Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

19 – L’union Daniel Perron dit Suire et Louise Gargotin en février 1664

Depuis son arrivée en septembre 1663 dans le premier contingent de « Filles du roy », Louise Gargotin habite probablement dans la maison du couple Pierre Biron et Jeanne Poireau à la Haute-ville de Québec. Elle est dans l’attente de connaître son futur mari. Ça tombe bien, car Pierre côtoie assez régulièrement un jeune homme au Château Saint-Louis[1] : Daniel Perron dit Suire. Pierre à titre d’huissier royal au service du Conseil souverain et Daniel à titre de représentant de son père, marchand à La Rochelle, pour recouvrer en justice les biens et effets qui lui sont dus. C’est probablement dans le contexte de son amitié avec Pierre que Daniel fait la connaissance de Louise.

(Source : Proulx, Gilles. Ma petite histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Édition du Club Québec Loisirs, 1993)

(Source : Proulx, Gilles. Ma petite histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Édition du Club Québec Loisirs, 1993)

Arrivée à Québec le 5 juin 1662 à bord du navire L’Aigle Blanc, jaugeant 80 à 100 tonneaux, Daniel Perron dit Suire est muni d’un important document : une procuration de son père, François Peron, marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur de La Rochelle[2]. Ce document lui donne pouvoir de représenter son père à Québec et d’entreprendre les démarches nécessaires pour se faire rembourser des marchandises que Peron envoie pour les habitants du pays. Son agenda : passer l’hiver 1662-1663 à Québec pour régler quelques affaires puis retourner en France à l’automne 1663[3]. Mais des circonstances l’en empêchent ! En effet, le 13 octobre 1663 devant le Conseil souverain, Daniel demande les 527 livres et intérêts que lui doit Étiennette Després, veuve Duplessis-Kerbodot. Cette dernière requiert un délai d’un an pour le payer, juste le temps de vendre l’une de ses terres. Cela ne fait pas l’affaire de Daniel car, pressé par ses créanciers, il est « sur le point de repasser en France » ! Le Conseil souverain accorde à Després un délai de deux mois. Est-ce la raison qui incite Daniel à rester dans la colonie ?

Quoiqu’il en soit, après quelques semaines de fréquentation, Louise et Daniel projettent d’unir leurs destinées. Mais Daniel est calviniste et pour vivre définitivement en Nouvelle-France et s’y marier, il doit abjurer le protestantisme[4]. Ce qu’il fait le 6 décembre 1663 dans l’église Notre-Dame de Québec.

Il y a 350 ans exactement, dans l’avant-midi du samedi 23 février 1664, plusieurs personnes sont réunies dans la maison du couple Biron-Poireau à Québec. Du côté de Daniel, sont présents l’huissier royal Jean Levasseur, le pâtissier et cuisinier rochelais Pierre Chamare, le marchand rochelais Jacques Mousnier[5], le calfateur Jacques David[6] et Pierre Mureau[7]. Du côté de Louise, sont évidemment présents Pierre Biron et son épouse Jeanne Poireau, et le menuisier Jacques Lareau. C’est le notaire royal Pierre Duquet qui rédige le « traité et promesse de mariage » qui suit :

Pardevant Pierre Duquet No[tai]re Royal a quebecq & _
tesmoings soussignez furent presentz en leurs personnes _
Daniel Suire fils Charnel du s[ieu]r francois Peron de la _
Rochelle & de Jeanne Suire ses pere Et mere dune part Et _
Louise gargotin fille de Jacques gargotin & francoise Bernard _
Ses pere & mere dau[tr]e part Lesquels presence de leurs amys _
pour ce assemblez ont fait Les traitez Et pr Scavoir de _
La part dud[it] Daniel Suire de honnorable homme Jean _
Le vasseur huissier Royal, [Pierre] Chamare, du s[ieu]r Jacques _
meusnier [sic] // ( // de Jacques david) marchant & pierre mureau, Et de la part _
de lad[ite] Gargotin de honnorable homme Jacques de La _
Roe, de honnorable homme Pierre Biron huissier Royal _
& de Jeanne Poireau Son Espouse, Recognurent & _
Confesserent avoir fait les traictez & promesses de mariage _
qui ensuivent Cest a sçavoir que led[it] Daniel Suire a promis _
Et promet prendre lad[ite] Louise gargotin a sa femme & Legitime _
Espouse Et Reciproquement lad[ite] Louise gargotin a promis _
& promet prendre led[it] daniel Suire a son vray & Legitime Espoux _
Iceluy mariage faire solemnizer En face de nostre mere _
S[ain]te Eglize Catholique apostolique & Romaine Le plustost _
que faire ce poura & quil sera deliberé Entre eux & leurs _
d[its] amys sy Dieu & nostre d[ite] mere S[ain]te Eglize sy consentent _
& acordent, pour estre Lesd[its] futurs Conjointz uns & _
Communs en tous biens meubles, acquetz Conquetz Immeubles _
presens & advenir, & a Led[it] Suire pris lad[ite] gargotin avecq _
tous ses droitz, noms, Raisons, & actions, Sera doüe _
La future Espouse de La Somme de huict Centz Livres de _
douaire prefix pour une fois payer seulement quelle poura _
prendre apres la mort dud[it] Suire Son futur Espoux _
Sur Le plus beau de tous les biens & qui seront trouvez _
apres son deceds Ne Seront tenus des debtes L’un de lau[tr]e _
crées avant Le futur mariage ains[i] sy aucune y a seront _
payées & acquitées par celuy qui les aura crées & de qui _
elle procederont, Sera tenu le survivant desd[its] futurs _
Coniointz payer Et acquiter Les debtes qui seront faictes pendant _
Led[it] mariage sans que La // ( //   future Espouse) surviv[an]te puisse renoncer a La _
succession de Son futur Espoux apres avoir pris Son douaire _
Et advenant dissolution du futur mariage pourra lad[ite] future _
Se tenir a Son douaire Et a tout ce que pendant Et Constant Led[it] _
mariage luy sera advenu tant par succession donnation quautrement _
Car ainsy & Promettant & obligeant & chacun en droict _
Soy & Renonceant fut faict & passé a quebecq dans la maison _
du S[ieu]r Biron huissier Royal avant midy Le vingt troiziesme _
febvrier xvic Soixante Et quatre ez presence de Jean _
monfort & Pierre Levasseur S[ieu]r de LEsperance, tesmoings a _
ce requis Et ont lad[ite] gargotin & lad[ite] poireau declare ne scavoir _
Escrire ny Signer de ce Enquis Suivant Lordonnance. _
Signé : D Suire (paraphe), Levasseur (paraphe), Biron (paraphe), J monfort (paraphe), Jacques de Roe (paraphe), Duquet (paraphe) no[tai]re.

Ce contrat stipule que Daniel Suire est fils charnel de François Peron et de Jeanne Suire. En faisant ajouter le mot « charnel » dans le contrat, Daniel (né hors mariage) veut ainsi démontrer qu’il est bel et bien le fils de Peron, malgré son patronyme Suire. Pour Louise, Daniel est un bon parti puisqu’il est fils de marchand. Il le lui prouve d’ailleurs en l’avantageant de 800 livres de douaire, alors que la moyenne était de 300 livres. Par ailleurs, le notaire ne fait aucune mention de la dot du Roi pour Louise[8] !

Trois jours plus tard, le jeune couple se marie dans l’église de Château-Richer après la publication de deux bans et la dispense du troisième. Fait plus ou moins étonnant, « D. Suire » signe au contrat de mariage et non à l’acte. Nouveau converti, « Daniel Peron » ne semble pas vouloir que sa signature apparaisse dans les registres de l’état catholique de la Nouvelle-France.Intutulé du contrat de mariage Perron-Gargotin

Contrat de mariage de Daniel Perron dit Suire et de Louise Gargotin. (p.1).(Source : BAnQ. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664)

Contrat de mariage de Daniel Perron dit Suire et de Louise Gargotin (p.1).
(Source : BAnQ. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664)

Signature de « Daniel Suire » à son contrat de mariage. (Source : BAnQ. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664)

Signature de « Daniel Suire » au contrat de mariage (p.2).
(Source : BAnQ. Notaire Pierre Duquet. 23 février 1664)

Acte de mariage de Daniel Peron et de Louise Gargotin. Château-Richer. 26 février 1664. (Source : FamilySearch Record Search. Microfilm 4295593_512).

Acte de mariage de Daniel Peron et de Louise Gargotin. Château-Richer. 26 février 1664.
(Source : FamilySearch Record Search. Microfilm 4295593_512).

le vingt Sixiesme Jour du Moys de feubrier de lannée mil six cens _
soixante & quatre, apres deux bans publies et la dispanse du 3eme _
du Mariage d’entre daniel peron natif de la Rochelle, et de louysse _
gargottin aussy de la Rochelle, Je soubs Signe Morel prestre faisant _
les fonctions curialles dans la coste de beaupré, les avons Mariés selon _
dans leglisse du chateau Riche selon la forme prescripte par leglisse _
en presence de pierre biron et Jacque de la ros roé, et rene cosset _
dit le poitevin, tesmoins audit Mariage qui ont declaré ne scavoir _
aucun empeschement, en vertu de quoy, avec moy ils ont Mis leur Signes. _
Signé : Biron (paraphe), Th: Morel p[rêtre] (paraphe), Jacques de la Roé (paraphe)
Église de la paroisse La Visitation-de-Notre-Dame à Château-Richer (Source : http://www.cimetieresduquebec.ca/quebec)

Église de la paroisse La Visitation-de-Notre-Dame à Château-Richer
(Source : www.cimetieresduquebec.ca)

Pourquoi le mariage a-t-il lieu à Château-Richer plutôt qu’à Québec ?

Pendant cette période, Daniel « négocie » avec Michel Désorcis, ancien représentant de Peron, pour des biens et effets qu’il doit à son père. Quelques semaines après son mariage, Daniel se verra adjuger en justice une terre et habitation appartenant à Désorcis à L’Ange-Gardien sur la côte de Beaupré.

Voulait-il montrer à Louise leur future demeure ?

Daniel y résidait-il déjà ?

La paroisse de L’Ange-Gardien ne possédant pas encore d’église, c’est dans la paroisse voisine que le mariage eut lieu.

Pour Louise et Daniel, c’est le début d’une nouvelle vie… à L’Ange-Gardien.

La paroisse de L’Ange-Gardien, entre Québec et Château-Richer (Source : http://www.mapquest.com)

La paroisse de L’Ange-Gardien, entre Québec et Château-Richer
(Source : http://www.mapquest.com)


[1] C’est là que se tiennent les délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France.
[2] Perron, Guy. François Peron (1615-1665) : marchand-engagiste, bourgeois et avitailleur de La Rochelle, Sainte-Julie, Éditions du Subrécargue, 1998, 382p.
[3] Perron, op. cit., p. 213.
[4] Les huguenots n’avaient aucun avenir dans une colonie que l’État voulait catholique; ils devaient ou s’intégrer dans la société catholique ou retourner en France. Trudel, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, éd. Fidès, vol. III : La seigneurie des Cent-Associés, tome II : La société, 1983, p. 31.
[5] Il était présent lors de l’abjuration de Daniel.
[6] Que Daniel avait connu lors de son premier séjour à Québec en signant comme témoin, le 15 mai 1659, dans le contrat de société entre Jacques David et Jacques Lesot. (Notaire Guillaume Audouart).
[7] Aussi présent lors de l’abjuration de Daniel.
[8] Très peu de Filles du Roy furent avantagées de la dot royale de 50 livres !

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Catégories :Famille Peron - Perron, Filles du Roy, France, La Rochelle, Québec

1 réponse

  1. Bonjour, je suis descendante de Daniel Suire et Louise Gargotin. Votre site est fascinant !!!! Merci de tant nous apprendre !

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