a disparu.

Acte de baptême de Luc Peron, le 29 juillet 1640. (Source : AD17 en ligne. I 171-173 (I 36). Temple de la Villeneuve. Baptêmes et mariages. 1632-1648, vue 283/645)

Acte de baptême de Luc Peron, le 29 juillet 1640.
(Source : AD17 en ligne. I 171-173 (I 36). Temple de la Villeneuve. Baptêmes et mariages. 1632-1648, vue 283/645)

Luc est le troisième des sept enfants issus de Luc Peron, marchand teinturier, et de Marie Mouchard. Il est baptisé le 29 juillet 1640 (né le 24) dans le temple de la Villeneuve par le pasteur Jean Flanc[3]. Son parrain est son oncle paternel, François Peron, marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur.

Du dimanche, au prêche du matin, 29e juillet 1640 ont été baptisés par Monsieur Flanc :

Luc filz de Luc pairon Et de Marie Mouchart _
p. françois pairon M. Judic Le maire né _
Le 24e de ce present mois. _
Signé : F Peron (paraphe)

Acte de baptême de Suzanne Sautereuil, le 23 juin 1634. (Source : AD17 en ligne. I 171-173 (I 35). Temple de la Villeneuve. Baptêmes et mariages. 1632-1648, vue 48/645)

Acte de baptême de Suzanne Sautereuil, le 23 juin 1634.
(Source : AD17 en ligne. I 171-173 (I 35). Temple de la Villeneuve. Baptêmes et mariages. 1632-1648, vue 48/645)

Fille de Josias Sautereuil, hôtelier, et de Marie Canté, Suzanne est baptisée le 23 juin 1634 (née le 14) par le pasteur Jérôme Colomiez[4] dans le temple de la Villeneuve.

du vendredi 23e Juing 1634 ont este batises p[ar] M[onsieu]r _
Coulommier _
Suzanne fille de Josias Sotreul Et de Marie _
Canté p[arrain] Jehan gobert M[arraine] Suzanne Teroulde _
née Le 14e de ce mois.
Signé : J gobert (paraphe)

De l’union Peron-Sautereuil va naître qu’un seul enfant, mort à la naissance et enterré le même jour, le 26 mars 1663, dans le cimetière de la Villeneuve.

Famille étendue de Luc Peron et de Suzanne Sautereuil (Source : Généalogie de Guy Perron)

Famille étendue de Luc Peron et de Suzanne Sautereuil.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Comme son père, Luc Peron fils est ipso facto marchand teinturier. Cependant, on ne le voit aucunement participer, fut-il protestant, à une assemblée annuelle de la Communauté des teinturiers de La Rochelle.

Neuf jours avant son mariage, pour établir sa future famille et une boutique de teinture, Luc Peron loue de Jean Sauvageau, marchand boulanger, et Marie Seneschaud, son épouse, une maison consistant en une boutique, chambres, jardin et masureau sur la rue des Fonderies[5]. Le contrat de location est d’une durée de neuf ans (1662-1671) à raison de 100 livres par année. Notons la présence de François Peron à la signature du contrat de location.

La rue des Fonderies était située, à l’époque, entre la rue Gambetta et la Place des Cordeliers. (Sources : Google. AD17. 3 P 5074/04. La Rochelle. Section B dite de Notre-Dame. 1811. Cadastre napoléonien)

La rue des Fonderies était située, à l’époque, entre la rue Gambetta et la Place des Cordeliers.
(Sources : Google. AD17. 3 P 5074/04. La Rochelle. Section B dite de Notre-Dame. 1811. Cadastre napoléonien)

La rue des Fonderies vue de la Place des Cordeliers. (Source : Google Street View, septembre 2012)

La rue des Fonderies vue de la Place des Cordeliers.
(Source : Google Street View, septembre 2012)

Les parties s’entendent pour procéder à l’amélioration ou réparations des lieux. Il est donc permis à Peron de :

  • faire faire les croisées et vitres dans les fenêtres des chambres haute et basse;
  • faire une fenêtre dans l’antichambre (ou arrière-chambre) qui fait le coin de la rue des Fonderies.
  • démolir l’appentis[6] de bois au bout du jardin;
  • couvrir, « rendre clos et étanche » le masureau avant Noël;
  • faire une couverture de bois au-dessus du puits pour y attacher une poulie afin de puiser l’eau avec plus de facilité.

Le jeune teinturier pourra prendre une partie de l’espace qui compose le jardin pour y faire un plus grand appentis qui lui servira de boutique de teinture, dans laquelle seront placées ses cuves et chaudières. Une muraille sera élevée à travers le nouvel appentis pour y construire les fourneaux nécessaires à son  métier. La muraille, qui va de la maison à cet appentis, sera de hauteur convenable et comprendra une grande porte donnant sur la rue qui va de la fonderie[7] au chenal de Maubec. Cette porte sera de grandeur à y faire passer et repasser facilement un cheval chargé.

Un espace de largeur convenable sera pris par Peron, le long de la muraille de sa boutique, pour y charger, décharger et placer des marchandises et autres choses. Des portes et fenêtres seront faites dans la boutique pour sa commodité.

Lorsque Peron cessera de jouir de la maison, il sera tenu de faire remplir les trous qu’il lui a fallu faire pour placer ses cuves et chaudières.

Disposition des chaudières. Entrée des fourneaux. Ustensiles. Figure 1. Disposition d’une chaudière. Figure 2. Disposition des chaudières pour réchauffer les cuves. Figure 3. Brouette pour porter le bois aux fourneaux. Figure 4. Chevalet pour égoutter les draps. Figure 5. Le détail du tour en grand. Figure 6. Jatte pour porter les teintures de cochenille.  (Source : Diderot & D’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Neufchastel, M.DCC.LXV, vol. III, t. XIII-XVII, p. 886)

Disposition des chaudières. Entrée des fourneaux. Ustensiles.
Figure 1. Disposition d’une chaudière. Figure 2. Disposition des chaudières pour réchauffer les cuves. Figure 3. Brouette pour porter le bois aux fourneaux. Figure 4. Chevalet pour égoutter les draps. Figure 5. Le détail du tour en grand. Figure 6. Jatte pour porter les teintures de cochenille.
(Source : Diderot & D’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Neufchastel, M.DCC.LXV, vol. III, t. XIII-XVII, p. 886)

Quatre mois plus tard, après avoir fait faire, à ses frais, une pompe pour puiser l’eau, Luc Peron avance la somme de 900 livres qui est le prix de la location (1662-1671) à Jean Sauvageau qui l’acquitte aussitôt.

Signature de Luc Peron fils.

Signature de Luc Peron fils.

Malheureusement pour Luc, quelques articles du contrat de location ne sont pas respectés. Sur les deux heures de l’après-midi, le 5 mai 1663[8], il contraint Jean Sauvageau de faire faire ce qui manque encore comme réparations et qui sont d’une grande importance pour lui, car ses meubles et ses marchandises sont exposés à tous dangers et risquent d’être volés. Cette situation lui cause beaucoup d’inquiétude. Il lui demande donc de mettre de bons ouvriers pour :

  • faire couvrir le masureau;
  • faire faire les fermetures des portes et des fenêtres du masureau;
  • faire la couverture du puits;
  • faire la fenêtre dans la chambre haute donnant sur la rue des Fonderies.

Les malheurs du couple Peron-Sautereuil se poursuivent. Après avoir enterré leur seul enfant et à peine deux années de mariage d’écoulées, voilà que la maladie gagne Luc[9]. Il est enterré à 23 ans seulement, le 22 août 1664 dans le cimetière de la Villeneuve, probablement aux côtés de son fils. Les frais funéraires ont coûté à la jeune veuve la somme de 21 livres 6 sols 10 deniers pour la fosse, le coffre, une paire de souliers, la robe et la coiffe de Suzanne et de la toile d’Hollande.

En conséquence d’une quittance de 1500 livres, du 30 juin 1662, passée devant le notaire Ménard, et d’une autre de 300 livres, du 17 mars 1664, passée devant le notaire Guyard (minutes disparues), il est déclaré par jugement obtenu en la Cour ordinaire de la sénéchaussée (ou Présidial) de La Rochelle que François De Laleu, chirurgien curateur à l’hérédité vacante de feu Luc Peron, soit condamné à payer à Suzanne Sautereuil, veuve, les deux sommes et celle de 900 livres pour son gain de noces, soit en tout 2700 livres[10] et de lui remettre ses bagues et « ornements de sa personne ».

On procède donc à l’appréciation des meubles de l’hérédité de Luc et de sa boutique[11].

Dans la maison, on retrouve : un lit, son traversin et deux couvertes; un ciel de lit de serge jaune avec un tapis de cheminée de serge; un tapis de table et une chaise garnie de jaune; un coffre de bois de noyer; une table rallongée avec son banc; un châlit de bois de noyer; un vieux bahut peint; douze chaises de paille; une petite boîte; un miroir; une paire de landiers jaunes à motif de pomme et le garde-cendre; deux vieilles tables et un garde-manger; deux petits landiers, une pelle et des pincettes; une poêle à frire et un gril; trois chaudrons de diverses grandeurs; une cloche et une marmite de cuivre; un poêlon, une cuillère et deux chandeliers; douze linceuls de chanvre; quatre linceuls d’étoupe; une douzaine de serviettes de gros lin; une douzaine de serviettes de chanvre ouvrées à moitié usées; trois nappes ouvrées neuves de chanvre; six nappes d’étoupe à moitié usées; une douzaine et demie de grosses serviettes d’étoupe; dix essuie-mains; un petit châlit, façon de Flandres, servant à mettre des étoffes; 40 livres de vaisselle d’étain.

La description des effets qui composent sa boutique nous fait découvrir ce que comportait un tel commerce, pratiqué dans la famille Peron rochelaise depuis trois générations.

Pompe à chapelet pour remplir le petit réservoir des eaux de la citerne (Figure 1) et ustensiles. Figure 2. Truite ou chandelier. Figure 3. Champagne qui sert à contenir les draps au milieu du bain de la chaudière et les empêcher de toucher le fond. Figure 4. Crochet de fer pour prendre la champagne dans la chaudière. Figure 5. Chasse-fleurée pour ramasser l’écume de la chaudière.  (Source : Diderot & D’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Neufchastel, M.DCC.LXV, vol. III, t. XIII-XVII, p. 887)

Pompe à chapelet pour remplir le petit réservoir des eaux de la citerne (Figure 1) et ustensiles.
Figure 2. Truite ou chandelier. Figure 3. Champagne qui sert à contenir les draps au milieu du bain de la chaudière et les empêcher de toucher le fond. Figure 4. Crochet de fer pour prendre la champagne dans la chaudière. Figure 5. Chasse-fleurée pour ramasser l’écume de la chaudière.
(Source : Diderot & D’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Neufchastel, M.DCC.LXV, vol. III, t. XIII-XVII, p. 887)

La boutique de teinture contenait trois chaudières et une cuve. Plus précisément, une grande chaudière (contenant huit barriques = 1808 litres = 452 gallons), une chaudière de cuivre (contenant quatre barriques = 904 litres = 226 gallons), une petite chaudière et une cuve de bois. Toutes ces chaudières et cuve avaient leurs tours, couvre-seaux, jet et dalle. Les trois paires de crochets servaient à prendre la champagne de chaque chaudière qui est un cercle de fer, garni d’un filet, qui empêche les étoffes de toucher au fond. Il y avait huit tours sur lesquelles on roulait les étoffes et draps teints. Les six boyaux des chaudières servaient à couler les eaux. Quatre chevalets égouttaient les étoffes. La poulie de cuivre jaune puisait l’eau du puits. Il y avait aussi quatre rets (filets) à mettre la laine, une pompe en état de pomper l’eau, une barrique de vin et le livre de boutique (livre comptable) du teinturier, sans oublier une bourrique et son ânon !

Dans la boutique de teinture, s’y trouvait aussi des barriques, des bassiots (cuviers de bois), des seaux, deux fourgons (longues perches de bois, garnie de fer par le bout, servant à remuer et accommoder le bois et la braise dans le fourneau), deux pelles de fer et une fourche. Sur place, on y a inventorié les marchandises suivantes : du bois bûché et des fagots (pour les fourneaux), 18 livres d’indigo de Saint-Christophe (pour teindre en bleu), 50 livres d’alun (employé comme mordant pour la teinture), 300 livres de couperose (sulfate), un millier de reden, un cent de gravelle et de la gaude (pour teindre en jaune).

Peut-on penser que quelques-uns de ces articles provenaient de la boutique de teinture de Luc Peron père ? L’héritage du fils pour s’établir et bâtir son propre commerce ?

Malgré tous ces événements, la vie continue. À 32 ans, Suzanne Sautereuil se remarie le 8 février 1667 dans le temple de la Villeneuve avec un autre marchand teinturier, Étienne Georget (21 ans), fils d’Étienne Georget de Catherine Bernier. Ils auront six enfants.

Signature de Suzanne Sautereuil.

Signature de Suzanne Sautereuil.

Étienne ira vivre chez Suzanne qui a poursuivi la location de la maison située sur la rue des Fonderies. Évidemment, il bénéficiera des installations de la boutique de teinture pour exercer son métier.

 

 

C’est ainsi que se termine près de 75 ans de métier de teinturier exercé par trois générations Peron à La Rochelle : Jean Peron (1577-avant 1619), Luc Peron père (1608-1659) et Luc Peron fils (1640-1664).

 


[1] Le pasteur Jacques Guybert pratiqua à La Rochelle de 1661 à 1684. Il avait épousé en 1662 Élizabeth Guiton, fille de Jean Guiton, écuyer, sieur de Repose-Pucelle (maire de La Rochelle lors du Grand Siège de 1628) et de Marguerite Prévost. Le couple s’expatria à la révocation de l’Édit de Nantes. Louis Delmas, L’église réformée de La Rochelle. Étude historique, Toulouse, Société des livres religieux, 1870, p. 384.
[2] Après le siège de 1628, les Réformés, expulsés de leur Grand Temple, puis de leur salle Saint-Yon, doivent construire un nouvel édifice. Ils le font en 1630, sur des terrains laissés libres par la démolition des remparts à l’est de la cité, appelés la Villeneuve (ou Ville Neuve). Achevé en 1631, le nouveau Temple est un édifice simple. Avec son cimetière, il est entouré d’un mur et se situe à l’emplacement actuel de l’hôpital Saint-Louis, près du canal Maubec. Après la Révocation de l’Édit de Nantes, il ne faudra que 5 jours, en 1685, pour le détruire totalement. Aucun vestige ne nous est parvenu.
[3] Le pasteur Jean Flanc pratiqua à La Rochelle de 1633 jusqu’à sa mort en 1663.
[4] Le pasteur Jérôme Colomiez pratiqua à La Rochelle de 1599 à 1647. D’origine béarnaise, il resta un Méridional dont l’exubérance et la sensibilité ne furent pas toujours également appréciés à La Rochelle. Cependant, son principalat au collège fut un grand succès. Étienne TROCMÉ, « L’Église réformée de La Rochelle jusqu’en 1628 », Bulletin, SHPF, vol. 29 (juillet-septembre 1952), p. 153-154.
[5] AD17. Greffe Abel Cherbonnier. 3 E 276, fol. 113 et 114r (9 juin 1662).
[6] Nom donné à certaines constructions de bois qui sert d’annexe à un bâtiment achevé que l’on élève  par suite d’un nouveau besoin à satisfaire. L’appentis a toujours un caractère provisoire qu’on laisse construire par tolérance. (Source : Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle).
[7] C’est en 1621 que fut construite une fonderie de canon, dans la Villeneuve, « pour y faire de la poudre et fondre du canon ». Cette fonderie se trouvait à l’extrémité nord de la rue qui porte son nom. Aujourd’hui, elle va de la Place des Cordeliers au quai Maubec. Jacques Lebaud-David, Historique & origine des noms de rues du vieux La Rochelle, La Rochelle, Éditions La Rochelle 1573, 1994, p. 110..
[8] AD17. Greffe Abel Cherbonnier. 3 E 307 (5 mai 1663).
[9] C’est Élie Prou, écuyer et médecin ordinaire, qui a visité Luc lors de sa maladie et l’apothicaire Jacques Massiot qui a lui a fourni ses médicaments.
[10] AD17. B1372. Cour ordinaire du Présidial (4 décembre 1664).
[11] AD17. Greffe Abel Cherbonnier. 3 E 308 (23 décembre 1664).

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Catégories :Famille Peron - Perron, France, GÉNÉALOGIE, La Rochelle

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