Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

9 – La maison de François Peron sur la rue Sous-le-Fort à Québec

Au cours de l’année 1663, Daniel Perron dit Suire se présente devant le Juridiction ordinaire à Québec pour régler des différends avec Michel Desorcis, ex-procureur du marchand rochelais François Peron (1615-1665). Fils naturel de Peron, « Daniel Suire » a pour mission de retirer tous les effets appartenant à Peron qui sont entre les mains de Desorcis. Une sentence de la juridiction ordinaire conduit les parties vers un arbitrage.

Maison, sise au 27, rue Sous-le-Fort. Remarquez le passage voûté, appelé Passage de la Batterie, menant discrètement à l’arrière des maisons.  (Source : Google StreetView) Restaurée en 1973 à partir d’une gravure de Jean-Baptiste Franquelin en 1688. (Source : Lebel, Jean-Marie. Le Vieux-Québec. Guide du promeneur, Sillery, Septentrion, 1997, p. 49)

Maison Couillard de L’Espinay sise au 27, rue Sous-le-Fort.
(Source : Google StreetView)
Restaurée en 1973 à partir d’une gravure de Jean-Baptiste Franquelin en 1688.
(Source : Lebel, Jean-Marie. Le Vieux-Québec. Guide du promeneur, Sillery, Septentrion, 1997, p. 49)

Le vendredi 4 avril 1664, Perron dit Suire et Desorcis conviennent sur la nomination des arbitres devant le Conseil Souverain. Pour terminer cette affaire, Desorcis déclare qu’il est prêt d’abandonner tout ce qu’il possède en Nouvelle-France pour demeurer quitte avec le marchand Peron[1]. Mission accomplie. À titre de procureur de son père, Daniel Perron dit Suire vient d’acquéreur, entre autres, les droits sur une maison située sur la rue Sous-le-Fort dans la basse-ville de Québec.

Maison Couillard de L'Espinay.  Remarquez le passage voûté, appelé Passage de la Batterie, menant discrètement à l’arrière des maisons. Christian Lemire 2006, © Ministère de la Culture et des Communications

Maison Couillard de L’Espinay.
Remarquez le passage voûté, appelé Passage de la Batterie, menant discrètement à l’arrière des maisons.
Christian Lemire 2006, © Ministère de la Culture et des Communications

En quoi consiste la maison sise au 27, rue Sous-le-Fort ? C’est une maison et place que Michel Desorcis a acquis, 22 octobre 1657, d’Étiennette Després, veuve Duplessis-Kerbodot, pour la somme de 500 livres[2]. Cette maison, de 18 pieds de front sur la rue Sous-le-Fort, joint d’un côté celle de René Maheu et de l’autre celle de Jacques Sevestre.

À la suite du décès de son épouse, Desorcis déclare dans un inventaire des biens, qu’il est propriétaire d’une place et maison en la basse-ville de Québec, acquise de Després, mais qu’il n’avait aucun contrat d’acquisition « attendu LIncendie & fortune du feü qui luy eSt arrivés » mais qu’il est prêt d’en faire perquisition chez les notaires[3]. En effet, cette maison a brûlé en février 1661.

Maison Couillard de Lespinay. Vers le fleuve : la rue Saint-Pierre et la batterie royale. Vers la falaise : le funiculaire, le Château Frontenac. (Source : Juillet 2007 - Diego - Google Map Photos)

Maison Couillard de L’Espinay.
Vers le fleuve : la rue Saint-Pierre et la batterie royale.
Vers la falaise : le funiculaire, le Château Frontenac.
(Source : Juillet 2007 – Diego – Google Map Photos)

À la grande surprise de Daniel Perron dit Suire, l’huissier Pierre Biron exécute, en juillet 1667, la saisie réelle de cette maison, propriété de François Peron[4]. Décédé en septembre 1665, Peron doit beaucoup d’argent à ses créanciers qui tenteront de s’approprier tous ses biens tant en France, Nouvelle-France et ailleurs ! Après quelques mises aux enchères, on adjuge la maison à Charles Bazire, qui a servi de prête-nom pour Charles Amiot[5]. Veuve d’Amiot, Geneviève de Chavigny épouse en 1680 Jean-Baptiste Couillard de Lespinay d’où origine le nom de cette maison.

Peu avant, Charles Bazire demanda à Vincent Regnault de quitter la maison parce que le bail dont il jouissait était échu depuis le 31 mai 1668[6]. Regnault vivait dans la maison depuis le 31 mai 1667, en tant que locataire, en vertu des droits que lui avait cédé Marguerite Leboeuf, femme de Gabriel Lemieux. Elle-même en avait été locataire depuis au moins le mois de mai 1664[7].

Dans le « Papier terrier de la Compagnie des Indes occidentales (1667-1668) », le 9 novembre 1667, il est écrit ceci :

ESt comparu par d[evan]t No[u]s Led[it] levasseur au nom & co[mm]e _
curateur crée par JuStice aux biens vaccants en Ce pays [dépendant de la] _
succeSSion de feu françois peron, viv[an]t Marchand demeurant [en la] _
ville de la Rochelle Lequel a declaré q[u’] a lad[ite] succeSSion [il lui] _
appartient une maiSon size en la baSSe ville ConSiStante en [une] _
chambre baSSe a feu une Chambre haute une boullangerie [ou] _
four Et cheminée une petitte chamb[re] sur Icelle, Cave, & grenier _
une gallerye parderriere Joignant dun Costé Les he[ritiers] _
Maheu dau[tr]e une place non occuppé, parde[vant la rue] _
ditte Soubz le fort & par derriere La maison appartenant [à Pierre] _
Loygnon, Lequel dit vaSSeur aud[it] nom Nous a declaré q[ue] _
Les tiltres de conceSSion de lad[ite] maiSon ont esté brullez par _
Lincendie arrivée En la maiSon qui occupoit cy devant la place _
où eSt de p[rése]nt lad[ite] maiSon rebaStie Et n’a pu dire ny déclarer _
Les cens Et rentes dont elle peut eStre chargée, pourquoy _
Le procureur fiscal deSd[its] Seigneurs nous a requis charger _
Lad[ite] place Et maiSon de Cinq Sols De Cens payable au jour S[ain]t _
Remy par chacun an tant pour le paSSé q[ue] pour ladvenir _
q[ue] led[it] LevaSSeur aud[it] nom SeSt Soubmis de payer tant pour le _
passé q[ue] pour ladvenir dont acte & a Signé.
Signé : L.T. Chartier (paraphe), J Levasseur (paraphge), peuvret (paraphe).

Extrait de la déclaration faite par Jean Levasseur, au nom et comme curateur élu par justice aux biens vacants provenant de la succession de feu François Peron. (Source : BAnQ, Fonds Intendant. E1, S4, SS2, P27)

Extrait de la déclaration faite par Jean Levasseur, au nom et comme curateur élu par justice aux biens vacants provenant de la succession de feu François Peron.
(Source : BAnQ, Fonds Intendant. E1, S4, SS2, P27)

En résumé, François Peron n’a jamais eu de titre de propriété concernant la maison sur la rue Sous-le-Fort, l’ayant obtenue par justice de Michel Desorcis. Ce dernier aurait perdu le titre de propriété en question dans l’incendie de cette maison survenue en février 1661. Cependant, la Compagnie des Indes occidentales reconnaît dans son Papier terrier, compilé en 1667-1668, que l’habitation sise aujourd’hui au 27, rue Sous-le-Fort, a été la propriété de François Peron, marchand de La Rochelle.

L’historien Marcel Trudel a conçu un plan de la basse-ville de Québec en 1663 localisant ladite maison de Peron au 27, rue Sous-le-Fort. Il écrit (p. 134) :

« Emplacement (no. 32) de 24 pieds de front sur la rue Sous-le-Fort, avec une profondeur de 28½ pieds, qui s’étend jusqu’à l’emplacement de la veuve Duplessis-Kerbodot, concédé à François Perron ou acquis par lui à une date inconnue, entre l’emplacement de Sevestre et celui de René Maheust ; Perron décédera en 1665, et l’emplacement sera encore à son nom en 1667; il sera adjugé à Bazire, puis deviendra la propriété de la veuve de Charles Amiot. »

Localisation de la maison de François Peron en 1663 (extrait). (Source : Trudel, Marcel. Le terrier du Saint-Laurent en 1663, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1973, face à la p. 122)

Extrait du plan localisant la maison de François Peron en 1663.
(Source : Trudel, Marcel. Le terrier du Saint-Laurent en 1663, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1973, face à la p. 122)

Chaîne des titres de la maison sise au 27, rue Sous-le-Fort (Maison Couillard – lot 2294 nord)

Le 5 juin 1656, René Maheu vend à Martin Prévost, pour la somme de 110 livres, une portion de maison consistant en une place et charpente, contenant 18 pieds de front sur la rue Sous-le-Fort, dans la basse-ville de Québec. Mais, le 15 juin suivant, Prévost déclare avoir servi de prête-nom à Jean Baillargeon. L’emplacement est alors situé entre la maison de René Maheu et celle de Jacques Sevestre. Une maison semble s’y être élevée car, le 16 juin 1657, Baillargeon la vend pour 300 livres à Étiennette Després. Cette dernière revend la maison et place le 22 octobre à Michel Desorcis pour la somme de 500 livres. En 1663, on adjuge à François Peron, marchand de La Rochelle, une maison à Québec qui a appartenu à Desorcis « qui était débiteur et reliquataire à Peron de plusieurs biens et effets ». En 1668, Charles Bazire sert de prête-nom à Charles Amiot comme adjudicataire par décret de la maison appartenant à la succession vacante de Peron.

À la mort d’Amiot, en 1669, sa veuve hérite de l’emplacement qui sera la propriété de la famille Amiot jusqu’en 1780 lorsque la maison est vendue à Joseph Rodrigues. En 1783, Rodrigues trouve la mort et ses héritiers vendent la maison à James Curchod. En 1795, le lot est vendu à l’enchère à Simon Doucet. En 1800, à l’occasion d’un échange, la maison passe aux mains de Thomas Jacobs. En 1821, Charles Smith vend la maison à George Arnold qui en sera propriétaire jusqu’en 1849. James Arnold la vend en 1858 à Jeffrey Hale qui la revendra en 1859 à Pierre Patoine. En 1870, la maison est la propriété de James Gibb et de John Lawson Gibb. Ces derniers la vendent en 1899 à Frank Ross. En 1915, F.W. Ross hérite de la propriété, puis la vend à Joseph Samson en 1919. En 1969, la maison appartient à Blanche Roderick. Le ministère des Affaires culturelles du Québec en fait l’acquisition en 1970[8].

La maison Couillard de L’Espinay figure dans l’inventaire des lieux de mémoire de la Nouvelle-France.


[1] BAnQ, Fonds Conseil souverain, TP1, S28, P1630.

[2] BAnQ. Notaire Guillaume Audouaret. 22 octobre 1657.

[3] BAnQ. Notaire Guillaume Audouart. 9 octobre 1662.

[4] BAnQ. Perron, Guy. Prévôté de Québec, tome 1, transcription des volumes 1 et 2 (registres civils) 2 novembre 1666 au 26 octobre 1668, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, collection Notre Patrimoine national no. 29, 2002, p. 136-137.

[5] Perron, Guy, op. cit., p. 298-301.

[6] Ibid., p. 389.

[7] En mars 1667, Daniel Perron dit Suire demanda à Marguerite Leboeuf de lui payer la jouissance de deux années échues de location (180 livres) ainsi que 30 livres restantes d’une autre année. Deux semaines plus tard, « francois Perron demandeur vulgairement appellé daniel Suire » conclut que Leboeuf devra lui remettre la quittance des travaux qu’elle prétend avoir fait dans la maison et aussi de rapporter une paire d’armoire qui a disparu de la maison ! On demande à Leboeuf de rapporter la paire d’armoire et la faire remettre à sa place. En appel de la sentence, Marguerite Leboeuf est condamnée à payer à Daniel Perron dit Suire la somme de 50 livres ou de fournir de la poterie au procureur général qui a bien voulu régler ladite somme pour elle « pour la sortir d’affaires ». BAnQ. Fonds Conseil souverain. TP1, S28, P507.

[8] Archives du Séminaire de Québec. Dossiers Place Royale (Maison Couillard).

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Catégories :Famille Peron - Perron, La Rochelle, Québec

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