Le blogue de Guy Perron

La vie de nos ancêtres à travers les documents d'archives… entre La Rochelle et les colonies…

7 – L’origine thairésienne de Louise Gargotin (1637-1704)

Épouse en premières noces de l’ancêtre Daniel Perron dit Suire (1638-1678) puis en secondes noces de Charles-Louis Alain (1641-1699), sans postérité, Louise Gargotin arrive en Nouvelle-France avec le contingent des Filles du Roy de 1663.

D’après son contrat de mariage avec Charles-Louis Alain, Louise serait originaire du village de Thairé d’Aunis, dans l’archevêché de La Rochelle[1].

Son acte de baptême n’a pu être retracé puisque les registres paroissiaux n’y ont été conservés qu’à partir de 1652[2]. Elle serait née en 1637 (selon le recensement de 1667) ou 1644 (selon le recensement de 1681).

Le nom du village vient de Theriis, sortes de gabares anciennes qui naviguaient jadis sur les plages, aujourd’hui les prairies qui bordent Thairé[3].

Carte de Cassini, exemplaire dit de Hauslab-Liechtenstein. (Source : http://www.cartocassini.org)

Carte de Cassini, exemplaire dit de Hauslab-Liechtenstein.
(Source : http://www.cartocassini.org)

Thairé d’Aunis est situé à 15 km au sud-est de La Rochelle. La famille Gargotin appartenait vraisemblablement à la classe la plus nombreuse et la plus défavorisée, celle des « manouvriés » qu’on appelait là-bas les laboureurs à bras[4]. La condition de vie de ces laboureurs était des plus misérables. Le Père Arcère, historien rochelais, écrivait : L’indigence désole les campagnes. Le nécessaire physique manque trop souvent au travail du laboureur. Il meurt de faim en nous faisant vivre.

Le dépouillement des testaments et des inventaires notariés nous permet de décrire l’environnement dans lequel vivaient Louise et sa famille. Le logement se limite en une chambre basse et une chambre haute. Le sol est en terre battue. Un toit à cochon ou à volailles et un petit jardin complètent souvent l’ensemble. Le mobilier est composé d’une table de sapin, une maie (huche au pain), un châlit avec sa paillasse, parfois des chaises en bois blanc. Le linge est rare, les ustensiles de cuisine peu nombreux. Les repas sont peu variés et se composent bien souvent d’une soupe épaisse ou d’une bouillie de pois ou de fèves.

Le village de Thairé, dominé par son donjon fortifié du XIVe siècle. (Source : http://www.thaire.fr)

Le village de Thairé, dominé par son donjon fortifié du XIVe siècle.
(Source : http://www.thaire.fr)

La vie des petites gens est misérable. L’essentiel fait défaut, l’espérance de vie est courte, les épidémies fréquentes, la disette permanente. La violence et l’insécurité dues aux conflits opposant catholiques et protestants ne font qu’aggraver leurs conditions d’existence. Thairé est directement concerné par les problèmes de coexistence entre ces deux religions. Ils sont partagés à peu près à parts égales.

Dans sa jeunesse, Louise aura souvent entendu évoquer ces guerres de religion et leurs conséquences désastreuses. Son départ en Nouvelle-France lui évitera de connaître la répression royale, les abjurations forcées et l’intolérance. Mais on lui aura parlé de la destruction et du pillage des possessions des Templiers, du pillage de l’église par les huguenots, du démantèlement des remparts de Thairé sur ordre de Richelieu après le Grand Siège de La Rochelle en 1628.

S’il était permis à Louise de revenir dans son village natal, il est probable que l’émerveillement l’emporterait sur l’étonnement. Elle nous dirait que la structure du bourg n’a guère changé et, si les rues ne sont plus poussiéreuses ou boueuses, leur nom (rue du Temple, rue de la Corderie, rue des Bonnes Femmes, rue des Halles, rue du Four de Dirac, rue de la Casse, rue de la Jasse-Perdrix) désignent des lieux où des activités qu’elle a connus. Le donjon, la demeure des Seigneurs de Dirac convertie en école, la place des halles logeant la mairie, etc[5].

Quel motif a pu pousser cette jeune fille à quitter son village, abandonnant parents et amis sans espoir de retour ? L’esprit d’aventure, le désir de faire fortune dans le Nouveau Monde ? Plus prosaïquement, c’est la misère qu’elle fuyait !


[1] Contrat de mariage entre Charles-Louis Alain et Louise Gargotin. 28 décembre 1678 (Greffe Paul Vachon). Son origine n’est pas mentionnée dans son contrat de mariage avec Daniel Perron dit Suire (23 février 1664, greffe Pierre Duquet), alors que dans son acte de mariage du 26 février 1664, Louise est « aussy de la Rochelle », comme son mari.

[2] Dans les registres catholiques, nous y avons relevé les décès de Catherine Gargotin à 35 ans (1661), François Gargotin à 70 ans (1675), de Jeanne Gargotin à 60 ans (1679), du laboureur Jean Gargotin à 65 ans (1698), etc. Des parents ?

[3] Lesson, R.-P. Fastes historiques, archéologiques et biographiques. L’Aunis, La Rochelle, 1997, p. 71.

[4] Les terriers de la Commanderie templière, qui recensait les propriétaires du bourg de Thairé, ignoraient le nom de Gargotin.

[5] Discours du maire de Thairé en 1995 (Collection personnelle).

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Catégories :Famille Peron - Perron, France, La Rochelle, Thairé d'Aunis

3 réponses

  1. bonjour je peux vous envoyer des cartes postale ancienne de Thairé des halles et du clocher gratuitement

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