Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

24 – Abel Cherbonnier (1611-1677), notaire rochelais protestant

Au XVIIième siècle, les notaires sont nombreux à La Rochelle. L’abondance et la diversité des actes notariés en font une mine d’informations essentielles aussi bien pour le généalogiste que pour l’historien.

Liste des notaires ayant pratiqué à La Rochelle au XVIIième siècle. (Source : Collection Guy Perron)

Liste des notaires ayant pratiqué à La Rochelle au XVIIième siècle.
(Source : Collection Guy Perron)

Pour cette période, les Archives départementales de la Charente-Maritime (AD17) conservent les minutes de 76 notaires qui ont pratiqué à La Rochelle. Pour certains, c’est l’entièreté de leurs minutes, pour d’autres, ce ne sont que quelques pièces. Des minutes ont disparu… à moins qu’elles soient rangées dans un grenier, au fond d’une cave, dans l’attente d’être retrouvées !

Ces notaires ont tous une histoire familiale et professionnelle à découvrir. Parmi eux, il y a Abel Cherbonnier (1611-1677) qui a pratiqué le notariat à La Rochelle de 1637 à 1667. Pourquoi lui ? Il est l’exemple parfait des activités notariales de sa ville et de son siècle. De plus, il est apparenté à la famille Peron rochelaise, étant entre autres le cousin germain de François Peron (1615-1665), marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur de La Rochelle[1].

Lien de parenté entre les cousins Abel Cherbonnier et François Peron. (Source : Généalogie de Guy Perron)

Lien de parenté entre les cousins Abel Cherbonnier et François Peron.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

La famille Cherbonnier
Fils de Jean Cherbonnier, notaire royal, et de Marie Richard, Abel est baptisé le 6 novembre 1611 (né le 2) dans le Grand Temple de La Rochelle.

Acte de baptême d’Abel Cherbonnier, le 6 novembre 1611 à La Rochelle. (Source : AD17 en ligne. I 159 (I 23). Grand Temple. Collection du greffe. 1610-1622, vue 30/169).

Acte de baptême d’Abel Cherbonnier, le 6 novembre 1611 à La Rochelle (Grand Temple).
(Source : AD17 en ligne. I 159 (I 23). Grand Temple. Collection du greffe. 1610-1622, vue 30/169).

C’est dans un acte d’échange de domaines et héritages qu’on apprend que la famille Cherbonnier serait originaire du village d’Aulnay à 77 km au sud-est de La Rochelle[2]. À noter qu’au sud d’Aulnay, il y a un village nommé « Cherbonnières » !

Le village d’Aulnay. (Source : Google)

Le village d’Aulnay.
(Source : Google)

Les parents d’Abel se sont mariés le 14 octobre 1607 dans le Grand Temple. Jean Cherbonnier devient notaire royal à La Rochelle après avoir servi de clerc au notaire Jean Savarit (minutes disparues). De l’union Jean Cherbonnier – Marie Richard vont naître Marguerite, Jean et Abel. Après le décès de Marie, Jean Cherbonnier épouse en secondes noces Anne Fondomier le 20 mai 1615 à La Rochelle (salle Saint-Yon) qui lui donnera deux enfants : Anne et Marie.

Famille étendue d’Abel Cherbonnier. (Source : Généalogie de Guy Perron)

Famille étendue d’Abel Cherbonnier.
(Source : Généalogie de Guy Perron)

Ni Abel, ni sa sœur Marguerite, ne se marieront. On pense qu’ils demeurent avec leurs parents dans une maison de quatre étages située sur la rue Château-Gaillard, paroisse de Saint-Sauveur.

Abel Cherbonnier est parrain d’Abel Peron (en 1643), fils de Luc Peron, marchand-teinturier, et de Marie Mouchard ainsi que d’Anne Diserote (en 1654), fille de Pierre Diserote, marchand, et d’Anne Cherbonnier.

Signature d'Abel Cherbonnier en 1637.

Signature d’Abel Cherbonnier en 1637.

Acquisition d’office de notaire
Comme son père, Abel fait ses études pour devenir notaire. Il est reçu à ce titre le 29 octobre 1637[3]. Cette date nous est connue par la déclaration que fait Jean Cherbonnier à propos de la réception de la charge de notaire par son fils[4]. Le père se plaint aux greffiers de la cour ordinaire et présidiale de La Rochelle à l’effet que l’arrêt donné au Conseil privé, du 20 avril 1637, n’a pas été publié, ni enregistré au siège présidial. Les greffiers répondent « quilz ne sont point memoratifz » que l’arrêt ait été enregistré dans les registres en question !

Quoiqu’il en soit, dix jours avant sa réception de notaire, Abel Cherbonnier acquiert l’office de notaire dont jouissait défunt Élie de la Gaignerie, vivant notaire royal à La Rochelle (minutes disparues)[5]. Pour la somme de 830 livres, Marie Texier, sa veuve, vend à Abel Cherbonnier, praticien : l’état et office de notaire, tabellion royal et garde-notes héréditaire dont était pourvu feu de la Gaignerie avec les registres, liasses, minutes et protocoles tant de feu de la Gaignerie que de maître Georges de la Rivière, propriétaire antérieur de l’office, et tous les autres notaires quelconques que feu de la Gaignerie avait entre ses mains lors de son décès.

Profession : notaire royal[6]
Du latin notarius, nota, le notaire est celui qui note. C’est un officier dépositaire de la foi publique, qui garde les notes et minutes des actes que les parties passent devant lui (Encyclopédie de Didérot et d’Alembert). Son action permet de :

  • donner aux actes le caractère d’authenticité indispensable à l’exercice de l’autorité publique;
  • prouver la date de l’acte établi;
  • conserver le dépôt des minutes;
  • délivrer des grosses, c’est-à-dire des doubles certifiés authentiques de l’acte original (conservé dans les minutes).
Signature d'Abel Cherbonnier, notaire royal

Signature d’Abel Cherbonnier, notaire royal.

À ce titre, Abel Cherbonnier est le témoin de la vie intime de la famille. Il accompagne les événements importants du foyer et doit instaurer une relation de confiance avec ses clients. Le notaire est le premier conservateur des accords entre les parties. C’est une fonction essentielle de son office[7].

Comme tout bon notaire, Abel a appris l’architecture d’un acte (une structure et des formules stéréotypées).

Il désigne les parties à comparaître :

  • la date de l’acte passé avant ou après midi;
  • la présentation du notaire et de sa qualité, lieu de son étude;
  • la présentation des parties (noms, prénoms, qualités, métier, domicile).

Il précise l’objet de l’acte :

  • la nature / la cause de passation de l’acte : arrentement, bail, convention, donation, inventaire après décès, contrat de mariage, obligation, partage, procès-verbal, testament, vente, etc.

Il indique les modalités :

  • le détail des obligations de chacune des parties l’une envers l’autre pendant la durée du contrat;
  • la sanction en cas de rupture du contrat par une des deux parties.

Il émet les garanties :

  • les garanties indiquent que les parties « s’obligent » et promettent de respecter l’acte.

Il authentifie l’acte :

  • la signature du notaire principal;
  • la signature des parties et des témoins.

Il écrit au verso de l’acte :

  • un intitulé ou résumé de l’acte : la date, le type d’acte, les noms des parties, le numéro de l’acte.

L’étude de notaire
Abel pratique le notariat fort probablement dans l’étude même de son père sur la rue Château-Gaillard. Nous n’avons découvert aucun document attestant l’achat d’une propriété par Abel.

La rue Château-Gaillard, aujourd’hui disparue. (Sources : Google. AD17. 3 P 074/05. La Rochelle. Section C dite de Saint-Sauveur. 1811. Cadastre napoléonien)

La rue Château-Gaillard, aujourd’hui disparue.
(Sources : Google. AD17. 3 P 5074/05. La Rochelle. Section C dite de Saint-Sauveur. 1811. Cadastre napoléonien)

La rue Château-Gaillard est un petit bout de rue dans le prolongement de la rue Gargoulleau, entre les rues Saint-Yon et des Merciers, face à la Place du Marché.

C’est le 3 avril 1627 (quelques mois avant le Grand Siège !) que Jean Cherbonnier avait acquis d’Isaac Guibert, bourgeois, cette maison à quatre étages et couverte de tuiles[8]. À cause de sa caducité et vieillesse[9], la maison nécessite de nombreuses réparations : refaire à neuf les coffres dans la boutique située au bas de la maison et qui sert d’étude au notaire; refaire à neuf la trappe de la cour; blanchir la muraille de la boutique; changer le linçoir que porte le foyer de l’arrière-chambre; doubler les planchers dans les chambres du premier étage; refaire les foyers des chambres du second étage et ceux des chambres d’en bas; reconstruire les vitres des chambres des premier et deuxième étage; refaire le plancher de derrière du troisième étage; reconstruire les planchers du galetas qui est situé au quatrième étage; changer les lattes de la couverture en plusieurs endroits; etc.

Dès 1642, la maison de la rue Château-Gaillard est LE lieu de rendez-vous fixé à plusieurs travailleurs, artisans, défricheurs nécessaires à la mise en valeur et au peuplement de l’Acadie, de la Nouvelle-France puis des îles de l’Amérique. Plusieurs de nos ancêtres y ont mis les pieds. Dans la boutique du notaire, qui lui sert d’étude, ils retrouvent ceux et celles qui vont devenir leurs compagnons de voyage dont un bon nombre sont recrutés par François Peron : Charles et Jean ALLAIRE, Anne BOYER, Jean CHAPRON, Hilaire CHARDONNET, Pierre CLÉMENT, Marie DROUILLARD, Louis GARNEAU, Jeanne GARNIER, Nicolas GIARD, Laurent et Mathurin GOUIN, Jacques GRASSIOT, Jacques GRIMAULT, Jacques LE MARCHAND, Joachim MARTIN, Louis MARTINEAU, Nicolas MASSARD, Jean MATHIEU, Pierre MORIER, Marie PAVIT, Jean RABOUIN, François ROUX, Mathurin TESSIER, etc.

Tous y ont écouté la lecture de leur contrat d’engagement par le notaire sachant qu’à la sortie de l’étude Cherbonnier, ils commenceront une nouvelle aventure…

Les archives notariales
À la fin de sa carrière de notaire (1637-1667), Abel Cherbonnier nous a laissé un minutier composé de 15 registres et 31 liasses[10], malgré une lacune dans les registres des années 1659-1661 et que la liasse de l’année 1644 est manquante.

Exemples d’acte contenu dans un registre.

Exemple d’un acte contenu dans un registre. (Source : AD17. Notaire Abel Cherbonnier. Registre 3 E 268, fol. 55r)

Exemple d’acte contenu dans une liasse.

Exemple d’un acte contenu dans une liasse. (Source : AD17. Greffe Abel Cherbonnier. Liasse 3 E 308)

Le notaire Abel Cherbonnier s’éteint le 20 avril 1677 à l’âge de 65 ans et quelques mois. Il est enterré le lendemain dans le cimetière de la Villeneuve.

__________ Codes d’archives __________

Registres : 3 E 267 (1637-1641), 268 (1642-1643), 269 (1644-1646), 270 (1647-1649), 271 (1650-1653), 272 (1654-1655), 273 (1656), 274 (1657), 275 (1658), 276 (1662), 277 (1663), 278 (1664), 279 (1665), 280 (1666) et 281 (1667).

Liasses : 3 E 283 (1638), 284 (1639), 285 (1640), 286 (1641), 287 (1642), 288 (1643), 289 (1645), 290 (1646), 291 (1647), 292 (1648), 293 (1649), 294 (1650), 295 (1651), 296 (1652), 297 (1653), 298 (1654), 299 (1655), 300 (1656), 301 (1657), 302 (1658), 303 (1659), 304 (1660), 305 (1661), 306 (1662), 307 (1663), 308 (1664), 309 (1665), 1125 (1665), 1126 (1666), 1127 (1667) et 1128 (Canada)[11].


[1] Guy Perron, François Perron (1615-1665) : marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur de La Rochelle, Sainte-Julie, Éditions du Subrécargue, 1998, 382p.
[2] Échange de pièces de terres et de vignes situées à Aulnay; entre Jean Cherbonnier, notaire royal, de La Rochelle, et Pierre Challe, marchand, et Marie Cherbonnier, son épouse. AD17. Greffe Jean Vidault et Adam Gallard. 3 E 27-61, pièce 124. 25 juillet 1618.
[3] La charge de notaire royal s’acquiert au niveau de Paris, puisqu’il s’agit d’un office royal. Les archives concernant les provisions d’offices de notaires royaux sont donc conservées aux Archives Nationales à Paris dans la sous-série V1 (Grande chancellerie), de V1 à 541, portant sur les années 1641 à 1790. Lacunes considérables jusqu’en 1674. Gildas Bernard, Guide des recherches sur l’histoire des familles, Paris, 1981, p. 192.
[4] AD17. Notaire Jean Bureau. Registre 3 E 130/3. 15 mai 1638.
[5] AD17. Notaire Jacques Cousseau. Registre 3 E 228. 19 octobre 1637.
[6] En 1597, par un édit d’Henri IV, c’est la suppression des anciens offices de tabellion et de garde-notes pour la création d’un office unique : le notaire royal.
[7] Archives départementales de Tarn-et-Garonne, Guide de recherche dans les archives notariales. 2014.
[8] AD17. Notaire Jacob Juppin. Liasse 3 E 1764. 15 avril 1627.
[9] Un inventaire des titres concernant cette maison mentionne un bail à rente de 1567. AD17. Greffe Jacob Juppin. 3 E 1764. 3 avril 1627.
[10] Le registre est le livre où l’on écrit les actes alors que la liasse est un amas de papiers liés ensemble ordinairement datant de la même année ou d’une même période.
[11] La liasse Canada est un amas de pièces d’archives se rapportant au Canada, qui ont été retirées des autres liasses par l’archiviste de l’époque. Cette liasse n’est pas limitative, car les autres liasses conservent bon nombre de pièces d’archives sur le Canada.

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Catégories :France, La Rochelle

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