Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

8 – Louise Gargotin (1637-1704), Fille du Roy en 1663

À la recherche de filles à marier

Par arrêt du 10 mars 1663, le Conseil privé du roi casse et révoque officiellement le traité de 1660[1] et accorde la liberté de commerce dans la Nouvelle-France[2]. C’est la suppression des compagnies de commerce et l’abolition du Conseil de la Traite de Québec. Le roi pourvoit à son remplacement en créant le Conseil souverain de la Nouvelle-France. La colonie est maintenant rattachée à la couronne.

Avant 1663, les intérêts privés des compagnies de commerce favorisaient l’immigration d’employés et d’apprentis mâles à un point tel qu’il fallait rectifier la répartition démographique par le recrutement de « filles à marier »[3]. Le Roi prend en charge leur recrutement, leur habillement, leur déplacement en France et les frais de passage à bord du navire. Certaines reçoivent une dot royale de 50 livres. On les appelle les « Filles du roi »[4].

Il est difficile de connaître les circonstances du recrutement de Louise Gargotin dans le premier contingent de filles du roi en 1663. Selon Gustave Lanctôt, plusieurs Aunisiennes et Poitevines ont joint les rangs des filles du roi, notamment en 1663, quand les services de l’intendance de La Rochelle ont racolé dans la région les premières recrues[5].

C’est ainsi que Louise quitte son village natal de Thairé pour « possiblement » se rendre à l’hospice Saint-Joseph de la Providence à La Rochelle sur la rue de la Vieille-Fontaine (aujourd’hui, rue Albert 1er).

Dessin original, XVIIe siècle "La Providence". (Source : Archives de l'Évêché de La Rochelle)

Dessin original, XVIIe siècle « La Providence ».
(Source : Archives de l’Évêché de La Rochelle)

On dit que, de cet endroit, sont parties les 25 premières filles du roi[6]. Louise était-elle du nombre ? Quoiqu’il en soit, rappelons qu’en août 1661, Louis XIV avait reconnu par lettres-patentes la maison des Sœurs de Saint-Joseph comme hospice de fondation royale. Les Sœurs portaient le nom de Religieuses de la Congrégation de Saint-Joseph pour l’instruction des orphelines, aussi appelées Communauté des nouvelles converties car elles reçurent un grand nombre d’enfants issues de parents protestants pour être élevées dans la religion catholique[7].

Lieu de l’ancien hospice Saint-Joseph de la Providence, 43 rue Albert 1er. Aujourd’hui, l’emplacement est occupé par le lycée Fénelon Notre-Dame. (Source : Google StreetView).

Lieu de l’ancien hospice Saint-Joseph de la Providence, 43 rue Albert 1er.
Aujourd’hui, l’emplacement est occupé par le lycée Fénelon Notre-Dame.
(Source : Google StreetView).

Même si quelques-unes de ces filles étaient de religion protestante, on voulait s’assurer qu’en passant dans cette maison, elles seraient toutes catholiques à leur arrivée à Québec.

L’embarquement se fait généralement à la digue sur des chaloupes ou barques, pour ensuite aller rejoindre le navire ancré souvent à la pointe de Chef-de-Baie.

C’est ainsi qu’au début du mois de juin, Louise s’embarque à bord du vaisseau du roi L’Aigle d’Or, jaugeant 300 tonneaux, à destination de Québec, en compagnie des trente-trois autres filles du roi qui feront le voyage avec elle[8]. Le vaisseau est commandé par le capitaine de marine Nicolas Gargot de La Rochette dit Jambe-de-Bois[9]. L’Aigle d’Or va voyager de concert avec un autre vaisseau du roi, Le Jardin de Hollande, 300 tonneaux, dirigé par le capitaine Jean Guillon, qui part de La Rochelle le 3 juin[10].

Le Jardin de Hollande est principalement armé pour Plaisance (Terre-Neuve). Il a à son bord Ambroise Bellet dit Lafontaine qui sera le nouveau gouverneur de ce lieu (1664-1667)[11]. Par contre, L’Aigle d’Or est armé pour les familles qui passent à « Kebek » et pour les fournitures de ses magasins[12].

Les deux vaisseaux du roi transportent une quantité considérable de marchandises de guerre et embarquent à La Rochelle 300 personnes destinées au peuplement de la colonie. De ce nombre, 60 meurt au cours de la traversée et 75 autres débarquent à Plaisance (Terre-Neuve)[13]. Le 7 septembre, on apprend que les deux vaisseaux du roi remontent le fleuve.

Québec en 1663. Détail de : Le véritable plan de Québec, fait en 1663. Attribué à Jean Bourdon, 1663. Reproduction. (Source : Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec)

Québec en 1663.
Détail de : Le véritable plan de Québec, fait en 1663. Attribué à Jean Bourdon, 1663. Reproduction.
(Source : Musée de la civilisation, fonds d’archives du Séminaire de Québec)

Après plus de trois mois en mer, Louise Gargotin porte son regard sur la ville de Québec. Elle y débarque le 22 septembre 1663. Elle a 26 ans. Que lui réserve cette folle aventure ?

Commémoration 1663-2013

Dans le cadre des festivités entourant le 350e anniversaire de l’arrivée du premier contingent de Filles du Roy (1663-2013) en France, la Société d’histoire des Filles du Roy et la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs ont procédé au dévoilement d’une plaque commémorative sur la partie ancienne du couvent de La Providence.

Plaque commémorative dévoilée le 15 juin 2013. (Source : https://www.facebook.com/Filles.du.Roy)

Plaque commémorative dévoilée le 15 juin 2013.
(Source : https://www.facebook.com/Filles.du.Roy)

Pour l’occasion, une trentaine de femmes ont personnifié LA Fille du Roy à laquelle chacune a été jumelée. Louise Gargotin a été brillamment personnifiée par Madame Monique Picard, de Québec.

Monique Picard, alias Louise Gargotin, nous raconte son histoire lors d’un tableau vivant face à l’Oratoire, à La Rochelle, le 15 juin 2013. (Source : Collection Guy Perron)

Monique Picard, alias Louise Gargotin, nous raconte son histoire lors d’un tableau vivant face à l’Oratoire, le 15 juin 2013, à La Rochelle.
(Source : Collection Guy Perron)

Merci Monique !

(Source : https://www.facebook.com/Filles.du.Roy/photos_stream)
Au nom de Louise et de toutes ses descendantes et de tous ses descendants… Merci Monique !

Pour en apprendre davantage sur les Filles du Roy, Mona Andrée Rainville, journaliste et auteure, nous raconte leur histoire lors de deux entretiens diffusés sur les ondes de Radio Ville-Marie : émission du 18 mai 2013 (1/2), émission du 8 juin 2013 (2/2).


[1] C’est la création de la Compagnie de Normandie qui se voit accorder le privilège de fournir pendant les années 1660, 1661, 1662 et 1663 toutes les marchandises, provisions et autres choses nécessaires aux habitants de la Nouvelle-France. Laberge, Lionel. Rouen et le commerce du Canada de 1650 à 1670, L’Ange-Gardien, Éditions Bois-Lotinville, 1972, p. 69.
[2] La paix rétablie en Europe, Louis XIV désire mettre en œuvre une politique coloniale nouvelle qui consiste à reprendre l’administration des colonies et à la placer sous l’autorité royale. Lionel Laberge, op.cit., p. 87.
[3] Avant 1663, ces filles à marier étaient arrivées comme passager libre ou par contrat d’engagement.
[4] Yves Landry définit ainsi les Filles du roi « comme étant les immigrantes, filles ou veuves, venues au Canada de 1663 à 1673 inclusivement et ayant présumément bénéficié de l’aide royale dans leur transport ou leur établissement, ou dans l’un et l’autre ». Aussi pour la constitution de son répertoire des Filles du roi, Landry précise « Seule suffit la présomption fournie par l’année d’immigration, la liberté de contracter mariage et l’absence apparente d’aide privée ». Landry, Yves. Orphelines en France, pionnières au Canada : les Filles du roi au XVIIe siècle, Montréal, Leméac, 1992, p. 24.
[5] Landry, op.cit., p. 61.
[6] Campeau, Charles. (Source : http://www.naviresnouvellefrance.net/html/page1663.html#pages1663).
[7] Meschinet de Richemond, Louis-Marie. La Rochelle et ses environs, La Rochelle, C. Chartier, 1866, p. 242.
[8] Marie-Anne Agathe, Marie Albert, Marguerite Ardion, Catherine Barré, Catherine de Boisandré, Françoise Brunet ?, Louise Charrier, Marie-Madeleine de Chevrainville, Hélène Dufiguier, Catherine Dupuis, Marie Faucon, Catherine Fièvre, Anne Gendreau, Anne Labbé, Marie Lafaye, Joachine Lafleur, Jacqueline Lauvergnat, Anne Lemaître, Anne Lépine, Suzanne de Licerace, Louise Menacier, Françoise Moisan, les sœurs Catherine et Marguerite Moitié, Catherine Paulo, Marguerite Peuvrier, Catherine Pillat, Marthe Ragot, les sœurs Jeanne et Marie Repoche, Marie Targer, Mathurine Thibault et Marie Valade. Note 1. Des 36 filles du roi dénombrées par Landry en 1663, deux étaient déjà à Québec avant l’arrivée du contingent, soit Jeanne Dodier (au pays dès le 15 août 1663) et Catherine Guillot (contrat de mariage du 8 septembre 1663). (Source : http://www.naviresnouvellefrance.net). Note 2. Selon de nouvelles recherches, Françoise Brunet est un cas douteux alors qu’Anne Lemaître est à retirer de la liste des Filles du Roy. (Source : Marcel Fournier, « Les Fille du roi qui n’en sont probablement pas ? », Mémoires, Montréal, Société généalogique canadienne-française, volume 65, numéro 3, cahier 281, automne 2014, p. 227-232). Note 3. Mathurine Thibault est arrivée en 1659 comme postulante hospitalière à Montréal. (Source : Mona Andrée Rainville).
[9] Voir une brève description du document « Ordre et Instruction Au s de la Rochette Gargot Cappitaine de la marine allant faire le voiage de terre neufve et Canada. Pour le service du Roy », daté du 4 mai 1663. (Source :  http://savart.info/page14/page11/page27/page122/page122.html).
[10] Si le Roi envoie des filles à marier aux frais du trésor royal, il est fort probable qu’il les fasse embarquer dans l’un de ses navires et non dans des navires d’armateurs privés comme Le Phoenix de Flessingue (200 tx) ou Le Taureau (300 tx). Exception faite pour Dodier et Guillot qui ont pu s’être embarquées plus tôt dans l’un d’eux.
[11] Dans « L’état de la dépense » de ces vaisseaux du 22 avril 1663, on estime que Le Jardin de Hollande transportera 80 personnes (50 personnes dont 20 familles, 20 matelots et autres) en plus des fournitures pour son magasin et sa chapelle. (Source : Fonds des Colonies, Série C11A, volume 13, fol. 3-8).
[12] Dans « L’état de la dépense », op.cit., on estime que L’Aigle d’Or transportera 220 personnes.
[13] Tandis que 159 personnes débarquent à Québec, dont six familles comptant 21 personnes, ainsi que les filles du roi. Des 100 hommes qui restent, on en compte à peine 20 qui sont capables de travailler, les autres étant malades ou trop jeunes ou incapables de travailler. Laberge, op.cit., p. 93.

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Catégories :Famille Peron - Perron, Filles du Roy, France, La Rochelle, Québec

3 réponses

  1. Je tente de joindre le site http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fnaviresnouvellefrance.com%2Fhtml%2Fpage1663.html%23pages1663&h=rAQHBl40N&s=1
    Je n’y arrive pas. À votre connaissance, ce site est-il fermé?
    Merci de votre attention.

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