Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

21 – Les communautés de métiers à La Rochelle au 17e siècle

Lors de mes séjours de recherches dans les archives de La Rochelle, j’ai été confronté à l’apprentissage d’une structure hiérarchisée, communément appelée « communauté de métier ». Ce régime collectif d’organisation professionnelle, institué dans les villes depuis le Moyen Âge[1], correspond aujourd’hui à nos corporations professionnelles.

C’est en consultant les registres de police, conservés aux archives municipales de La Rochelle, que j’ai découvert tout l’univers des communautés de métiers. Cet univers m’intriguait, car mes ancêtres exerçaient le métier de teinturier[2]. J’ai voulu en savoir davantage…

Association obligatoire et de droit public, ces communautés de métiers sont dotées d’une personnalité juridique, d’une réglementation sociale et technique et d’un pouvoir disciplinaire[3].

Hiérarchisée, leur structure ternaire superpose des maîtres (patrons), des compagnons (ouvriers) et des apprentis.

On est d’abord « apprenti » pendant deux ou trois ans. Il est formé, nourri, logé par son maître, mais il n’est pas payé.

On devient ensuite « compagnon ». Il perçoit alors un salaire.

Pour devenir « maître », il faut :
– payer une taxe au métier (ou communauté);
– être accepté par les autres maîtres de la communauté;
– réaliser un chef-d’œuvre[4], c’est-à-dire un ouvrage réalisé suivant des règles précises et sous la surveillance des maîtres du métier.

Les maîtres dirigent le métier par dignitaires interposés; ceux-ci, en principe nommés au cours d’une assemblée générale ordinaire réunie chaque année, sont qualifiés de « jurés » ou « (re)gardes ». Ils ont mission d’exécuter les décisions de l’assemblée générale, de veiller à l’application des règlements, de les interpréter ou de les modifier; ils défendent les intérêts généraux et le prestige du métier et en sont les porte-paroles. Ils exercent la police du métier, en vertu d’un droit de visite qui leur permet d’entrer de jour et de nuit dans les boutiques et ateliers de leurs commettants, d’y constater les fraudes, de mettre à l’amende les fautifs et de confisquer les marchandises litigieuses.

La communauté crée les règlements qui servent à organiser l’apprentissage, qui définissent le déroulement du travail, le temps de travail, la façon de travailler. Le but est de garantir la qualité des produits (soigneusement définie et vérifiée par des inspecteurs du métier), fixer et limiter la concurrence entre les gens d’un même métier qui ont tous leur boutique[5].

Les communautés sont parfois doublées par des confréries, associations religieuses de solidarité qui fêtent le saint patron du métier et aident les membres dans le besoin. Dans les cérémonies publiques, les communautés de métier marchent à la suite de leurs massiers de leurs bannières portant l’image de leurs patrons.

À titre d’exemple, à Angers, en 1634, il y a le sacre ancien de l’ordre gardé et observé, chaque année, pour la procession du Saint-Sacrement[6]. Ainsi, des grosses torches partent entre cinq et six heures du matin dans l’ordre suivant :

Premier ordre : les compagnons boulangers, bateliers, savetiers, portefaix, baguetiers et bahutiers, cordiers, corroyeurs, selliers; le cierge des drapiers, tanneurs, cordonniers, poissonniers, bouchers.

Second ordre : portefaix maîtres des harnais, ferreurs et filassiers, tissiers, bateliers et nautoniers, vinaigriers, savetiers et carreleurs, cloutiers, tripeurs et revendeurs, meuniers, selliers, tonneliers et chandeliers.

Troisième ordre : terrasseurs et blanchisseurs, maçons, tailleurs de pierres, cordiers, charpentiers, couvreurs d’ardoises, tourneurs, menuisiers, bahutiers et coffretiers, vitriers et plombeurs, peintres.

Quatrième ordre : maréchaux, éperonniers, maréchaux d’œuvre blanche, arquebusiers et horlogers, serruriers, couteliers, armuriers, fourbisseurs, quincailliers, pintiers, poêliers. Cinquième ordre : bonnetiers, chapeliers, parcheminiers, gantiers, coletiers, aiguilletiers, blanchisseurs et mégissiers, corroyeurs, selliers, paumiers et paquetiers, maîtres drapiers drapant l’intérieur, escardeux, tondeurs, tanneurs, cordonniers, pourpointiers, tailleurs d’habits et couturiers, pelletiers, brodeurs.

Sixième ordre : poulaillers, cuisiniers, rôtisseurs, poissonniers, boulangers, pâtissiers, cabaretiers, hôteliers, bouchers.

Septième ordre : clercs des marchands, marchands merciers, contre porteurs et libraires, ciergiers, ferrons, chirurgiens, apothicaires et droguistes, marchands de draps de laine, marchands de draps de soie, orfèvres, corps de la monnaie, juges et consuls des marchands.

Huitième ordre : notaires, basochiens et clercs de la pratique, clercs des greffes, greffiers, avocats, corps de l’université et faculté de médecine, enquêteurs, juges des traites, président lieutenant et élus, juges, lieutenants et conseillers de la prévôté, Corps de ville, avec les officiers de la juridiction de la sénéchaussée et siège présidial de la ville d’Angers.

Comme bon nombre de villes de France, La Rochelle accueille un foisonnement de métiers très structurés en communautés (corporations).

QUELQUES COMMUNAUTÉS DE MÉTIERS (ou corporations)

À LA ROCHELLE AU XVIIIÈME SIÈCLE

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apothicaires_et_potiers

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bouchers

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boulangers

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boutonniers_et_gainiers

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charpentiers

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chirurgiens

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cordiers

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cordonniers

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corroyeurs

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couteliers

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couvreurs

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drapiers

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droguistes

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filassiers

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fourbisseurs

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horlogers_et_graveurs

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menuisiers

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merciers_et_quincailliers

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orfevres

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patissiers

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potiers_etain

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savetiers

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serruriers

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tailleurs_habits

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tapissiers_ brodeurs_boutonniers

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teinturiers

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tisserands_tissiers

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tonneliers

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tourneurs_charrons_peigneurs


[1] Au milieu du XIIIième siècle, le livre des métiers d’Étienne Boileau recueille les statuts des cent une corporations parisiennes. Étienne Boileau, Les métiers et corporations de la ville de Paris, Paris, Imprimerie Nationale, 1879.
[2] Jean Peron (1577-avant 1619) et son fils Luc Peron (1608-1659) sont marchands teinturiers.
[3] En 1669, à La Rochelle, c’est l’institution « du corps de métier et maîtrise de profession de boulanger ». Il est ordonné par l’Intendant Colbert du Terron de convoquer une assemblée de bourgeois et boulangers pour la rédaction des statuts. M. de Richemond, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 à La Rochelle, série E (Supplément), Paris, 1892, p. 174.
[4] Par exemple, en 1646, Jacques Aubert, compagnon cordonnier, aspirant à la maîtrise, demande aux maîtres gardes du métier de cordonnier qu’ils fassent rapport de son chef-d’œuvre. Ces derniers affirment, par serment, que le chef-d’œuvre présenté est bien fait, suivant et conformément aux statuts dudit métier. Du consentement du procureur du roi, Aubert est reçu maître cordonnier à La Rochelle. Il devra prêter serment de bien et fidèlement s’acquitter de son métier et de « garder » les statuts et règlements. M. de Richemond, op. cit., p. 160.
[5] Joffrey, Les métiers de la ville au Moyen-Âge, Histoire-Géographie, 2009-2010, p. 7.
[6] Archives municipales de La Rochelle. Permissions, maîtrises et commissions. HHARCHANC48, fol. 142v-145r.
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Catégories :France, La Rochelle

2 réponses

  1. Bravo ! Je suis émerveillée et passionnée par votre article bien expliquée et pointu ! aussi avec les armoiries de différents métiers. J’ai des ancêtres Sevestre imprimeurs à Paris et notre ami et collaborateur Denis Savard a mis en ligne les marques de leurs ouvrages.

    je vous mets dans les prochains jours dans notre page « Coup de Coeur » de notre site migrations.fr Mon mari vous a découvert avec « e Thoreau », j’avais déjà lu des articles de vous Merci pour le partage de votre savoir !!!
    Une québécoise qui vit au pays de ses ancêtres et passionnée par l’histoire, la grande et la petite de nos ancêtres.
    Chaleureusement
    Jocelyne Nicol-Quillivic

  2. Merci. Que c’est le fun d’apprendre tout ça, notamment les bannières des métiers ! J’ai plusieurs ancêtres dans ces métiers. C’est certain que je montre cela à mes enfants et petits-enfants.

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