Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

18 – La visite d’Anne d’Autriche à La Rochelle en 1632

En consultant les registres paroissiaux de La Rochelle, je suis tombé sur un texte relatant l’entrée d’Anne d’Autriche à La Rochelle en 1632. Cet événement fut si marquant pour les Rochelais de l’époque que le curé de Saint-Barthelémy, le père André Jousseaume, a senti le besoin d’en faire mention pour servir à la postérité, écrit-il,… dans le registre des abjurations !

Entrée d’Anne d’Autriche Reine de France à la Rochelle (Source : AD17. GG182. La Rochelle. Collection communale. Abjurations. Saint-Barthelémy. 1630-1639. 6/17)

Entrée d’Anne d’Autriche Reine de France à la Rochelle
(Source : AD17. GG182. La Rochelle. Collection communale. Abjurations. Saint-Barthelémy. 1630-1639. 6/17)

La Vigile de la presentation de N[ot]re dame sur les 4 heures appres midy Anne dautriche Reyne de france et espouse du Roys Loys 13 dit le Juste fist son entree en cette ville de La Rochelle Mons[ieu]r de lescale lieutenant criminel et fabricqueur de cette Eglise luy fist une harangue pour tout le peuple quil conduisoit qui donna grande satisfaction a lad[ite] Reyne et a toutte La cour Elle vint desandre en cette Eglise ou elle fut receue par Mons[eigneu]rs de Xaintes Appelle Jaques avec quelques chanoines de son Eglise cathedrale les Prestres de loratoire Et quelques cures de la Banlieue led[it] S[ieur] E[vêque] luy fit la harangue au bas des degres de la grande porte qui est sur regarde sur la ruhe, qui sont au dedans de leglise pres du Benistier Ayant La mitre en teste Et osficiant tousiours a couvert. Elle fut acueillie avec musique qui chanta le Tedeum retourna le lendemain a la messe en cette Eglise que moy curé soubzsigne dit Et y fut Jusques au Mardy 2 heures appres midy ou elle entendist encore ma messe en la mesme Eglise Elle a eue beaucoup de satisfaction de ceste Entree Jay laisse cecy pour servir a la posterite fait Le 25 novembre 1632 le Jeudy apres touttes ses solennites acomplies. Signé Jousseaume, curé de St Barthelemy Et pere de lorat[oire].

Voulant en savoir davantage sur la visite d’Anne d’Autriche à La Rochelle, du 20 au 23 novembre 1632, j’ai consulté les ouvrages suivants :

–          M.D. Massiou, Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis, Saintes, A. Charrier, tome 5, deuxième édition, 1846, p. 445-449;

–          J.-B.-E. Jourdan, Éphémérides historiques de La Rochelle, La Rochelle, A. Siret, 1861, p. 445-452.

À peine venait-il de fêter ses 17 ans, le jeune François Peron, comme bon nombre de ses compatriotes, était vraisemblablement témoin d’un grand événement en ce mois de novembre 1632 à La Rochelle.

Le cardinal Richelieu avait convaincu Anne d’Autriche, qui avait suivi Louis XIII en Languedoc, à passer par La Rochelle pour se rendre à Paris, heureux de lui montrer le théâtre de ses exploits, le Grand Siège de 1627-1628. Étant tombé gravement malade, le cardinal se fit remplacer par son oncle, le commandeur de la Porte et par l’archevêque de Bordeaux. Les Rochelais n’épargnèrent rien pour recevoir l’épouse de Louis XIII d’une manière digne d’elle, écrit-on.

Portrait d’Anne d’Autriche (1601-1666) par Rubens (1625) (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_d'Autriche_(1601-1666))

Portrait d’Anne d’Autriche (1601-1666) par Rubens (1625)
(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_d’Autriche_(1601-1666))

Pour l’occasion, on avait appelé les ouvriers les plus renommés de Bordeaux, de Nantes, de Niort et autres villes, des peintres, des sculpteurs, des architectes. Ils étaient parvenus à transfigurer la malheureuse ville, désolée et couverte de ruines, « en la plus peuplée, éclatante et magnifique cité », dit un contemporain.

Ayant passé à Surgères la nuit du 19 novembre, Anne d’Autriche arriva le lendemain, vers midi, au faubourg de Tasdon où l’attendait le régiment de la Meilleraie (cousin de Richelieu) qui devait lui servir d’escorte. Les guetteurs, placés sur les clochers, annoncèrent l’arrivée de la Reine.

Déjà, dès le matin, les plus notables de la ville, au nombre de 2 000 environ, étaient partagés en cinq compagnies. Tous en manteau noir et l’épée au côté, ils avaient été au-devant de Sa Majesté qui avait à ses côtés Mesdames de Chevreuse, de La Trémouille, de Montbazon, de Senecé, de Liancourt et de La Flotte.

Trois immenses arcs de triomphe étaient dressés à la porte Saint-Nicolas, au carrefour des rues Saint-Nicolas et de la Sardinerie et à l’entrée de la rue du Palais. Ils étaient décorés de figures emblématiques, faisant allusion à la chute de La Rochelle et à la victoire de Richelieu, de peintures et d’innombrables écussons. Des maisons étaient tendues de riches tapisseries, le pont de Saint-Sauveur magnifiquement décoré.

Ancien pont de Saint-Sauveur à La Rochelle. Construit par Isambert vers 1200, remplacé vers 1740 par un pont de bois. (Source : http://www.curiosae.com/fr/node/17018)

Ancien pont de Saint-Sauveur à La Rochelle. Construit par Isambert vers 1200, remplacé vers 1740 par un pont de bois.
(Source : http://www.curiosae.com/fr/node/17018)

Le cortège de la Reine s’achemina jusqu’à l’église Saint-Barthelémy-du-Grand-Temple[1]  où fut chanté un Te Deum par le nouvel évêque de Saintes et les prêtres de l’Oratoire. Enfin, Anne d’Autriche fut conduite à l’hôtel Legoux[2], où était préparé son logement. Le soir, un somptueux festin lui fut servi dans la grande salle de l’Hôtel de ville.

Des feux d’artifices, des joûtes nautiques dans le milieu du port, et des danses remplirent la journée du lendemain à la grande satisfaction de la Reine et de sa cour. La journée du 22 novembre fut consacrée à un simulacre de combat naval dans la rade de Chef-de-Baie. Les mâts et les cordages des vaisseaux disparaissaient sous les pavillons et banderoles de mille couleurs. On simula le combat qui avait lieu, quatre ans auparavant, à la même place entre les flottes française et anglaise. En rentrant en ville, la Reine alla souper à l’Hôtel de ville où, après le repas, un ballet lui fut présenté.

Après trois jours de fêtes continuelles, Anne d’Autriche quitta La Rochelle si satisfaite de la réception qui lui avait été faite, qu’à son arrivée à Paris elle déclara à Louis XIII « qu’elle n’avait jamais connu être Reine que durant le temps qu’elle avait été à La Rochelle ». En reconnaissance du magnifique accueil des Rochelais, la Reine obtint pour eux la remise des dettes qu’ils avaient contractées pendant le siège !


[1] Le Grand Temple, bâti par les protestants, a été converti au culte catholique pour servir à la paroisse Saint-Barthelémy.
[2] Sur l’emplacement du « grand logis » de Paul Legoux, grand argentier de la maison de Navarre (aujourd’hui, Musée des Beaux-Arts situé au 28, rue Gargoulleau). Lors de son séjour, Anne d’Autriche déclarait que cette habitation était « la plus belle, la plus convenable et la mieux aérée des maisons qui sont en ville ».

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Catégories :France, La Rochelle

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